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Politique économique / Dette / Finances publiques

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Dette / Finances publiques

La dette française va-t-elle franchir les 100 % du PIB ?

Le gouvernement a annoncé hier une reprise de 10 milliards de la dette des hôpitaux sur les trois prochaines années, afin de soulager le secteur. Certes, cette dépense, déjà comptabilisée dans les comptes publics aura un impact limité sur la dette publique du pays. Mais elle démontre que le gouvernement a abandonné son effort pour réduire le colossal fardeau du pays.
Bercy - Ministère de l’économie - finances
Bercy - Ministère de l’économie - finances

La dette publique française va-t-elle franchir le cap des 100 % du PIB ? Le gouvernement a annoncé hier qu’il reprendrait un tiers de la facture des hôpitaux publics, soit 10 milliards d’euros épongés sur trois ans. Une promesse réalisée le jour même où la Commission européenne sommait la France de mettre de l’ordre dans ses finances publiques, estimant qu’elle n’avait pas réalisé les efforts structurels suffisants pour réduire son déficit. Bruxelles s’est surtout inquiétée du niveau d’endettement de notre pays, qui devrait atteindre 99,2 % du PIB en 2021. Soit une très faible diminution du fardeau français par rapport à cette année, alors que la dette de l’Hexagone a atteint 99,5 % du PIB à la fin du second trimestre.

La France est l’une des plus mal loties en termes d’endettement, dépassant largement le niveau moyen de la zone euro, qui atteignait 87,9 % en 2018, et alors que celui de sa voisine outre-Rhin est aujourd’hui de 61,9 % du PIB. Rappelons qu’en 2008, avant la crise financière, le niveau de dette français avoisinait celui de l’Allemagne : selon les données de l’INSEE, il représentait 68,8 % du PIB seulement au T4 2008, contre 65,5 % pour les germains. Mais à la différence de Berlin, dont l’endettement a culminé à hauteur de 82,4 % de son PIB en 2010, avant de baisser progressivement jusqu’au niveau actuel, Paris a continué à dépenser sans mesure, pour arriver à un endettement désormais tout proche des 100 % du PIB. "Cette évolution différenciée du profil de dette des deux pays résulte avant tout de choix politiques", explique Julien Manceaux, économiste senior chez ING. "L'Allemagne a décidé de ne plus avoir de déficit et d'être en excédent tous les ans alors que la France a mené une politique d'investissement publics massifs, jusqu'à l'arrivée au pouvoir de François Hollande", poursuit l'économiste. Certes, la part des dépenses publiques dans le PIB a reculé depuis 2017 (passant de 55,1 % du PIB à 54 % cette année), mais en évolution tendancielle, celles-ci ont continué de progresser (de 16,6 milliards sur le seul second trimestre 2019). Ce qui place l’Hexagone en quatrième place des plus mauvais élèves de l’UEM en termes d'endettement, derrière la Grèce (181,2 % du PIB), l’Italie (134,8 %) et la Belgique (100 % du PIB).

La reprise de la dette des hôpitaux par l’État ne changera rien à la trajectoire de l’endettement du pays puisqu’elle avait déjà été comptabilisée dans les comptes publics. À titre de comparaison, "la reprise de la dette de la SNCF, de 25 milliards en 2020 et 10 en 2022, sur 54 milliards de dettes ne va entraîner une augmentation de la dette publique que de 1,5 point de pourcentage (pp) de PIB en deux temps, avec un impact budgétaire limité à la charge de la dette (environ 0.1pp par an à partir de 2020) puisque la SNCF est fiscalement considérée comme une administration publique", poursuit Julien Manceaux. Dans le cas des hôpitaux la reprise est presque trois fois inférieure et sera progressive et réalisée au cas par cas (afin de favoriser les plans d’investissements ambitieux et sanctionner les mauvais gestionnaires). Par ailleurs, les hôpitaux sont eux aussi considérés aussi comme des administrations. Ce qui entraînera une augmentation de 0,4pp de PIB de la dette et un surcoût dans le budget lié à la charge de cette dette (environ 300 millions par an, soit environ 0,01pp de PIB).

La décision de l'exécutif est toutefois la preuve que le gouvernement a totalement laissé tomber son engagement de réduire le fardeau de l’État de cinq points sur l’ensemble de son quinquennat. Alors que l’exécutif avait promis de ramener la dette publique de 98,7 % du PIB en 2017 à 91,4 % du PIB, il prévoit désormais de le ramener autour de 97,7 % du PIB d’ici 2022. Et c’est sans compter les nouveaux cadeaux fiscaux que le gouvernement pourrait annoncer à l’approche des élections de 2022. Sachant que le ralentissement économique actuel pourrait lui aussi peser sur la trajectoire de la dette du pays.

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