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Politique économique / Dette / Déficit / Finances publiques

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Croissance 2021 : le scénario noir de Bercy

Lors d'une audition devant la commission des finances mercredi, Bruno Le Maire a reconnu que ses prévisions de croissance pour cette année pourraient être revues à la baisse en cas de reconfinement. Ce qui semble de plus en plus probable.
Bruno Le Maire
Bruno Le Maire

L'année 2020 restera exceptionnelle sur le plan des finances publiques françaises, qui ont naturellement été totalement bouleversées par les dépenses engendrées par la crise sanitaire. Bruno Le Maire, qui était invité à s'exprimer devant la Commission des finances de l'Assemblée nationale ce mercredi sur l'exécution du budget 2020, a ainsi reconnu que le déficit, de 178,2 milliards d'euros, soit 30 milliards de plus qu'en 2008, constituait le plus élevé de l'histoire contemporaine de l'Hexagone. "178,2 milliards, c'est deux fois plus que ce que prévoyait la loi de finance initiale. L'exécution du budget 2020 a été chamboulée par la crise, qui a nécessité de déployer des mesures de soutien sans précédent aux secteurs les plus en difficultés", a expliqué le ministre de l'Économie. Tout en soulignant que la réponse du gouvernement à la crise avait été unanimement saluée par les institutions internationales. "Il nous a paru plus judicieux d'emprunter à des taux d'intérêt faibles des sommes qui vont permettre de soutenir les entreprises plutôt que d'avoir un tsunami de licenciements", a ajouté le ministre. Qui a rappelé que la France s'était financée l'an dernier à un taux moyen record, de -0,14%. 

Des dépenses Covid importantes et de moindres recettes fiscales

Qui de l'exécution du budget en 2020 et quels ont été les principaux postes de dépenses Covid ? Le ministre délégué en charge des comptes publics Olivier Dussopt a rappelé que toutes les dépenses liées à l'épidémie étaient traçables, notamment grâce à la mission urgence créée dans le PLF 2020, représentant 41,8 milliards d'euros – dont 17,8 milliards pour le fonds chômage, les autres dépenses étant liées au fonds de solidarité, aux exonérations de cotisations et au compte permettant des prises de participation dans les entreprises jugées stratégiques. À cela s'ajoutent 6,4 milliards d'euros de dépenses liées au budget de droit commun, avec une hausse des versements des APL de 2,1 milliards, une hausse des versements aux ménages les plus précaires de 2,1 milliards également, de l'achat de masques et de matériel médical pour 800 millions, de 600 millions de soutiens aux médias, 500 millions supplémentaires pour les allocations aux adultes handicapés et enfin 400 millions liés à la prime à la reconversion automobile. Autre facteur de dégradation des finances publiques l'an dernier, les moindres recettes fiscales. Celles-ci ont été inférieures de 37,1 milliards à ce qui était prévu, dont 11,9 milliards de recettes en moins sur la TVA, 12 milliards en moins pour l'impôt sur les sociétés et 5,7 milliards en moins sur la TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques).

Bonne nouvelle toutefois pour 2021, une partie de l'enveloppe des mesures d'urgence budgétées dans le PLFR4 n'a pas été dépensée et pourra donc servir à financer les dépenses liées à la poursuite de la crise sanitaire cette année. "Sur l'exécution de 2020, ces 178,2 milliards de déficit traduisent une sous exécution de 45 milliards par rapport à la loi de finance rectificative 4 qui prévoyait un déficit de 223,3 milliards d'euros. Une sous exécution liée au fait que le gouvernement a fait preuve de prévoyance", s'est félicité Bruno Le Maire. En effet pour faire ses calculs, Bercy avait pris la perte de PIB de mars de -32%, et l'avait reportée sur le mois de novembre. "Or nous n'avons finalement perdu que 12% de PIB lors du second confinement. Du coup, tous les dispositifs de soutien ont été surcalibrés et nous permettent d'avoir des reports pour 2021". Ces 45 milliards ne constituent pas pour autant une cagnotte et seront dépensés pour financer les différents dispositifs de soutien, a précisé le ministre. Ainsi, 14 milliards d'euros seront disponibles pour le fonds de solidarité (5,6 milliards de crédit votés et 8 milliards de reports de 2020). Mais au rythme actuel, 4 milliards sont dépensés tous les mois via ce fonds, ce qui signifie que l'État devrait pouvoir tenir 3,5 mois "à situation sanitaire constante".

Trois scénarios de croissance envisagés par Bercy

Or, tout dépendra justement de l'évolution de la situation sanitaire dans les prochaines semaines. Pour l'instant, Bercy estime qu'il ne devrait pas y avoir besoin de PLF rectificatif, et que ce qui a été budgété l'an dernier pour 2020 devrait suffire à couvrir les besoins de la crise sanitaire. "Nous travaillons sur un scénario de base qui mise sur une absence de reconfinement et selon lequel nous avons les réserves financières nécessaires liées à la sous exécution de 2020 et à la prévoyance dont nous avons fait preuve pour tenir les mois qui viennent", a affirmé le ministre. Rappelons que le gouvernement mise pour l'instant sur une croissance de 6% pour 2021, soit un scénario assez proche de celui du FMI (5,5% pour la France). "Nous maintenons cet objectif, qui reste un défi et qui a été établi sous réserve qu'il n'y ait pas de nouveau confinement", a déclaré le ministre. "Or, la circulation du virus et du nouveau variant déjoue beaucoup de pronostics", a reconnu Bruno Le Maire.

Le gouvernement a donc prévu un second scenario, moins favorable, prenant en compte un second confinement, lié à l'accélération de la circulation du nouveau variant. Dans un tel cas de figure, les dépenses du fonds de solidarité passeraient de 4 à 6 milliards d'euros par mois au minimum et nécessiteraient l'adoption d'un PLFR. Troisième scénario, plus noir encore, le reconfinement serait suivi d'une nouvelle dégradation de la situation sanitaire, qui toucherait toute l'Europe et empêcherait un retour à la normale d'ici l'été et même d'ici la fin 2021. Dans ce cas, de nouvelles mesures de soutien aux secteurs les plus impactés devraient être votées de même que des mesures de relance.

Malgré ces deux autres scénarios plus sombres pour l'économie française, le gouvernement reste confiant dans la capacité de reprise de l'Hexagone, dès que les mesures de restrictions liées à la crise sanitaire seront levées. La preuve par deux chiffres : la consommation dans le commerce de détail a progressé de 42% au mois décembre, après la fin du second confinement contre une baisse de 27% en novembre et représentant une hausse de 15% par rapport aux chiffres de décembre 2019. Par ailleurs, le PIB français a rebondi de 18% au troisième trimestre 2020 lorsque les mesures de restriction sociales ont commencé à être levées. "C'est la double preuve que l'économie française peut redémarrer vite et qu'il y a une épargne de précaution qui s'est constituée pendant la crise qui ne demande qu'à être dépensée au lendemain de la crise", a rassuré Bruno Le Maire.

Un rétablissement des finances publiques absolument nécessaire

Le ministre compte d'ailleurs profiter du rebond de l'économie, dès qu'il aura lieu pour commencer à rétablir les finances publiques, alors que la dette française devrait dépasser 120% du PIB cette année. "La France devra rétablir ses finances publiques quand la crise sera finie", a martelé Bruno Le Maire. "Il serait irresponsable de ne pas avoir de stratégie de rétablissement de nos finances publiques, qui passera à la fois par de la croissance, par une bonne maîtrise de nos dépenses de fonctionnement et par des réformes structurelles dont celle des retraites", a déclaré le ministre. Rééquilibrer les comptes publics constitue donc un principe de précaution, à la fois pour éviter une hausse des taux d'intérêt, pour constituer des réserves financières en cas de nouvelles pandémies dans les prochaines années et pour respecter les règles communes aux pays de l'UE. 

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