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La finance doit faire davantage pour le climat
L'ONU a annoncé ce matin que les principaux gaz à effet de serre (GES) à l'origine du réchauffement climatique avaient franchi de nouveaux records de concentration en 2018. "Aucun signe de ralentissement" n'est visible, s'est alarmée lundi l'ONU. En 2019 en tout cas, le secteur financier a tenté de verdir son bilan, même si les flux de financement en faveur du climat restent bien inférieurs aux besoins estimés, selon un rapport publié conjointement par l'association Climate change et Finance for Tomorrow.
Quels engagements tangibles les banques et acteurs du milieu ont-ils pris depuis un an ? Les banques multilatérales de développement, qui ont consacré en 2018 43 milliards de dollars en faveur du climat, soit 22% de plus qu'en 2017, se sont engagées en septembre dernier à accroître leurs financements en faveur du climat de 50% d'ici 2025 et à doubler leurs financements à l'adaptation et accroître leur levier sur les financements privés. Les autres banques de développement, regroupées au sein de l'International Development Finance Club (IDFC) ont consacré 22% de leurs financements au climat en 2018, soit 134 milliards de dollars (en recul par rapport à 2017) mais se sont engagées à consacrer plus de 1.000 milliards de dollars pour le climat d'ici à 2025. Autre initiative cette année, le lancement d'une alliance d'investisseurs, la Net Zero Owner Alliance, s'engageant à aligner leurs portefeuilles sur un scénario de réchauffement à 1,5 degré pour parvenir à zéro émission nette de leurs portefeuilles en 2050. Enfin 130 banques commerciales se sont engagées à travailler ensemble à l'élaboration de méthodes leur permettant d'aligner leurs portefeuilles de prêts.
Si le secteur a pris de beaux engagements, a-t-il pris les moyens d'agir et si oui, est-il parvenu à porter du fruit ? En partie notamment, grâce à sa politique de "pression douce" auprès des entreprises dans lesquelles il investit. "L'initiative Climate Action 100+ (...) vise à inciter par l'engagement actionnarial, les 100 entreprises les plus émettrices au monde et 61 autres compagnies critiques, à réduire leurs émissions et à être plus transparentes sur le sujet du climat", explique ainsi le rapport. Bilan, Shell, BP et Equinor se sont engagées à aligner leurs stratégies sur un scénario compatible avec l'accord de Paris. L'initiative a en revanche échoué auprès d'Exxon.
Côté financement de la transition énergétique, les banques ont en revanche encore du chemin à parcourir : selon l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), les investissements mondiaux dans les énergies à bas carbone sont restés relativement stables en 2018, à environ 620 milliards de dollars et n'ont représenté que 35% du total des investissements dans l'énergie. Ainsi, pour être conformes à son scénario le plus exigeant, que l'AIE considère comme aligné sur les Accords de Paris, les investissements en énergie renouvelables devraient être multipliés par 2,5 et atteindre 65% en 2030.
Autre constat décevant par rapport aux engagements des banques, les financements aux énergies fossiles des 33 plus grandes banques mondiales ne connaissent pas d'infléchissement. Pourtant, certaines banques ont mis en place des politiques restrictives ou d'exclusion : à l'exemple de BNP Paribas qui a décidé d'exclure d'investir dans le charbon, les sables bitumineux, la fracturation hydraulique et le gaz naturel liquéfié. Mais ces banques engagées ne sont qu'une minorité pour le moment.
Les institutions financières sont en revanche de plus en plus nombreuses à offrir des produits et outils de financement verts : si le marché des obligations vertes est resté stable, il a été compensé par le développement d'obligations "durables", c'est-à-dire combinant des objectifs sociaux et environnementaux. Le volume d'obligations vertes et durables a atteint 188,3 milliards de dollars en 2018. Par ailleurs, le marché des prêts durables environnementaux et sociaux a décollé en 2018 pour atteindre 35,5 milliards de dollars fin 2018. Enfin, les fonds d'investissement à thématiques vertes et durables se sont multipliés et leurs encours sont en forte hausse : à fin 2018, on comptait plus de 2.000 fonds verts ou à thématiques durables, représentant 5.000 milliards de dollars d'actifs sous gestion, selon les données de Bloomberg.
Autre signal encourageant concernant le verdissement de la finance, le nombre grandissant de réglementations en la matière : 2019 a ainsi représenté l'année de mise en application du Plan d'action européen pour une finance durable, comportant trois mesures législatives : l'adoption d'une taxonomie des actifs verts, une plus grande transparence du secteur financier et une plus grande transparence des entreprises du leur impact climat. Rappelons également la mise en place d'un réseau de superviseurs financiers "network for greening the financial system" réunissant 34 banques centrales qui ont publié les premiers résultats de ses travaux pour lutter contre les risques financiers liés au changement climatique. Enfin, le réseau international de places financières durables comprend à ce jour 30 places financières et témoigne de la structuration des acteurs financiers locaux autour d'ambitions communes d'expansion de la finance verte.
Toutes ces initiatives en faveur du climat contribuent naturellement à réorienter les capitaux vers des entreprises plus soucieuses de la planète. Ou du moins servent-elles à inciter les sociétés à agir davantage sur le sujet. Mais le secteur financier pourrait faire encore bien plus pour avoir un impact réel et rapide, fidèle aux objectifs de Paris. Ce que les participants à la réunion annuelle de l'ONU sur la lutte contre le changement climatique, la COP25, qui se tiendra du 2 au 13 décembre à Madrid, ne devraient pas manquer de rappeler.
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