Politique économique / Edouard Philippe / Jean-Paul Delevoye / Réforme des retraites
Politique économique
Edouard Philippe / Jean-Paul Delevoye / Réforme des retraites
Quelques questions sur la réforme des retraites
Édouard Philippe, qui est un Premier ministre plutôt courageux et assez efficace, a reçu les partenaires sociaux lundi et mardi concernant la réforme des retraites. Il en a tiré hier la conclusion qu’il lui semblait possible de trouver "le bon curseur" entre les revendications des uns et les préconisations des autres. Il s’est notamment déclaré ouvert à ce que la première génération concernée ne soit plus celle née en 1963. Bref il fait un trait sur la clause du grand-père qui aurait consisté à créer un quarante-troisième régime de retraite. Mais il invente la "clause du demi-grand-père" en repoussant l’année de naissance des premiers salariés concernés par la réforme.
Il y a quelques décennies, un candidat fantasque à l’élection présidentielle promettait de supprimer chaque dernier wagon de métro. C’est un peu ce qui transparaît dans les propos du Premier ministre. Que les premiers Français concernés soient nés en 1967 ou 1970, ils seront toujours les premiers à être sacrifiés sur l’autel de cette réforme qui n’aura – dès lors – plus rien d’universelle. Par ailleurs ce décalage de génération ou d’âge retardera évidemment les effets financiers de cette réforme qui, pour l’heure, se fait à euro constant. Alors qu’une réforme des retraites a le gros avantage de pouvoir générer très vite des économies sur les dépenses publiques. Pour mémoire, la réforme Woerth de 2010 a entraîné 20 milliards d’économies l’an passé…
Donc après s’être violemment opposé devant les médias à Jean-Paul Delevoye sur "la clause du grand-père" que les conseillers de Matignon et notamment Benoit Ribadeau-Dumas veulent imposer, Édouard Philippe a manifestement obtenu un jugement de Salomon du Chef de l’État pour cette demi-clause qui reste à mettre en place et dont on connaîtra les détails quatre ou cinq jours après la grève du 5 décembre.
Il n’est pas certain du tout que ce qui a été présenté hier par Édouard Philippe comme une révolution copernicienne de sa réforme calme les ardeurs des grévistes et même des Français, dont 62 % soutiennent ce mouvement social. Résultat, au début janvier, le gouvernement risque de se trouver toujours aussi empêtré qu’aujourd’hui avec la peur de vexer la CFDT et une réforme qui ne générera aucune économie.
Une boutade souvent racontée dans les cours d’économie rappelle qu’il existe quatre et seulement quatre moyens de sauver un régime de retraites par répartition. Le premier est de tuer tous ceux qui sont âgés de plus de X années. Évidemment c’est efficace, mais peu concevable. Le deuxième, c’est de baisser drastiquement le niveau des pensions. A priori, en période de crise du pouvoir d’achat, ce serait plutôt mal venu. Le troisième, c’est d’augmenter les cotisations. Mais c’est élever le coût du travail. Là encore, ce n’est pas vraiment dans l’air du temps. Et le quatrième, c’est de reculer l’âge de départ à la retraite. Méthode que la plupart des pays retiennent. Nos voisins allemands partent en retraite à 67 ans et songent à reculer cet âge pivot à 70 ans.
Cette mesure qui contrarie beaucoup la CFDT a trois avantages. Elle renfloue immédiatement les caisses de retraite. Elle oblige les entreprises à se réorganiser pour faire une place au travail des seniors. Surtout elle montre à tous que seul le travail compte, dans une société qui depuis vingt ans n’a fait que démolir la valeur travail. Dans le laboureur et ses enfants, Jean de La Fontaine avait trouvé une très jolie allégorie pour expliquer que "le travail est un trésor". Le problème c’est qu’aujourd’hui ce n’est plus des rimes et des vers qu’il faut pour expliquer cela aux Français, mais du courage politique et surtout pas de demi-mesures. Or on sent bien, hélas, que dans ce gouvernement, personne n’a envie de se faire tuer pour défendre une réforme à laquelle pas un Français sur dix ne comprend quelque chose.
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