Politique économique / Emmanuel Macron / CFDT / Réforme des retraites
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Emmanuel Macron / CFDT / Réforme des retraites
Macron ne sortira pas indemne de la réforme des retraites
Le record de 1995 est donc largement dépassé avec demain quatre semaines consécutives de grèves à la SNCF, à la RATP, chez certains agents d’EDF, ou du Ministère de l’Éducation Nationale et même des danseurs de l’Opéra de Paris. Au fond la durée de cet affrontement – un peu irrationnel – entre l’exécutif et les grandes centrales syndicales n’a peu d’importance si à la fin des fins, la France parvient à réformer, voire à transformer son système de retraites.
Le problème, c’est que depuis une semaine – sans doute pour apaiser le conflit durant les vacances de Noël – des concessions sont faites ici où là. Les pilotes de ligne qui menaçaient de faire grève ont obtenu ce qu’ils voulaient, les policiers idem, les aides-soignants sont sur le point de gagner leur bras de fer, et les enseignants vont voir leurs salaires décoller dès l’année 2021. Comme il y a un an avec les "gilets jaunes", le gouvernement fait des chèques sur l’avenir, retire des mesures liées à sa réforme des retraites et donne le sentiment de faiblir.
Bien sûr il y a la question fondamentale de l’âge pivot qui tient. Au grand dam de la CFDT qui en a fait un casus belli, mais qui a refusé de négocier pendant les vacances… pour cause de vacances. Ce n’est donc que le 7 janvier prochain que le gouvernement reverra les partenaires sociaux pour leur faire de nouvelles propositions. De deux choses l’une. Soit elles sont acceptables, et cela signifie que la réforme est sacrément amodiée. Soit le gouvernement tient bon sur ce qu’il juge l’essentiel et les grèves continueront.
Restera une question : quelle sera, après cette réforme - qui de toute façon sera présentée en conseil des ministres le 22 janvier, après un examen minutieux par le Conseil d’État - la marge de manœuvre du Chef de l’État pour mener de nouvelles réformes ? Et il y en a de nombreuses qui font la queue au portillon parlementaire. Aura-t-il affaibli les syndicats par une grève usante, comme après les ordonnances de l’automne 2017 ou bien se sera-t-il affaibli sur une réforme qu’aucun Français ne comprend et qui perd peu à peu ses qualités d’équité et d’universalité ?
On ne sort pas indemne d’un tel conflit. Et lorsqu’on gagne contre les syndicats, en France, c’est très souvent une victoire à la Pyrrhus. Pourquoi ? Parce que la société française est dans un tel état de défiance, voire de peur, qu’elle a besoin de consentement général et non de passage en force. Voilà pourquoi au cours des deux années qu’il restera à Emmanuel Macron pour transformer la France, nous risquons davantage – après cette épreuve de force – d’assister à une chiraquisation de Jupiter qu'à une mise en œuvre des réformes annoncées dans son programme et qui sont si nécessaires au pays.
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