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Donald Trump / Taux de change / droits de douane / Argentine
Donald Trump fait (encore) erreur
Donald Trump a annoncé hier que les États-Unis allaient imposer des droits de douane sur les importations d'acier et d'aluminium provenant du Brésil et de l'Argentine. Le président américain a pointé la forte dépréciation du taux de change de ces deux économies pour justifier cette décision. "Le Brésil et l'Argentine ont procédé à une dévaluation massive de leur monnaie, ce qui n'est pas bon pour nos agriculteurs", a tweeté le locataire de la Maison Blanche. "Avec effet immédiat, je rétablirai les droits de douane sur tout l'acier et l'aluminium qui sont expédiés de ces pays aux États-Unis", a-t-il ajouté.
Cette annonce est une très mauvaise nouvelle pour le Brésil, le deuxième fournisseur d'acier des États-Unis - 3,98 millions de tonnes d'acier pour une valeur de 2,5 milliards de dollars en 2018. Même chose pour l'Argentine qui exporte la majorité de son acier et son aluminium vers la première puissance économique mondiale - 168.922 tonnes d'acier pour une valeur de 220,25 millions de dollars l'an passé. Jair Bolsonaro, le Président brésilien, a réagi en se disant prêt à appeler son homologue américain. "J'ai une ligne directe avec lui", a-t-il déclaré à des journalistes devant sa résidence à Brasilia. En mars 2018 déjà, Donald Trump avait annoncé l'instauration, au niveau mondial, de droits de douane de 25% sur l'acier et de 10% sur l'aluminium avant de revenir sur sa décision quelque temps plus tard et de les supprimer pour l'Argentine et le Brésil, ainsi que pour d'autres pays. "Je leur ai donné un sacré coup de pouce sur les droits de douane mais maintenant, c'est fini", a ainsi lancé le Président américain à des journalistes, en référence au Brésil et à l'Argentine.
Dans les faits, la monnaie brésilienne, le réal, a franchi pour la première fois le seuil des 4,27 réais pour un dollar la semaine dernière, une dépréciation de 10% sur un an. La monnaie argentine, elle, a atteint près de 60 pesos pour un dollar - près de 34% de baisse sur les quatre derniers mois - et n'en finit pas de dégringoler. Toutefois, ces dépréciations ne sont pas du fait d'une quelconque volonté des banques centrales de ces économies, ou de leurs gouvernements de peser à la baisse sur la valeur de leur monnaie, pour gagner des parts de marché à l'exportation, au détriment des États-Unis. De fait, la manipulation des devises se produit lorsque des pays qui possèdent un régime de change flexible - comme c'est le cas de l'Argentine et du Brésil - se portent acquéreurs de la devise contre laquelle ils souhaitent voir leur monnaie se déprécier, le dollar en l'occurrence, sur le marché des changes. Concrètement, en gonflant la demande pour cette devise relativement à la monnaie domestique, cette dernière se déprécie.
Or, c'est le marché, en présence de changes flottants, qui détermine la valeur relative de chaque monnaie et non les interventions arbitraires massives de la banque centrale. Sauf qu'en l'espèce, la dénonciation de Donald Trump est sans fondement car ni le Brésil ni l'Argentine n'ont été mentionnés dans le rapport du Département du Trésor américain sur la manipulation de devises. Ils ne sont même pas sous surveillance - comme peut l'être la Chine par exemple. En fait, la cause de la dépréciation du taux de change de ces deux pays est à chercher ailleurs. L'Argentine, elle, est confrontée à une grave crise économique et monétaire qui a commencé l'année dernière et a vu - en toute logique - la valeur de sa monnaie, s'effondrer. Selon le Fonds monétaire international (FMI), son activité économique devrait se contracter de 3,1% cette année. Et l'inflation d'atteindre 50% d'ici la fin de l'année, selon plusieurs organismes internationaux. Quant au Brésil, il est victime d'une croissance économique atone et d'une incertitude politique liée aux doutes qui pèsent sur la capacité du gouvernement Bolsonaro à mettre en place ses réformes libérales.
Par ailleurs, le Président américain a profité de ces annonces pour lancer un appel à la Réserve fédérale américaine (Fed) et lui demander d'"agir en conséquence" pour que les autres pays "ne profitent plus de la force de notre dollar en dévaluant leur monnaie". Toutes choses égales par ailleurs, de nouvelles baisses de taux d'intérêt de la Banque centrale américaine auraient pour effet d'influer à la baisse sur la valeur du dollar. Néanmoins, il est extrêmement peu probable que la Fed réponde favorablement aux injonctions de Donald Trump, elle qui - officiellement du moins - ne se préoccupe pas de la valeur du billet vert et compte faire une pause après avoir déjà baissé ses taux d'intérêt à trois reprises cette année.
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