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La TTF avance à petit pas
C’est en 1972 que la première taxe sur les transactions financières (TTF) a vu le jour, sous le nom de "taxe Tobin" suggérée par le prix Nobel d’économie James Tobin. Près d’un demi-siècle plus tard, le chantier est loin d’être achevé. Elle est au cœur d’un arbitrage polémique entre les moyens considérables qu’elle peut dégager - grâce à un impôt de l’ordre de 0,1% - et la pénalité qu’elle fait subir au secteur financier - à l’heure où la City redistribue ses pions.
Or, le ministre allemand des Finances Olaf Scholz a confirmé avoir envoyé en début de semaine un nouveau projet à ses homologues de neufs États européens dont la France l'Italie, le Portugal et l'Espagne pour finaliser un processus déjà entamé depuis près d'une décennie sur le Continent. Dans le détail, le ministre propose de taxer à hauteur de 0,2% les achats d’actions d’entreprises dont la capitalisation boursière dépasse un milliard d’euros. La taxe proposée par Berlin ne concernerait pas les obligations et produits financiers dérivés. Et un certain nombre d’opérations pourraient en être exemptées, notamment les entrées en Bourse ou les fonds de retraites. De quoi contrarier Vienne, qui déplore que "la proposition prévoit une base de taxation réduite", excluant notamment les transactions à haute fréquence.
À l’approche de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), les décideurs ont plutôt intérêt à alléger les entraves nationales qui pèsent sur le secteur financier. Et au jeu de qui sera le plus attractif, la France a décidé d’être en tête. Par exemple en juillet 2017, lors d’un discours intitulé "Notre ambition pour la place de Paris", le Premier ministre Édouard Philippe a abrogé l’extension prévue en 2018 sur la TTF qui devait être étendue aux transactions infrajournalières car "elle pénaliserait la place de Paris et la cohérence de la politique fiscale".
Les pays les plus réfractaires restent cependant la Belgique et la Slovaquie. Pendant que les belges plaident pour une exception sur les fonds de pension, les Slovaques critiquaient les exemptions injustifiées sur certains produits financiers, quitte à jouer la montre sur un sujet aussi crucial. Et même les 50 milliards d'euros de recettes budgétaires annuelles promises par la Commission européenne n’avaient pas suffi à convaincre le groupe. Espérons que l'annonce du ministre allemand ouvre un nouveau chapitre à cette taxe infime mais primordiale, en cette période où l'argent public manque pour financer une révolution climatique.
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