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Régulation / Concurrence
Margrethe Vestager / commission européenne / Concurrence
Margrethe Vestager, pour un durcissement des règles
Les géants industriels américains et chinois sont bien plus souples que nous le sommes avec les règles antitrust, mais l'Europe a toujours préféré la jouer loyale sur ce type d'échiquier commercial, parfois au prix de marchés déterminants. Or, il se pourrait que la Commission ait décidé d'agir sérieusement en freinant la concurrence déloyale des entreprises d'État étrangères.
En effet, la danoise Margrethe Vestager, fraîchement reconduite avec la responsabilité de la concurrence en plus du numérique à la Commission européenne, a rassemblé un groupe de travail dédié pour examiner les réponses possibles, y compris les propositions radicales soumises par le gouvernement néerlandais. Certes, "la Reine viking" avait déjà fait plusieurs victimes dont Starbuck, Fiat, Engie, Nike ou encore Apple pour qui la Commissaire considérait que les cadeaux fiscaux dont la firme bénéficiait s'assimilaient à une aide d'État déguisée. Mais les amendes, aussi importantes soient-elles, n'ont jamais contraint les Chinois et les Américains à revoir leur modèle économique agressif envers le Continent.
Selon le plan néerlandais, la Commission aurait de nouveaux pouvoirs pour enquêter sur le comportement d'une entreprise si elle estimait que celle-ci se livrait à un comportement "distorsif" grâce à des subventions publiques, ou si elle était considérée comme réalisant des bénéfices excessifs grâce à une position dominante sur le marché dans son propre pays. Alors, l'Autorité européenne pourrait réagir en forçant l'entreprise étrangère à être plus transparente dans sa comptabilité ou en interdisant certains comportements, tels que l'imposition de prix artificiellement bas dans l'Union ou la poursuite de rachats qui ne sont pas réellement rentables.
Ces réflexions arrivent au moment où l'Union débat de la nécessité d'encourager ses propres "champions" d'entreprise - comme les appelle Bruno Le Maire - dans le cadre d'une approche plus directement interventionniste de la politique industrielle. Il a été reproché à la Commissaire son refus de voir fusionner Alstom et Siemens cette année, portant un coup dur au projet franco-allemand de créer un mastodonte local qui aurait pu aller fièrement au combat contre le chinois CRRC et le canadien Bombardier. “L’Airbus du rail” reste jusqu’à nouvel avis au garage.
C'est d'ailleurs probablement cette ferveur qui a coûté à Margrethe Vestager la place de Présidente à la Commission européenne plus tôt cette année, au profit d'Ursula von Der Leyen. Tant que la Dame de fer brandit la menace d’amendes records pour des entreprises nord-américaines, elle passe pour une héroïne aux yeux de beaucoup, mais dès qu’elle invoque les mêmes règles quand il s’agit d’entreprises européennes, l'engouement s'estompe. Sans tomber dans le piège protectionniste défavorable à toutes les parties, comme le prouvent les études empiriques sur le sujet, l'Europe gagnerait bien sûr à freiner la concurrence déloyale des entreprises d'État étrangères, par exemple dans le secteur de la batterie électrique, dont il ne reste plus qu'une très faible partie qui ne soit pas aux mains des Chinois.
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