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Fusions, Acquisitions / Régulation / Donald Trump / Concurrence

Fusions, Acquisitions
Régulation / Donald Trump / Concurrence

M&A : le « deux poids deux mesures » de l’ère Trump

Alors qu’il s’oppose au mariage entre AT&T et Times Warner, le Département de la Justice s’apprêterait à approuver deux autres fusions dans la santé qui auront les mêmes conséquences. Il montre ainsi son incohérence et se décrédibilise totalement.
department of justice
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Le microcosme de Washington n’a actuellement qu’une seule obsession : trouver l’identité du mystérieux auteur de la tribune publiée dans le New York Times, qui évoque une résistance collective au sein de l’administration pour empêcher la mise en place des pires décisions de Donald Trump. Couplées aux premières fuites sur le livre Fear du journaliste Bob Woodward, ces informations donnent à voir un pouvoir exécutif à deux têtes, entre l’impétueux et irresponsable Président et sa garde rapprochée, attachée au sens moral et aux principes républicains. Sur un tout autre sujet, les M&A, l’attitude des autorités antitrust est un nouvel exemple d’une gouvernance incohérente et profondément biaisée.

Ainsi, le Département de la Justice serait sur le point d’approuver deux fusions d’envergure dans le secteur de la santé : le mariage entre les pharmacies CVS et l’assureur Aetna pour 69 milliards de dollars, et celui entre l’assureur Cigna et le gestionnaire de prescriptions Express Scripts pour 52 milliards de dollars. Ces deux décisions ne semblent pas particulièrement choquantes au premier abord, car un gouvernement républicain est en général présumé favorable au libre fonctionnement des marchés, et aux M&A qui l’accompagnent. 

Mais ce qui interpelle, c’est que la même administration s’est fermement opposée à une opération de fusion dite verticale, celle entre AT&T et Time Warner qui reviendrait, selon ses dires, à réduire la concurrence et à faire grimper les prix, au détriment du consommateur final. Le Président a lui-même été particulièrement virulent contre l’opération proposée par la maison-mère de CNN, qu’il exècre et accuse régulièrement de publier des "fake news", mais le juge fédéral a rejeté ces arguments et approuvé l’opération en juin dernier. Et loin de s’arrêter là, l’autorité antitrust a à nouveau fait appel de cette décision. Sur un autre sujet, elle a revanche approuvé l’union entre Bayer et Monsanto en mai dernier, tout en leur imposant certes de vendre 9 milliards de dollars d’actifs pour ne pas voir de position dominante.

De là à considérer que le Département de la Justice a agi sur des motifs purement politiques et sur ordre du Président, il n’y a qu’un pas que certains s’empressent de franchir. Si cette décision devait être confirmée dans les prochaines semaines, l’autorité antitrust risquerait de montrer son incohérence, ses biais politiques et de perdre très largement en crédibilité. Le véritable test pourrait être celui d’une autre fusion hautement symbolique, celle de Sprint et T-Mobile, les troisième et quatrième opérateurs télécoms du pays. Elle constitue une véritable opération de fusion horizontale entre deux concurrents, et de consolidation d’un secteur stratégique qui a conduit à des hausses de prix dans des cas similaires en Europe. En 2011, l’administration Obama avait retoqué le projet de fusion entre AT&T et T-Mobile ; la décision du gouvernement Trump en dira long sur sa volonté de résister aux omnipotents lobbies corporates.

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