Macro-économie / Taux / 2019 / bilan
Macro-économie / Taux
2019 / bilan
Les grands moments des marchés en 2019
L'année 2019 est la démonstration que le taux zéro ne constituent une limite que dans l'imagination des économistes classiques. Les pays développés sont tombés dans un piège des liquidités qui ne confère qu’une faible marge de manœuvre en termes de politique monétaire expansionniste, et c'est d'ailleurs pour cela que cette année, les banquiers centraux et spécialistes qui les suivent ont choisi, lors de la réflexion habituelle à Jackson Hole, le thème des "défis de la politique monétaire".
La vague d'argent bon marché fournie sans cesse par les décideurs politiques a fait grimper le marché obligataire, et le déclin des taux d’intérêt dans le contexte actuel met à mal la position des intermédiaires financiers, et par conséquent leur capacité de prêt. Aussi, les faibles taux entravent l'attribution efficace des capitaux en permettant aux entreprises, même les plus fragiles, de répondre à leurs obligations de service de la dette. C'est-à-dire qu'ils leur permettent d'emprunter facilement même si leur projet ne produit aucun rendement. Le faible coût du capital a par ailleurs conduit les investisseurs à une recherche parfois irrationnelle d'un meilleur rendement possible, au risque de se tourner vers des actifs à risque, ce qui a augmenté la probabilité d'instabilité.
C'est dans ce contexte qu'il faut analyser certains grands moments des marchés de l'année écoulée. Il y a d'abord eu le revirement surprenant de la Fed au mois de janvier, lorsque la Banque centrale américaine a signalé qu'elle envisageait un assouplissement de sa politique monétaire après avoir prévenu, six semaines plus tôt, que d'autres augmentations étaient pourtant en cours. Mais aussi en avril, la (première) collecte de fonds record de Saudi Aramco, preuve de l'appétit démesuré des investisseurs pour le rendement, même faible. Et puisque l'argent ne rapporte plus rien, les porteurs de part veulent être assurés de pouvoir le placer ailleurs en cas de pépin. C'est probablement ce qui explique les retraits soudains et majeurs de l'une des filiales de Natixis, H2O Asset Management, au mois de juin, après que le Financial Times révélait une grande proportion d'obligations illiquides liées à un financier allemand au passé sombre.
Les taux d'intérêt négatifs, en compressant les marges bancaires, ont aussi participer aux annonces successives des grandes banques européennes cette année pour des plans de restructuration majeurs. Financial News a pu quantifier ces destructions d’emplois en calculant que 2.600 emplois à forte valeur ajoutée ont été supprimés entre le 30 septembre 2018 et le 30 septembre 2019. UBS est en train de restructurer sa banque d'investissement, tandis que HSBC devrait dévoiler un nouveau plan de réduction des coûts au cours de la nouvelle année, qui sera axé sur la réduction de son unité mondiale de banque et de marchés. La Deutsche Bank a déjà fermé sa division de vente et de négociation d'actions, tout en maintenant les marchés des capitaux et la recherche sur les actions, et supprimera 18.000 emplois dans l'ensemble de la banque au cours des trois prochaines années. La Société Générale envisage de supprimer environ 1.200 emplois au sein de sa division mondiale de solutions bancaires et d'investissement, notamment en se retirant du négoce de matières premières de gré à gré et du négoce pour compte propre et en se concentrant sur ses atouts traditionnels dans les dérivés actions.
L'année 2019, c'est aussi la réécriture par la Business Round Table, qui réunit les principaux patrons d'entreprises aux États-Unis, de la raison d'être d'une société. Le Comité a abandonné à l'été dernier son soutien à la primauté des actionnaires sur la création de valeur pour un modèle multipartite, au profit des clients, des employés et des collectivités locales dans lesquelles les entreprises exercent leurs activités. Plus tard dans l'année, la Bourse hongkongaise a créé des vagues sur le marché après l'annonce d'une approche audacieuse de 32 milliards de livres sterling pour le London Stock Exchange Group. Mais c'était sans compter l'obstination du LSE à acheter le fournisseur de données Refinitiv pour 27 milliards de dollars, qui a contraint Hong Kong à abandonner quelques semaines plus tard son projet. L'année 2019, c'est aussi l'échec écrasant de l'IPO de WeWork, le Groupe prometteur de co-working qui a lui aussi dû remettre son projet à plus tard, terrassé par des inquiétudes sur la gouvernance et le leadership.
Enfin, 2019 signe la fin du mandat de SuperMario à la tête de la BCE, laissant la place à l'ancienne directrice du FMI Christine Lagarde. Mario Draghi a passé le relais en soulignant la nécessité des gouvernements de faire leur part dans la relance de l'économie, par le bras budgétaire, tout en se montrant satisfait de sa propre politique : "Pour nous, les taux négatifs, cela a été une expérience très positive : cela a stimulé l'économie, l'emploi. Jusqu'ici les effets positifs ont plus que compensé les effets négatifs." Ce bilan n'est pas partagé de façon unanime, certains préférant voir la réduction du taux comme contre-productive. Ce qui est sûr, c'est que les banquiers centraux devront encore faire preuve davantage d'ingéniosité dans l’assouplissement de la politique monétaire dans les années à venir.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

