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Le bilan de la Fed se dégonfle et c’est une bonne nouvelle
Chaque jeudi, aux alentours de 22h30 heure française, se déroule un évènement auquel les marchés sont plutôt attentifs : la plus puissante Banque centrale du monde publie son bilan. Ce dernier contient des éléments précieux puisqu’il donne des indications extrêmement concrètes sur la politique monétaire menée par la Réserve fédérale américaine (Fed) et permet, parfois, de constater un découplage entre ses actes et son discours. Depuis un mois, après avoir atteint un plus haut historique à 7.168,936 milliards de dollars - soit un tiers du Produit intérieur brut nominal américain de 2019 -, le bilan de la Fed a connu une décrue de quatre semaines consécutives pour se trouver aujourd’hui à 6.920,716 milliards de dollars. Comment donc expliquer cette baisse de près de 250 milliards de dollars alors même que l’on nous serine à longueur de journée que les Banques centrales déversent des tombereaux de liquidités sur les différents marchés d’actifs ? Ce sont en fait deux postes bien précis du bilan de la Fed qui expliquent cet état de fait.
Tout d’abord, cette contraction du bilan provient de l’arrêt par la Fed de ses opérations de prises en pension. Souvent évoquées dans nos colonnes, ces opérations, démarrées à la mi-septembre 2019, avaient pour but d’enrayer la pénurie de liquidités dont souffraient les marchés monétaires américains qui faisaient décoller les taux d’intérêt au-delà de la cible désirée par la Fed. Ces prêts collatéralisés, qui ont représenté jusqu’à 441,945 milliards de dollars dans le bilan de la Banque centrale le 18 mars 2020, sont tombés à 0 au 8 juillet. Première bonne nouvelle, donc, les marchés monétaires n’ont plus besoin, pour l’instant, de cette perfusion de la Fed pour fonctionner.
Précisons toutefois que l'intervention de la Fed sur les marchés monétaires visait à fournir des liquidités par le biais d'opérations de prises en pension, mais également à regonfler les réserves des acteurs sur le marché en leur rachetant des bons du trésor (à court terme) ; or de telles opérations ont encore lieu. Si le risque d'une pénurie de liquidités est à ce jour écarté, il faudra que les réserves des acteurs du marché reviennent à un niveau important pour permettre au marché monétaire de fonctionner de manière autonome et donc à la Fed de se retirer. Ainsi, la normalisation sera complète.
La seconde explication derrière cette légère fonte du bilan de la Fed trouve sa source dans la crise du coronavirus et ses conséquences pour le financement en dollars. En effet, au début de la crise économique du Covid-19, la Fed avait passé des accords de swap avec bon nombre de banques centrales dans le monde. Des accords conclus dans le but d’éviter une crise financière mondiale causée par une pénurie de dollars, monnaie sur laquelle repose une grande partie du financement de l'économie mondiale. Concrètement, les Banques centrales étrangères tirent sur ces lignes de crédit pour ensuite pouvoir prêter ces dollars à leur système financier domestique. A leur pic, le 27 mai 2020, ces accords ont permis aux Banques centrales du monde entier de tirer 448,95 milliards de dollars auprès de la Fed. Au 9 juillet, ils ne représentaient plus "que" 153,04 milliards de dollars, selon les derniers chiffres de la Fed de New York.
Dans le détail, tout au long de la crise économique que nous vivons, c’est la Banque du Japon qui tire le plus sur ces lignes de crédit (l’institution de Tokyo représente aujourd’hui plus des deux tiers des demandes de prêts de dollars à la Fed et s'inquiétait de la dépendance au dollar de son système financier dans son dernier rapport sur la stabilité financière) quand la Banque centrale européenne arrive deuxième et pèse un peu plus de 10% de la demande de dollars. La voie vers la normalisation du financement international en dollars est donc un élément à saluer et fait peser une menace de moins sur l'économie mondiale.
Si la forte baisse de ces deux postes est de bon augure et a conduit à une diminution du bilan de la Fed, elle n'est que provisoire. De fait, il va évidemment repartir à la hausse sous l'effet des programmes des rachats d'actifs et autres mesures liées à la crise du Covid-19. Rappelons que la Banque centrale américaine qui détient - au 30 juin - pour 25,5 millions de dollars d'obligations Apple, 3,9 millions de dollars d'obligations Amazon ou encore 19,2 millions de dollars d'obligations Microsoft, continue d'acheter, chaque semaine, pour 20 milliards de dollars de bons du Trésor et 10 milliards de dollars de créances hypothécaires titrisées (mortgage-backed security - MBS) sans compter ses autres achats d'actifs... Si bien que, selon certains, le bilan de la Fed pourrait bien atteindre 10.000 milliards de dollars à la fin de l'année, ce qui représenterait près de la moitié du PIB de l'Oncle Sam.
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