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Y a-t-il encore une réforme des retraites ?

Macro-économie / Taux / Edouard Philippe / Emmanuel Macron / Geoffroy Roux de Bézieux / Laurent Berger

Macro-économie / Taux
Edouard Philippe / Emmanuel Macron / Geoffroy Roux de Bézieux / Laurent Berger

Y a-t-il encore une réforme des retraites ?

Afin de renouer avec la CFDT, le gouvernement semble être en train d’abandonner – sinon dans les mots, du moins dans les faits – la notion d’âge pivot après avoir transformé, depuis un mois un système destiné à être universel en système catégoriel.
Edouard Philippe
Edouard Philippe

Après avoir nié pendant des semaines la nécessité de faire une réforme des retraites qui tienne compte des questions d’équilibre financier - ce que les experts appellent "le volet paramétrique" de la réforme -, la CFDT est revenue dimanche soir sur le devant de la scène en proposant que les questions financières soient détachées de la réforme en elle-même et donnent lieu à une grande conférence sur le financement à tenir d’ici le mois de juillet prochain.

Le gouvernement d’Edouard Philippe, qui a multiplié les maladresses sur ce dossier, a aussitôt bien accueilli cette proposition en sachant évidemment qu’il s’agissait pour la CFDT de balayer ainsi la notion d’âge pivot de 64 ans qu’elle considère comme une ligne rouge. Et ce matin sur RTL, Edouard Philippe a redit tout le bien qu’il pensait de la proposition de Laurent Berger.

Au même moment Geoffroy Roux de Bézieux, le patron du Medef qui avait été le premier à évoquer cet âge de 64 ans et qui, contrairement à ce que nous écrivions dimanche dernier ne voulait surtout pas se faire imposer une hausse des cotisations patronales pour financer le système des retraites, a reconnu qu’il ne fallait pas "s’arc-bouter sur l’âge-pivot" tout en rappelant que "la mesure d'âge, même si on peut peut-être l'améliorer, c'est la seule manière intelligente de financer le régime".

Bref à l’heure qu’il est tout semble se mettre en place pour qu’Edouard Philippe, qui de surcroît subit la pression d’Emmanuel Macron pour trouver rapidement un compromis, aille à Canossa et soit contraint d’abandonner cette notion d’âge pivot. Même s’il est normal de faire des concessions de part et d’autre surtout à un moment où ce mouvement social bat des longueurs de durée, on ne peut que regretter cet abandon. Car qui peut penser que la France serait le seul pays, où face à la croissance – heureuse – de l’espérance de vie, il n’y aurait pas besoin de travailler davantage ? Qui peut penser qu’avec un système de répartition où le rapport n’a jamais été aussi étroit entre le nombre de salariés cotisant par retraité, on pourrait ne rien changer ? Qui peut penser que la France peut rester le pays où le nombre d’heures travaillées par habitant est le plus faible de l’OCDE, tout en maintenant le même pouvoir d’achat de ceux qui ne travaillent plus.

Une fois que l’âge-pivot de 64 ans (alors que l’âge moyen de départ à la retraite des Français est de 63 ans et neuf mois) aura été enterré sans fleurs ni couronnes, avec la bénédiction de l’Elysée où l’on est si soucieux de garder de bons rapports avec la CFDT – n’oublions pas que Philippe Grangeon, conseiller politique du Chef de l’Etat a été Secrétaire confédéral du syndicat réformiste de 1994 à 1998, et conseiller de Nicole Notat en matière de communication – que restera-t-il de cette réforme dont les trois maîtres-mots étaient : universalité, égalité et responsabilité.

L’universalité est passée par pertes et profits, puisque dix régimes spéciaux ont déjà obtenu d’être maintenus. L’égalité n’a donc plus lieu d’être. Quant à la responsabilité liée au financement du système, elle n’est plus à l’ordre du jour. Nous avions jusqu’à présent un système de retraites dont on savait qu’il fallait le réformer en mettant l’âge de départ à la retraite à 65 ans (contre 67 en Allemagne). Et nous voilà avec 85 régimes différents : les 42 systèmes antérieurs pour lesquels il existe deux versions désormais en fonction de l’âge d’arrivée du cotisant, et le système initialement prévu. Donc 84 + 1. Après cela on ne s’étonnera plus de vivre dans un pays miné par la défiance, et notamment la défiance envers la parole publique. Ce qui est terrible lorsque l’on sait depuis Max Weber qu’avec le capital et le travail, la confiance est l’un des trois éléments nécessaires à la croissance et à la prospérité d’un pays.

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