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Politique économique / SMIC / Emmanuel Macron / Edouard Philippe / Gilets jaunes

Politique économique
SMIC / Emmanuel Macron / Edouard Philippe / Gilets jaunes

Le raté de la hausse promise du SMIC

Il y a une semaine le Chef de l’État s’engageait à ce que le salaire des travailleurs payés au SMIC augmente de 100 euros dès janvier. Non seulement ce salaire n’augmentera pas et sera compensé par la prime d’activité. Non seulement ce geste n’interviendra qu’en février. Mais en plus près d’un Smicard sur deux ne profitera pas de cette promesse…
Edouard Philippe
Edouard Philippe

Il y a quelques dizaines d’années de cela l’humoriste Pierre Doris avait sorti cette boutade : "Avec toutes les promesses que font nos députés, le budget total des États-Unis serait insuffisant pour un seul département français." Les Présidents de la République ont beaucoup changé, la classe politique a évolué. Selon certains, nous serions même passés d’un "ancien monde" à un "nouveau monde" où les citoyens sont pris pour des gens sérieux…

Petit rappel des faits : il y a tout juste une semaine, au terme d’une journée d’écoute des partenaires sociaux à l’Élysée, Emmanuel Macron s’est adressé aux Français de manière solennelle à 20 heures. Au cours de ses 13 minutes d’intervention il a déclaré : "Le salaire d’un travailleur au SMIC augmentera de 100 euros par mois dès 2019 sans qu’il en coûte un euro de plus pour l’employeur." Jolie promesse pour les plus de deux millions de Français rémunérés sur la base du salaire minimum.

Très vite les politiques, les journalistes, les économistes ont cherché à savoir comment allait se produire ce tour de passe-passe consistant à augmenter des salariés sans que les entrepreneurs n’aient à payer quoi que ce soit. Et là ce fut le grand trouble. Mardi dernier, entre Matignon et Bercy on expliquait que les 100 euros en question viendraient des 20 euros de baisse des cotisations salariales effectives depuis octobre, auxquels serait ajoutée une prime d’activité de 80 euros.

Le problème c’est que cette prime n’est pas distribuée par l’État, mais par la Caisse Nationale d’Allocations Familiales. Et elle répond à des critères très précis. Ainsi elle est familialisée et versée sous condition de ressources. Si bien que si le conjoint d’un smicard peut gagner correctement sa vie, et dans ces cas-là la prime échappe à celui qui est payé au SMIC. En fin de semaine dernière on expliquait que la totalité des 100 euros viendrait de cette prime d’activité… mais que cela posait des problèmes techniques et que cela ne serait peut-être pas prêt pour les payes de janvier 2019. Bref c’était devenu tellement compliqué que les Français ont commencé à douter. Du coup Richard Ferrand a été obligé de déclarer hier qu’il n’y aurait pas de carabistouille !

Finalement, le Premier ministre a confirmé ce matin dans Les Echos que le salaire ne bougerait pas contrairement aux mots utilisés par Emmanuel Macron, que les 100 euros proviendraient de la prime d’activité, et qu’elle serait versée le 5 février, afin que les allocations familiales aient le temps d’intégrer tous les changements informatiques. Mais en même temps, Édouard Philippe a confirmé que cette mesure ne concernerait que 55 % des Français payés au SMIC. "Il faut que le travail paie", explique le Premier ministre dans la même interview. Mais la logique choisie n’est pas celle-là. Elle est de ne pas augmenter le salaire qui est le revenu du travail et de recourir à des artifices propres au fameux modèle social français. La prime d’activité fait partie de ceux-là et elle est régulièrement dénoncée par les économistes, car elle crée des "trappes à pauvreté". Par ailleurs les 100 euros distribués à partir du 5 février ne créeront pas de droit à la différence d’une augmentation de salaire, telle que l’avait promise Emmanuel Macron.

Non seulement cette mesure va coûter cher, mais elle va créer d’énormes frustrations notamment auprès des 45 % de smicards qui n’auront pas droit à cette prime. Tout cela témoigne de l’état de panique du gouvernement face à la colère exprimée par les "Gilets Jaunes" et son incapacité à faire vraiment en sorte que le salaire paie.

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