Politique économique / Emmanuel Macron / Gilets jaunes
Politique économique
Emmanuel Macron / Gilets jaunes
"La chute de Macron révèle une histoire plus profonde”
“Emmanuel Macron, l’ancien chouchou de Davos, renonce aux Alpes suisses cette année alors qu’il affronte le mouvement des Gilets Jaunes à la maison”. Alors que le Forum Économique Mondial s’ouvre ce mardi, la presse américaine a relevé que Donald Trump n’était pas le seul à avoir annulé sa présence en raison de ses affaires internes. Mais le cas d’Emmanuel Macron est encore plus éloquent dans la mesure où l’an passé, le Président français fraîchement élu était apparu comme un rempart à la montée des populismes partout dans le monde, et un champion de la mondialisation. Avec en ligne de mire, deux mesures-phare - l'affaiblissement de la protection des salariés et la suppression d’une partie de l’impôt sur la fortune - destinées à rendre la France plus attractive aux investisseurs. Mais “la montée des Gilets Jaunes a donné un violent coup d’arrêt à cet agenda”, rapporte le Wall Street Journal, selon qui “Mr Macron est ainsi devenu une mise en garde de ce qui peut arriver quand un leader globe-trotteur retire un doigt du pouls de la rue”.
Car si Emmanuel Macron s’était positionné comme un défenseur de la mondialisation réussie, “une partie du problème vient de ce que Davos a fait peu de choses pour le soutenir dans son effort pour prendre les rênes de la globalisation”, analyse le journal américain. Qui relève que le chef de l’Etat a pris la mesure de la crise et choisi de privilégier la situation interne, avec le lancement du grand débat national. Mais il doit encore convaincre et “les prochains mois détermineront si le leader français peut sauver l’agenda pro-business qui lui a valu des applaudissements à Davos”.
De son côté, la chaîne de télévision CNN, qui a suivi le lancement de ce grand débat national à Bourgtheroulde, rappelle la fameuse citation de De Gaulle sur l’impossibilité de gouverner un pays qui a 246 sortes de fromages. Emmanuel Macron est confronté à cette difficulté, alors qu’il fait face à “une myriade de demandes pour apaiser les Gilets Jaunes”. Car le gouvernement “loin à Paris s’est montré indifférent à la détresse financière de ceux à la campagne. La réponse d’en haut a été lente, et selon certains, condescendante”, rappelant la fameuse phrase de Marie-Antoinette, “qu’ils mangent de la brioche”. Heureusement, les Français sont les rois du consensus, selon le média américain. “Cela se voit partout, des mairies aux lieux de travail. Si vous voulez que les choses avancent, il ne faut pas lancer des ordres d’en haut, mais trouver patiemment un accord et des points communs depuis la base”. Qui conclut, narquois, que le principal problème pour le Président est qu’il y a “au moins autant de plaintes que de fromages”.
Enfin, Bloomberg se penche sur la signature du nouveau traité d’amitié franco-allemande ce mardi, et des difficultés propres à chaque leader pour construire l”avenir de l’Europe. “Merkel et Macron ont les mains liées étant donné qu’ils essaient de traiter le Brexit, résoudre les inquiétudes sur l’immigration et le chômage, et s'assurer que les Etats membres seront mieux protégés quand la prochaine crise financière frappera”. Et de relever qu’avec l’avènement de Ralph Brinkhaus à la tête du groupe parlementaire allemand, Angela Merkel ne peut plus négocier seule sur l’Europe.
Emmannuel Macron avait appelé à un budget européen ambitieux, un centre d’asile de l’UE, des listes transnationales aux élections européennes ou encore une coopération militaires renforcée. Mais “cet agenda est à l’arrêt sans l’appui de l’Allemagne, surtout avec les vents contraires politiques partout en Europe, comme le gouvernement populiste en Italie”. Et à Bloomberg de conclure que ce traité ne sera rien de plus que de belles intentions : “les ambitions françaises sont tout simplement incompatibles avec la politique allemande.”
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