Politique monétaire / BCE / Christine Lagarde / taux négatifs / Inflation
Politique monétaire
BCE / Christine Lagarde / taux négatifs / Inflation
Lagarde détaille le calendrier de sa revue stratégique
Pour sa seconde conférence de presse, Christine Lagarde, qui en clin d'œil à sa première prestation arborait une petite broche en forme de chouette, a donné quelques billes sur la revue stratégique de la BCE, entamée ce mois-ci. Sur le timing tout d'abord, la présidente de la banque de Francfort, dans sa sagesse, a précisé que "l'exercice serait terminé quand il serait terminé". Une réponse toute sibylline, que la présidente a tout de même cherché à éclaircir, en précisant qu'elle espérait que les travaux seraient achevés dans douze mois, et que son institution pourrait présenter des conclusions d'ici au mois de décembre 2020. Mais en attendant cette échéance, la BCE continuera de mener sa politique monétaire et de prendre des décisions en fonction de l'évolution de l'inflation, de la conjoncture et des marchés, indépendamment de ce qui sera discuté lors de la revue. Bref la BCE ne sera pas en mode "wait and see", tant que durera l'exercice, a rassuré Christine Lagarde.
Pourquoi une telle revue stratégique ? Le dernier exercice de ce type remonte à 2003, lorsque le principal problème pour la BCE était de "lutter contre la hausse trop rapide des prix". Rappelons que l'indice harmonisé des prix à la consommation (HICP) a atteint 2,2% par an entre 2002 et 2007 avant d'atteindre 3,3% en 2008. "La situation a totalement changé depuis 2008, notamment en raison de facteurs structurels, tels que le vieillissement de la population ou la faible productivité, qui devraient perdurer dans les prochaines années", explique la présidente. Après avoir atteint un plus bas de 0,4% en 2014, l'inflation oscille désormais autour de 1,3% en zone euro, soit très loin de l'objectif de la BCE, d'un niveau de prix "proche mais inférieur à 2%".
D’où la nécessité pour la BCE de revoir entièrement sa stratégie, de passer en revue ses outils de politique monétaire, mais également de repenser sa façon de communiquer et de mesurer l'efficacité de sa politique. "Cette évaluation portera notamment sur la formulation quantitative de la stabilité des prix", explique ainsi la BCE dans un communiqué publié quelques minutes après la fin de sa conférence de presse. "Cet audit sera l'occasion de confronter deux conceptions de l'inflation. L'une, dans la ligne de la Bundesbank, critique la politique actuelle et voudrait faire adopter une bande-cible, par exemple 1,5%-2%. Cela minimiserait l'écart à la cible et préparerait un resserrement. L'autre veut renforcer la symétrie de l'objectif de 2%, ce qui justifie le maintien d'une politique accommodante. La seconde est majoritaire et selon nous le restera", explique ainsi Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo.
Sur la politique de taux bas, la présidente a répété qu'elle était inquiète de la situation, tout simplement parce que ces taux bas étaient le résultat d'une faible croissance. "J'aimerais avoir à gérer ce genre de problème de forte croissance et des taux élevés, mais malheureusement ce n'est pas le cas", a avoué la présidente.
Le document a par ailleurs précisé que l'emploi, la stabilité financière et le développement durable seraient également pris en compte lors de la revue stratégique. Sur la question climatique, la présidente a défendu son institution : "même si nous ne sommes pas très en avance, nous ne sommes pas assis sur nos derrières à ne rien faire" a affirmé Christine Lagarde, citant notamment la stratégie de placement ESG au sein du propre fonds de pension de l'institution de Francfort. La BCE fera donc à son échelle et dans la limite de son mandat tout ce qu'elle pourra pour contribuer à la préservation de l'environnement, a terminé la présidente. De grandes promesses donc, qui risquent de créer beaucoup d'attentes de la part des investisseurs, des marchés, et même de la société civile, tant que cette revue stratégique durera. Il faut donc espérer que les conclusions qui seront publiées dans douze mois seront à la hauteur des annonces et de la communication qui en aura été faite. Christine Lagarde risque sinon d'être accusée d'avoir décidé de cette revue le temps de gagner un peu d'expérience en tant que banquière centrale.
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