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Macro-économie / Taux / PIB / croissance

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PIB / croissance

Les grèves auront malgré tout écorché la croissance française

Si la plupart des prévisionnistes avaient estimé que les sept semaines de mouvements sociaux n'impacteraient pas le PIB français, les chiffres dévoilés ce matin pour la croissance du quatrième trimestre ont démontré l'inverse. Le PIB a reculé de 0,1% sur les trois derniers mois de l'année notamment sous l'effet du ralentissement de la demande intérieure.
Grève - SNCF
Grève - SNCF

Mauvaise surprise pour la France, dont la croissance avait pourtant bien résisté au cours des trois premiers trimestres de 2019, surperformant systématiquement le PIB outre-Rhin. Au quatrième trimestre malheureusement, la musique est un peu différente, comme l'a dévoilé l'INSEE ce matin dans un communiqué. Ainsi, le PIB de l'Hexagone a reculé de 0,1%, quand tous les analystes tablaient sur une progression de 0,2% environ et alors qu'il avait progressé de 0,3% au cours du troisième trimestre. Certes, sur l'ensemble de l'année, la croissance française a tout de même atteint 1,2% après 1,7% en 2018, soit le niveau annoncé par le gouvernement. Mais ce ralentissement de fin d'année risque surtout de peser sur le rythme de croissance en ce début de 2020, estime François Cabau, analyste chez Barclays à Londres.

Ce coup de froid de fin d'année résulte en grande partie de la décélération plus forte que prévu de la consommation des ménages (0,2% après 0,4% au T3) et de la formation brute en capital fixe (0,3% après 1,3%). À noter que le ralentissement de la consommation des ménages résulte à la fois de la baisse de la demande en biens (0,4% après 0,5%) mais surtout des services (0,2% après 0,4%) "en lien avec les mouvements sociaux d'octobre et décembre 2019", précise le communiqué de l'INSEE. Au total, la demande intérieure finale hors stocks a ralenti par rapport au trimestre précédent : elle a ainsi contribué à la croissance du PIB à hauteur de 0,3 point après 0,7 point. Si la contribution du commerce extérieur au PIB a été nulle entre octobre et décembre (les importations ont baissé de 0,2%, de même que les exportations), la contribution des variations de stocks a en revanche été négative (-0,4 point après -0,1 point).

Côté production, celle-ci s'est contractée de 0,2% par rapport au trimestre précédent : celle des biens a fortement diminué (-1,5% après -0,6%), celle de la construction s'est repliée (-0,3% après 0,7%) et celle des services marchands a également ralenti (0,3% après 0,6%). Enfin la production manufacturière a nettement marqué le pas (-1,6% après -0,6%), notamment dans la cokéfaction raffinage en raison de la maintenance d’une raffinerie et de grèves. "Étant donné que les ventes au détail et la production manufacturière avaient plutôt bien résisté en octobre et novembre, il faut croire que les mouvements sociaux de fin d'année ont eu un impact plus important que prévu", explique ainsi Jack Allen-Reynolds, senior economist Europe chez Capital Economics. "La Banque de France a récemment estimé que les mouvements sociaux grèveraient la croissance de 0,1 point de pourcentage au quatrième trimestre donc soit ce chiffre a été sous estimé, soit le ralentissement résulte de faiblesses plus structurelles", poursuit l'économiste, qui souligne que toutes les composantes du PIB ont marqué le pas en fin d'année dernière.

À plus long terme et si l'on s'en tient aux chiffres de l'ensemble de l'année 2019 et non du simple dernier trimestre 2019, il est tout de même possible de rester optimiste pour l'évolution de la conjoncture française. "La demande intérieure a progressé de 1,8% sur 2019, contre 1,3% en 2018 (...) même si la consommation privée a ralenti sur l'année, passant de 1,2% à 0,9%", explique pour sa part Julien Manceaux, chef économiste chez ING. "Vu les dernières enquêtes de confiance, la consommation des ménages devrait se reprendre cette année, pour atteindre 1,4% le ralentissement du marché de l'emploi risquant tout de même de peser sur la consommation des ménages en seconde partie d'année", poursuit l'économiste. Qui rappelle que les dépenses en investissement des entreprises ont très bien performé sur l'ensemble de l'année (+4,2% après 3,9% en 2018). "Le scénario devrait être positif pour l'investissement en 2020 alors que les enquêtes de confiance des entreprises sont bonnes et que la croissance du crédit devrait continuer de soutenir les dépenses des corporates", explique encore Julien Manceaux. Selon lui, c'est surtout le commerce extérieur qui risque de peser sur la croissance française cette année, sous l'effet de la reprise de la demande intérieure et d'une appréciation de la monnaie unique. Les équipes d'ING tablent ainsi sur une croissance de 1% pour 2020. Un léger ralentissement par rapport à 2020, mais qui devrait rester maîtrisé sauf choc exogène majeur.

 "Le mauvais résultat du quatrième trimestre fait craindre que la France ne soit entrée dans une période de faiblesse après avoir fait preuve d'une impressionnante résilience. Mais nous pensons qu'il est trop tôt pour dire si le vent a tourné. Jusqu'à présent, les données disponibles en 2020 sont plutôt positives et les fondamentaux de l'économie restent solides. Nous voyons toujours l'économie française croître d'environ 0,3 % par trimestre tout au long de cette année, mais les effets de base des données actuelles signifient que notre prévision annuelle de PIB pour 2020 est en baisse de 0,2 à 1 %", conclut pour sa part Rosie Colthorpe d'Oxford Economics. 

 

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