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Air France-KLM / Air France
Comment sauver le soldat Air France
Ce matin dans un entretien au Figaro, les mots d’Anne Rigail, la directrice générale d’Air France, sont lourds. A la question de savoir si la compagnie aérienne française est menacée, elle répond: “c’est une bonne question”, expliquant que malgré les aides sur les salaires, avec 80% de ses employés en chômage partiel, le groupe doit faire face à des coûts fixes lourds et que les reports de charges ne seront pas suffisants. Et de juger que “le soutien des Etats français et néerlandais est absolument nécessaire”, ce qui a d’ores et déjà été approuvé sur le principe par les pouvoirs publics concernés.
Toute la question est de savoir quelle forme prendra cette aide financière. La nationalisation, scénario choisi par l’Etat italien pour renflouer Alitalia, serait beaucoup plus complexe à mettre en place pour Air France-KLM, dont les Etats français et néerlandais sont chacun actionnaires à hauteur de 14%. Les Etats-Unis, où les compagnies aériennes n’ont pas été oubliées par le plan de relance de 2.000 milliards de dollars voté par le Congrès américain, pourraient servir d’exemple. Elles avaient jusqu’à vendredi soir pour candidater à une enveloppe de 25 milliards de dollars de subventions, qui sont accordées à condition de ne pas licencier, réduire les salaires ou fermer des lignes intérieures d’ici à fin septembre. Par ailleurs, le gouvernement a également débloqué 29 milliards de dollars sous forme de prêts. Dans son application, chaque compagnie aérienne peut formuler un schéma pour rémunérer l'État et selon CNBC, au moins une compagnie a proposé de le faire entrer au capital. L’Etat américain prendrait alors une petit part, environ 2% selon des experts du secteur.
Des montants qui peuvent paraître généreux mais pour les compagnies américaines, qui ne bénéficient pas du dispositif de chômage partiel, cela ne sera pas suffisant. C’est par exemple le constat du CEO de Delta, qui a estimé qu’il brûlait 60 millions de dollars par jour et que les revenus du groupe seraient en baisse de 90% sur un an au deuxième trimestre. Ou encore chez United Airlines, où l’hémorragie a même atteint 100 millions de dollars par jour en mars.
Pour revenir à Air France-KLM, la compagnie dispose encore de 5,5 milliards d'euros de trésorerie, mais il faudra aussi agir vite. Le plan d’aide devrait avoir lieu en plusieurs étapes. La première serait celle d’un prêt garanti de 6 milliards d’euros, dont 4 milliards pourraient être apportés par l’Etat français. Le dispositif, similaire à celui utilisé pour les banques en 2008, lui permettrait de passer le cap difficile, et surtout pourrait être appliqué à d’autres dans le besoin, par exemple Renault. Mais tout comme les charges qui ont été reportées, les prêts devront eux aussi être remboursés (avec intérêt), ce qui suppose une reprise de l’activité après ce coup d’arrêt. Or, rien n’est moins sûr, selon les propres mots d’Anne Rigail, qui craint que le groupe ne soit “durablement touché” par un changement de comportement des voyageurs. A terme, les deux Etats pourraient donc devoir monter au capital d’Air France-KLM pour soutenir sa reprise. Mais dans le monde de l'après-Covid-19 où le voyage d’affaires serait plus limité et celui des loisirs moins lointain, il faudra peut-être repenser plus profondément le business model, et la taxation, des compagnies aériennes.
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