Politique européenne / Brexit / Boris Johnson / Michel Barnier
Politique européenne
Brexit / Boris Johnson / Michel Barnier
Un hard Brexit de plus en plus probable
"Je regrette que très peu de progrès aient été faits en vue d’un accord sur les questions les plus importantes". C'est en ces termes que le négociateur britannique sur le Brexit David Frost, a décrit la semaine de pourparlers avec l'UE qui vient de s'achever. Un constat identique a été établi par son homologue européen, qui a quant à lui déclaré qu'à part "quelques ouvertures modestes, aucun progrès n'a été possible sur les autres sujets, les plus difficiles". Un aveu d'échec de part et d'autre de la Manche donc et qui n'augure rien de bon pour la date butoir du 30 juin, date après laquelle les Britanniques ne pourront plus obtenir de prolongation de la période de transition.
À ce jour, le Royaume-Uni, dont le Parlement a définitivement donné son feu vert à une sortie de l'UE fin janvier, est censé quitter l'Union pour de bon le 31 décembre prochain. D'ici là, les Britanniques et leurs entreprises ont bénéficié d'une période intermédiaire, où le statu quo légal et commercial a été maintenu pour leur permettre de se préparer à la sortie définitive. Mais si aucun accord n'a été trouvé le 31 décembre et si les Britanniques n'ont pas repoussé l'échéance, le pays se verra appliquer les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), c'est-à-dire des barrières douanières et tarifaires.
Plusieurs sujets considérés comme prioritaires devaient normalement être traités d'ici la fin du mois de juin : la question de la pêche et celle des services financiers. Sur le premier, les Britanniques ont refusé la demande de l'UE que les pêcheurs du Vieux Continent puissent continuer d'aller en eaux territoriales britanniques pour travailler. Le second sujet n'a même pas été mentionné dans le communiqué de l'UE aujourd'hui, les deux camps ayant échoué à se mettre d'accord sur une question plus générale et considérée comme prioritaire du côté de Bruxelles : celle garantissant que la Grande-Bretagne conservera des "conditions de concurrence équitables" dans ses relations commerciales avec l'UE. Ce qui signifierait que le pays accepte de mettre en place des garanties pour des règles égales sur les questions sociales, environnementales, fiscales, d’aides publiques, de protection des consommateurs ou encore climatiques.
Or le Royaume-Uni refuse depuis le début d'avoir à se soumettre à des règles de concurrence une fois sorti de l'UE, comme l'a de nouveau déclaré David Frost dans le communiqué d'aujourd'hui. "Nous ne parviendrons pas à un accord si l'UE persiste dans ses propositions nouvelles et déséquilibrées concernant l'égalité des conditions de concurrence". La Grande-Bretagne plaide ainsi pour un accord commercial calqué sur celui que l'UE a négocié avec le Canada, qui il est vrai, n'est pas soumis aux conditions de concurrence exigées pour la Grande-Bretagne.
Le Conseil européen ne devrait pourtant pas céder sur le sujet, qui figure comme un prérequis à toute relation commerciale avec la Grande-Bretagne, ainsi que le rappelle la décision des 27 du 3 février 2020 ouvrant les négociations avec le pays. Selon Bruxelles, la proximité géographique et commerciale de la Grande-Bretagne nécessite que le pays accepte ce prérequis.
Il ne reste désormais plus qu'une rencontre avant l'échéance de juin et les discussions semblent donc bien mal engagées. Le Royaume-Uni publiera la semaine prochaine le détail légal de ses propositions pour l'accord commercial qu'il espère obtenir. En attendant le prochain round de négociations, les deux camps devraient comme d'habitude montrer les dents et multiplier les déclarations politiques, qui en général, ne font pas du tout avancer les pourparlers.
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