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Chroniques / Bernard Spitz

Chroniques
Bernard Spitz

Chronique
Merci Angela
par Bernard Spitz

Enfin une bonne nouvelle sur le front européen avec l’accord franco-allemand sur un plan de relance ! Il était temps.

19/05/2020 - 09:30 Temps Lecture 9 mn.

Dans moins de six semaines, la chancelière allemande prendra la Présidence tournante de l’Union. Une présidence qui survient à un moment clé puisqu’il s’agira pendant ce semestre de vaincre la crise sanitaire, réparer les dommages économiques causés par les mois de confinement, surmonter les risques sociaux face à la montée du chômage, savoir à quoi s’en tenir avec les Brexiters ; et au passage, gérer les désordres du monde et les tensions protectionnistes, jusqu’au G20 d’Arabie saoudite tout juste précédé par l’élection présidentielle américaine… Rien de moins.

L’Europe ne pouvait se permettre d’arriver à ce moment dans l’état de confusion et de désaccord qui l’a caractérisée depuis le début de la crise. Sauf à offrir aux populistes de tous horizons un tremplin à leurs ambitions.

Pourtant, beaucoup de signaux négatifs avaient obscurci récemment le paysage : le désaccord entre le Nord et le Sud de l’Union sur les moyens de financer la relance, les couacs de coordination sur le sanitaire, jusqu’à la décision de la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe dont nous disions la semaine dernière dans cette chronique qu’elle faisait mauvais coup triple : "elle fragilisait l’Eurozone, contestait l’ordre juridique européen et dressait une épée de Damoclès au-dessus de l’ensemble de l’édifice financier contre la récession…"

L’Allemagne, comme victime de son propre succès économique, commercial et sanitaire, ne pouvait quant à elle se permettre ni d’apparaître comme trop dominatrice vis-à-vis de ses voisins, ni à l’origine d’une crise de la zone euro, ni empêtrée - et la Bundesbank avec elle - entre le droit allemand et le droit européen, au point que la Commission (présidée par une Allemande) ait sérieusement envisagé d’engager une procédure d’infraction contre elle.

 

Il fallait trancher le nœud gordien

 

Le statu quo sur fond de crise de crédibilité politique, d’affaiblissement économique et de mise en danger de l’Euro n’était plus possible. Il fallait trancher le nœud gordien. C’est ce qu’ont fait avec leur accord de ce lundi, Angela Merkel et Emmanuel Macron. Ils ont ainsi redonné du baume au cœur de ceux qui ne désespèrent pas de voir l’Union redresser la situation et démontrer ainsi qu’elle avance une fois de plus dans la crise, au dernier moment certes, mais qu’elle avance quand même.

Il y a exactement une semaine les patronats français, italien et allemand appelaient de leurs vœux les dirigeants européens à une réponse politique majeure. Geoffroy Roux de Bézieux, Vicenzo Boccia et Dieter Kempf demandaient, au-delà du premier paquet de mesures sur les capacités de prêt de la BEI, de la Commission et du MES, la création d’un Fonds européen de relance pour des mesures allant jusqu'à 5 % du PIB par an au moins jusqu’en 2023. Le message était clair : Il faut agir vite, massivement, dans la durée, en équilibrant entre prêts et subventions, et dans la solidarité.


On pouvait douter jusque-là de la capacité de l’Union à atteindre cet objectif. L’accord franco-allemand s’il ne règle pas tout ouvre enfin une voie et surtout démontre la capacité côté allemand d’Angela Merkel à renverser les tabous. De quoi s’agit-il ? D’un fonds de relance de 500 milliards d’euros pour soutenir les pays, les régions et les secteurs les plus touchés, levé sur les marchés par la Commission qui sera chargée de les distribuer. On mutualise bien la dette : c’est ce à quoi l’Allemagne s’était jusque-là refusé.

Angela Merkel l’avait déclaré au Bundestag il y a quelques jours : "L’enjeu des prochaines semaines et des prochains mois sera de montrer que nous sommes solidaires, que nous allons remédier aux dégâts… tout faire pour que l’Europe gagne en cohésion ". Les plans d’aides adoptés par les ministres des Finances de l’Union Européenne sont "un premier jalon important", mais "ce ne sera pas suffisant". Elle a tenu parole, au prix d’un engagement de conviction et d’autorité.

 

Une vraie forme de solidarité

 

Elle seule pouvait inverser la tendance car c’est elle et personne d’autre qui détient la clé du coffre-fort en Europe, puisque toute action redistributrice en Europe implique que le plus riche paye pour les autres. A fortiori depuis Karlsruhe qui la mettait dans l’embarras et qui l’a peut-être paradoxalement décidée à agir.

La renaissance de sa popularité dans l’opinion pour la manière dont elle a géré la crise sanitaire lui a redonné une pleine légitimité politique. Il était logique qu’elle s’en serve avec la France pour créer le premier maillon d’une nouvelle chaîne de solidarité en Europe. Une chaîne qui est de l’intérêt bien compris de l’Allemagne, puissance exportatrice qui a besoin de vendre dans le reste de l Europe, quand Américains et Chinois affaiblissent le commerce international. Une chaîne qu’il est urgent de compléter en y associant rapidement les autres, à commencer par l’Italie et l’Espagne, et les membres fondateurs dont les Pays-Bas.

La proposition franco-allemande répond aux vœux des représentants des entreprises en Europe. C’est celle d’une dette commune destinée à être remboursée par l’ensemble des pays membres et non pas seulement par ceux qui auront bénéficié de soutiens. En ce sens, on peut parler d’une vraie forme de solidarité. C’est une action massive puisque la somme avancée est de plus du triple du budget Européen. C’est une mesure équilibrée avec l’ensemble des actions engagées, si l’on met en rapport ces 500 milliards avec les 540 milliards de prêts à l’économie déjà adoptés par l’Eurogroupe.

Quant à la rapidité, elle dépendra maintenant de la capacité de la Commission à trouver un accord d’ici la fin du mois.

On peut bien sûr prédire un lot de difficultés à venir puisque derrière l’accord de principe restent des questions ouvertes sur les conditions d’endettement - ressource et durée - et d’attribution des sommes de ce fond. N’oublions pas que l’accord de Meseberg conclu il y a deux ans entre les deux mêmes leaders sur le budget de la zone euro, jugé à l’époque "historique" avait capoté du fait de l’opposition des pays membres de la ligue hanséatique et du Premier ministre néerlandais. Il y aura des nouvelles réunions avec des portes qui claquent, des chaises vides et des conclusions à 4 heures du matin annonçant qu’on s’est mis d’accord pour créer un… groupe de travail en attendant la prochaine réunion. Espérons que la situation sanitaire permettra au moins à ces réunions de se dérouler en chair et en os des participants, plutôt qu’en téléconférence.

En attendant voilà l’annonce d’une proposition d’action solidaire, massive, équilibrée et rapide Les entrepreneurs en ont rêvé. L’Europe paraît enfin en mesure de pouvoir le faire… Une bonne nouvelle, assurément.

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