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Politique économique / Dette / Déficit / Agence France Trésor

Politique économique
Dette / Déficit / Agence France Trésor

La dette française va-t-elle continuer de trouver preneur ?

Les besoins de financement de l'État ont augmenté de 26% par rapport au projet de loi de finance initial. La France va donc émettre cette année pour un montant record de 260 milliards d'euros à moyen long terme. Avec une dette qui devrait atteindre 120% du PIB, elle risque fort de se voir ses perspectives dégradées en fin d'année.
Salle des marchés de l’AFT - Agence France Trésor - obligations souveraines
Salle des marchés de l’AFT - Agence France Trésor - obligations souveraines

Le gouvernement a présenté hier un nouveau projet de loi de finance rectificatif, le troisième depuis le début de la crise du Covid-19, destiné notamment à apporter une aide d'urgence aux secteurs les plus touchés, dont l'automobile et le tourisme et à financer le chômage partiel. Au total, la facture du sauvetage économique français va donc atteindre 134 milliards d'euros, qu'il va bien falloir financer. D'où la révision à la hausse des besoins de financement de l'État et du programme d'émission de l'Agence France Trésor (AFT), chargée de la gestion de la dette du pays.

Selon un communiqué dévoilé par l'AFT hier donc, les émissions de moyen et long terme nettes de rachats s'établiront à 260 milliards d'euros (soit 15 milliards d'euros de plus par rapport à la LFR 2) cette année, tandis que la variation des titres d'État à court terme (BTF) est portée à 79,9 milliards (+15,8 milliards par rapport à la LFR2). Le programme d'émission français nette de rachats à moyen long terme a donc augmenté de près de 26% par rapport à ce qui avait initialement été annoncé dans la LFR fin décembre, où la France prévoyait alors d'émettre 205 milliards sur l'année.

Certes, l'Hexagone continue de bénéficier de taux au plus bas et la demande a été soutenue depuis le début de l'année : au 29 mai, le taux moyen pondéré des émissions d'OAT était en territoire négatif, de -0,04% sur l'année et la demande près de deux fois supérieure à l'offre pour l'ensemble des émissions de moyen long terme. Ce qui signifie que les investisseurs ont payé pour détenir de la dette française depuis janvier. Preuve que l'OAT continue donc d'être considérée comme l'une des valeurs les plus sûres de la zone euro, pour le moment. "Nous ne sommes pas inquiets pour la demande, qui a été très forte, notamment lors de l'opération de syndication de fin mai. Nous avons eu un très bon taux de couverture depuis le début de l'année", explique une responsable de l'AFT.

Par ailleurs, l'AFT a déjà réalisé environ plus de la moitié de son programme d'émission. Il lui reste donc plus de six mois pour émettre le reste de son programme. "Nous sommes plutôt en avance de notre programme par rapport à la même période l'an dernier, où nous avions réalisé environ 48% des émissions de moyen long terme", explique encore la responsable.

Enfin, la France, qui va donc inonder les marchés cette année, peut compter sur un acheteur puissant, la BCE et son programme d'achats de titres d'urgence pandémique (PEPP). "Sachant que Francfort a acquis pour 26 milliards d'euros de titres par semaine dans le cadre du PEPP depuis le début de la crise, que les achats de titres souverains représentent environ 80% du programme et la France 13% de ces achats, la BCE devrait acheter pour 75 milliards d'euros de titres de l'Hexagone d'ici la fin de l'année", explique ainsi Jean-Christophe Machado, stratégiste chez Natixis. Voire autour de 166 milliards, si elle revient à la clef de répartition originale de la BCE (la France représente normalement 20% de cette clef). "Ces 75 milliards achetés par la BCE couvrent donc largement l'augmentation de la taille du programme d'émission de l'AFT", poursuit le stratégiste.

Il n'empêche que l'envolée de l'endettement français est inquiétante : rappelons qu'en 2019, la dette de l'État a atteint 1822,8 milliards d'euros, soit près de deux fois son niveau de 2008. Et l'an dernier, le programme de financement de l'État s'était déjà révélé particulièrement élevé, à hauteur de 200 milliards. Par ailleurs, l'Hexagone est le pays qui devrait connaître la pire récession parmi les grandes économies de la zone euro cette année, selon les prévisions de l'OCDE. "Les agences de notation pourraient commencer à manifester leur inquiétude par rapport à l'évolution des finances publiques de la France en downgradant les perspectives de la France vers la fin de l'année", explique encore Jean-Christophe Machado. C'est Moody's qui la première publiera sa nouvelle revue de la note française, le 21 août prochain. S&P suivra le 2 octobre puis Fitch le 13 novembre. Selon le stratégiste, Fitch est la plus susceptible de réviser à la baisse les perspectives de notre pays, elle qui n'a pas hésité à le faire le 27 mai dernier (de positif à stable), en pleine crise du Covid.

Autre risque pour la France, le fait qu'elle devrait réaliser cette année très peu de rachats de titres, afin de subvenir majoritairement aux besoins de financement très élevés de l'État. Ainsi, l'AFT n'a effectué que 2,9 milliards de rachats de titres depuis le début de l'année et aucun rachat en avril, contre environ 23 milliards à la même période l'an dernier. "Il y a beaucoup de tombées qui arrivent à échéance en 2021 et 2022 et comme l'AFT n'aura réalisé que très peu de rachats cette année, elle va donc devoir encore émettre des montants très importants ces deux prochaines années", poursuit Jean-Christophe Machado. C'est donc selon lui l'an prochain qu'il pourrait y avoir un problème d'absorption de la dette française sur les marchés. Et ce alors que les taux français pourraient repartir à la hausse, en fonction de la décision des agences et du rythme de redémarrage de l'économie…

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