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Taux - Dette Souveraine / déficit public / Agence France Trésor

Taux - Dette Souveraine
déficit public / Agence France Trésor

Les fragilités de la dette française

La France va rentrer cette année dans le club des pays européens dont la dette est supérieure à 100% du PIB. Une situation préoccupante selon une étude de l'Ifrap.
France - Paris - drapeau français
France - Paris - drapeau français

La dette de l'Hexagone devrait atteindre cette année 120% du PIB du fait des mesures de soutien à l'économie, contre 98,1% en 2019. Une hausse historique, de plus de 230 milliards d'euros, qui n'a pas vraiment l'air d'inquiéter Bercy, le ministre des comptes publics ayant déclaré la semaine dernière à ce sujet : "la situation est sous contrôle". Une expression suffisamment vague pour laisser penser que le dérapage de nos finances publiques n'est, bien au contraire, pas du tout maîtrisé. D'autant qu'un nouveau plan de soutien prévu pour octobre risque de faire grimper un peu plus l'endettement public français. Si tous les États de la zone euro ont accru leurs dépenses publiques afin d'encaisser la pire crise économique depuis la seconde guerre, la France fait désormais partie du club des États dont la dette est supérieure à 100%, aux côtés de l'Italie (158,9%) et de l'Espagne (115,6%).

Et la situation est d'autant plus inquiétante que la gestion de la dette publique française présente aujourd'hui des fragilités, selon une étude publiée par l'Ifrap sur le sujet. Ces fragilités sont tout d'abord le résultat historique de politiques consistant à pratiquer des relances importantes en bas de cycle économique mais à éviter d'ajuster les finances publiques en haut de cycle, selon les chercheurs. Des pratiques qui ont conduit à une accumulation inexorable des déficits. "Une courbe 'en marches d'escalier' constitue un handicap conjoncturel fort. Cela réduit la capacité d'action en période de crise", expliquent les auteurs de l'étude. La France pourtant, s'est fixée des règles en matière de finances publiques : en 2012, elle transpose le Traité sur la stabilité la coordination et la gouvernance (TSCG) en droit français, fixant le principe de l'équilibre ou de l'excédent du solde des finances publiques sur le cycle économique et le relèvement du déficit de moyen terme de -1 à -0,5%. Mais aucun de ces objectifs n'a jamais été respecté. Bref, au bout de trois cycles depuis le début des années 1980, le verdict est évident selon l'Ifrap : cette stratégie a tout faux alors que les pays qui rétablissent leurs finances publiques en période de croissance ont eu tout bon.

À ce malheureux héritage, qui a conduit la France à doubler le poids de sa dette en dix ans (1822,8 milliards d'euros en 2019, soit une hausse de 98 % depuis 2008), s'ajoute une particularité liée à la structure même de la dette française : d'ici 2030, 76,1% de la dette négociable française arrivera à échéance, soit 1305 milliards d'euros. C'est très exactement dans 11 ans, précise l'Ifrap. Et d'ici 2023, ce sont 34,9% de cette même dette négociable qui arriveront à échéance, soit 599 milliards d'euros. Certes, "il s'agira de s'endetter pour rembourser, ce que l'on appelle le roulement de la dette", préviennent les économistes. "Mais les efforts à réaliser seront colossaux", poursuivent-ils. En effet, les rachats d'OAT ont été particulièrement importants en 2019, soit 47,7 milliards d'euros desquels on doit retrancher les rachats infra-annuels, soit des rachats anticipés de 45,6 milliards d'euros arrivant à échéance en 2020 (30,5 milliards) et 2021 (15,1 milliards). Ces rachats ont été sensiblement plus importants que ceux des années précédentes qui, entre 2014 et 2018 se sont élevés à 30 milliards par an. Or dans les années à venir, les rachats anticipés pourraient doubler pour atteindre 70 à 80 milliards d'euros par an, soit 50 % des montants arrivant à échéance… Pour quelle raison ? Les volumes émis sur souches anciennes ont été particulièrement importants cette année. "Les effets de cette politique aboutissent à augmenter le volume de titres arrivant à échéance à moyen terme. Il faudra donc pratiquement doubler la capacité de rachats anticipés pour parvenir à lisser la trajectoire de la dette et la reprofiler". Ce qui rend le pilotage de la gestion des encours plus difficile à réaliser, au moment où la crise économique actuelle a fait exploser l'offre de titres des États de la zone euro.

Autre risque pour la gestion de la dette française, celui lié à la potentielle hausse de l'inflation : les OATi, indexés représentent en effet 12,4% de l'encours de dette, et 7% de la dette à moyen-long terme. Certes, la baisse de l'inflation liée au confinement et à l'effondrement du prix des matières premières devrait permettre de dégager 2 milliards d'euros d'économies à court terme. Mais cette tendance pourrait être totalement inversée en cas de tensions inflationnistes.

Enfin, la détention de la dette française est un dernier sujet de préoccupation : officiellement détenue à 55% par des non-résidents, si on corrige ce ratio des opérations de rachats de titres effectuées par la BCE, la proportion de détenteurs étrangers passe à 70%. Et prévient la Cour des comptes, cette proportion "n'a pas connu de tendance baissière au cours des dernières années".

Conclusion : 2020 sera donc une épreuve de vérité pour la dette française alerte l'Ifrap qui termine donc en donnant quelques recommandations pour lutter contre toutes ces fragilités de la dette française : les chercheurs conseillent ainsi d'immuniser progressivement la dette française du risque d'inflation en diminuant le recours aux OATi, de supprimer le recours aux émissions sur souches anciennes pour limiter le phénomène des primes nettes sur l'encours de dette arrivant à échéance et de reprofiler la dette vers une détention longue, à 30,50 ou 80 ans (la maturité moyenne est de 11,1 ans). Enfin, l'État devra absolument définir une stratégie de désendettement lorsque le frein à l'endettement sera mis en place.

 

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