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Sandro Maje s’offre de l’air, pour l’instant
Sandro Maje Claudie Pierlot (SMCP) obtient à son tour le précieux PGE (Prêt Garant par l’Etat), l’enveloppe d’argent frais tant attendu par des groupes asphyxiés par trois mois de confinement et d’arrêt brutal des ventes au détail classiques. Le groupe détenu par le chinois Shandong Ruyi a annoncé mardi avoir obtenu un prêt de 140 millions d’euros, auprès d’un consortium composé de 12 banques, qui garantissent le montant à hauteur de 90%. Le prêt est conclu pour une période d’un an et peut être reconduit pour 5 ans supplémentaires, et SMCP s’est engagé à ce pas verser de dividende en 2020 et 2021.
Outre ce financement, le groupe a aussi obtenu d'aussi précieux assouplissements de la part de ses banques créancières, en particulier la suspension de ses covenants pour l’année 2020 et un aménagement de ces ratios financiers pour 2021. Le groupe a ainsi obtenu une augmentation du multiple maximum de dette sur Ebitda, qui est fixé à 4,5 fois à fin juin 2021 et 4 fois à fin 2021. Lors de cette annonce, SMCP a précisé avoir rouvert 96% de ses magasins et indique avoir mis en place un plan de réduction de ses dépenses opérationnelles, un ajustement de ses collections et le développement de l’e-commerce.
SMCP a longtemps été un chouchou des LBO, lesquels ont financé une croissance exponentielle et un rendement qui l’a été tout autant pour les fonds actionnaires. En 2010, c’est L Capital, le fonds de la galaxie LVMH, et Florac, qui prennent le contrôle du groupe, qui rassemble la marque Sandro créée en 1984 par Evelyne Chetrite, Maje fondé en 1998 par sa sœur, ainsi que Claudie Pierlot, qui a vu le jour en 2009. A peine deux ans et demi plus tard, au terme d’enchères compétitives, KKR paie le prix fort pour prendre la relève : 650 millions d’euros, soit 11 fois l’Ebitda de la cible. Une valorisation record à l’époque, alors que le marché du LBO européen se remettait à peine de la crise de la zone euro, et qui se justifie par le profil de croissance attractif du groupe : SMCP a vu ses revenus bondir de 40% en 2011 et 30% en 2012.
KKR poursuit une politique de conquête des territoires, avec une politique agressive d’ouvertures de boutiques, et des hausses graduelles de prix sur ce segment très rentable du "haut de gamme abordable". A nouveau moins de trois ans plus tard, le fonds américain cherche une porte de sortie avec une introduction en Bourse, dans un environnement devenu plus favorable. C’est alors le chinois Shandong Ruyi, surnommé le LVMH chinois, qui met 1,3 milliard d’euros sur la table pour préempter la vente. Le groupe s’est lancé dans une vague d’acquisitions de marques européennes afin de les lancer sur le marché chinois, dont le chausseur suisse Bailly, trois marques britanniques ou encore Lycra pour 2 milliards de dollars, bouclée début 2019. Mais cet appétit a aussi fait gonfler la dette de Shandong Ruyi, à plus de 40 milliards d’euros en 2019, ce qui a conduit à sa dégradation par les agences de notation.
Autant dire que la crise est arrivée au plus mauvais moment pour le groupe chinois, qui n’a plus les reins assez solides pour accompagner le redressement de ses participations. Aujourd’hui, l’Etat français a volé à la rescousse de SMCP, mais demain, Shandong Ruyi pourrait devoir céder cet actif. Or s’ils en ont les moyens, les fonds de private equity ne sont plus du tout aussi emballés par des acquisitions dans la distribution.
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