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Le malheur économique annoncé du reconfinement

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Le malheur économique annoncé du reconfinement

Dans son dernier bulletin, Santé Publique France note "une nouvelle tendance à l’augmentation de la circulation du virus SARS-CoV-2". Alors que certaines régions dans le monde reconfinent, un consensus se forme pour prévenir ce qui serait un malheur économique. 
Pandémie
Pandémie

Il était une fois le confinement. Telle pourrait être la pensée de nombreux Français à l’heure où cette période d’enfermement forcé nous semble - presque - déjà loin. Et pourtant. Jeudi dernier, trois millions d’habitants de la région de Melbourne, en Australie, ont commencé une nouvelle période de confinement de six semaines à la suite de la découverte de plus d’une centaine de cas d’infection quotidiennes. Plus proche, chez notre voisin espagnol, c’est la justice qui a annulé au dernier moment la décision de reconfinement de près de 200.000 habitants de Catalogne alors que les cas se multiplient. Finalement le gouvernement régional a gagné son bras de fer avec la justice mercredi et imposé un reconfinement autour de la ville de Lérida et des communes avoisinantes. Dans l’Hexagone, le seuil des 30.000 morts a été dépassé et le nombre de foyers infectieux en investigation avait bondi de 11 en 24 heures pour s’établir à 77. SOS-Médecins France fait ainsi état d’un nombre de consultations en hausse sur les dix derniers jours. Elles se sont accrues de 41% dans la semaine du 29 juin au 5 juillet, soit 1.523 dans la semaine. 

Au-delà des chiffres, les déclarations inquiétantes commencent à s’accumuler. L’infectiologue Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique chargé d’éclairer l’exécutif, s’inquiétait la semaine dernière : "il faut que tout le monde comprenne que – sans même parler de la deuxième vague – nous sommes à la merci d’une reprise en France". Deuxième vague ou reprise, peu importe le comment, le nouveau chef du gouvernement l’a déclaré publiquement : "il a toujours été dit, prévu et envisagé qu’il convenait de se préparer à une deuxième vague de l’épidémie". Si des reconfinements "locaux" sont privilégiés dans les scenarii préparés par Jean Castex – qui se trouve ironiquement être celui qui a coordonné le déconfinement – la possibilité de telles mesures inquiètent.

Pour Geoffrey Roux de Bézieux, président du MEDEF, les conséquences seraient fatales : "on ne peut pas se permettre de reconfiner, l’économie ne s’en remettrait pas. On serait sur quelque chose de terrifiant ". Éric Heyer, directeur des prévisions à l’Observatoire français des conjonctures économiques, veut quant à lui minimiser l’impact d’un reconfinement local : "il faut mieux ça qu’un confinement général ", tout en reconnaissant que "ce qu’on a fait, c’est ce qui pouvait nous arriver de pire". 

Car le confinement a été le pire des choix, économiquement parlant. On estime à 10% la perte de richesse sur l’année, soit un coût de plus de 200 milliards, alors que le seul mois d’avril, mois passé entièrement en confinement, a vu l’activité chuté de 27% selon la Banque de France. Avec un déficit public compris entre 11 et 12% et une dette qui devrait dépasser les 120%, sans compter les faillites d’entreprises qui vont exploser, tant le public que le privé a souffert. 

Et un deuxième confinement aurait des conséquences désastreuses à l’aune de ces chiffres. D’abord, du côté du privé, les faillites d’entreprises exploseraient. En manque de liquidités, elles survivent grâce aux Prêts Garantis par l’État et attendent un retour de la consommation qui ne soit pas conjoncturel pour renforcer leur situation financière. C’est ici une différence structurelle entre le premier confinement et le potentiel deuxième. Comme le résume un flash de Natixis : "lors du premier confinement, (mars 2020), la situation financière des entreprises était bonne (profits élevés, endettement raisonnable), lors de l’éventuel second confinement, la situation financière des entreprises serait dégradée (recul du profit, forte hausse de la dette due au premier confinement)".  D’autant plus qu’un second confinement, à l’image du premier, contracterait fortement la consommation.

Mais, du côté de l'Etat, cela s’annonce encore plus inquiétant. Pour la banque, "les États n’auraient pas d’autre choix que d’ouvrir encore plus les déficits publics et les Banques centrales que de monétiser complètement ces déficits encore plus élevés ". Ces décisions, qu’on ne peut que comprendre en de telles situations, laissent entrevoir le risque d’une crise économique bien plus grave encore, puisque "l’excès considérable de l’offre de monnaie conduirait les agents économiques à refuser de détenir les monnaies publiques". 

Aussi, la décision du renforcement des obligations de port du masque (dans les lieux publics clos) peut-elle se comprendre à l’aune de ce risque. Pour autant, le choix de la date du 1er août comme mise en pratique, alors même que les soldes d’été débutent ce 15 juillet, témoigne de cet impossible arbitrage entre reprise économique et lutte contre le virus. Arbitrage impossible car, tout comme la Covid-19, la récession tue. 

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