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Deux jours pour relancer l'Europe

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Deux jours pour relancer l'Europe

Malgré les importants efforts de médiation de la chancelière allemande auprès des États "frugaux" pour qu'ils valident le plan de relance de 750 milliards, l'issue du sommet européen qui s'ouvre aujourd'hui est très incertaine. Explications.
Christine Lagarde
Christine Lagarde

Christine Lagarde n'a pas créé beaucoup de remous sur les marchés hier après-midi et a comme prévu laissé les taux directeurs inchangés, sans modifier non plus la taille du programme de rachats de titres. Il faut dire que la Francfort a largement fait sa part du travail pour amortir les conséquences de la crise sanitaire depuis la mi mars, avec un programme d'achats de titres de 1.350 milliards d'euros et l'assouplissement des conditions de financement pour les banques. Au tour maintenant des 27 de mettre la main à la pâte. Et c'est le principal message que Christine Lagarde a d'ailleurs souhaité faire passer hier, lors du questions réponses avec les journalistes.

Alors que s'ouvre aujourd'hui un sommet européen au cours duquel les 27 États devraient tenter de se mettre d'accord sur le plan de relance de 750 milliards, la présidente a exhorté les dirigeants à s'entendre le plus rapidement possible. "Il est important que les dirigeants européens se mettent d'accord rapidement sur un plan ambitieux", a déclaré la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde, à l'issue de la dernière réunion de son instance dirigeante avant la pause estivale. Assez étonnamment, la présidente est même allée plus loin dans son injonction et a pris clairement position pour le camp des pays qui défendent une Europe plus fédérale avec émission de dette commune. Ainsi, tout en apportant son "soutien" au projet de 750 milliards d'euros qui sera discuté aujourd'hui et demain, Christine Lagarde a aussi déclaré qu'il devait être constitué "de subventions" d'une ampleur "supérieure" au montant de prêts.

Rappelons que le plan initial de la Commission consiste en un instrument d'urgence baptisé "Next Generation EU", destiné à soutenir les priorités en matière d’investissements et de réformes et à renforcer les programmes financiers essentiels à la relance sur 2021-2024. En l’état actuel du projet, 250 des 750 milliards d'euros seront mis à la disposition des États membres via des prêts et 500 milliards consisteront en des subventions. Or les pays dits frugaux sont opposés au principe de dons purs et simples aux États. Sur le sujet, la présidente de la BCE a donc adressé une fin de non-recevoir aux Pays-Bas, l'Autriche, la Suède et le Danemark, qui plaident pour des prêts remboursables seulement. Christine Lagarde n'est pas la seule à avoir marqué le coup en amont du sommet. Le président français a lui aussi déclaré ce matin que ce sommet est un moment de vérité pour l'Europe et que la crise actuelle nécessitait "beaucoup plus de solidarité et d'ambition".

Quelles sont pourtant les chances qu'un accord aboutisse d'ici demain soir ? Le consensus n'est pas très optimiste sur le sujet. "Les pressions exercées par les 'quatre frugaux' sur la taille du fonds, le processus de décaissement, la conditionnalité et le mélange de subventions et de prêts semblent avoir fait disparaître la proposition franco-allemande initiale", explique ainsi Francesco Pesole, stratégiste chez ING. Néanmoins, d'intenses discussions bilatérales menées depuis le début du mois de juin et les efforts de médiation de la chancelière allemande Merkel ont contribué à créer une certaine marge de compromis. "Notre équipe économique pense que ce compromis pourrait consister en un fonds de prêts/subventions à 50/50 de près de 600 milliards d'euros, avec des examens annuels pour déterminer la composition des prêts/subventions en fonction du respect de certaines conditions", poursuit le stratégiste d'ING.

Il reste que beaucoup de points encore délicats sont encore à régler (que ce soit sur la gouvernance quant à l'utilisation des fonds alloués, la répartition aide directe/prêts remboursables ou encore la taille des enveloppes allouées aux différents instruments) et il est donc peu probable qu'un accord soit trouvé ce week-end, selon les équipes d'ING. "Nous espérons plutôt que des progrès vers un compromis seront réalisés, mais il faudra encore du temps pour de nouvelles négociations", termine Francesco Pesole. Même son de cloche de la part des équipes de Natixis. "Malgré l'importance des initiatives aussi bien en termes de montants engagés que d'enjeux pour le futur de l'Union européenne, l'issue du sommet reste à ce stade incertaine", explique ainsi Jesus Castillo, de Natixis. Ce dernier estime qu'un nouveau rendez-vous d'ici la fin du mois de juillet n'est pas à exclure. Ce qui ne serait pas fondamentalement grave selon lui, sauf si les discussions se prolongent au-delà de l'été. Car cela "serait de nature à refroidir les espérances des pays les plus nécessiteux de cette relance", conclut-il.

 

 

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