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Régulateur / Mécanisme de supervision unique / BCE / dividendes
La BCE prolonge la suspension du versement du dividende pour les banques
Les banques du Vieux Continent vont encore devoir patienter pour rémunérer leurs actionnaires. Le régulateur européen a en effet annoncé ce matin dans un communiqué qu'il prolongeait sa recommandation aux banques de ne pas verser de dividendes, "afin de préserver leur capacité à absorber les pertes et à soutenir l'économie, dans un contexte encore extrêmement incertain". Alors que l'épidémie est en train de repartir dans plusieurs pays d'Europe, faisant planer la menace d'une seconde vague et d'un désastre économique encore plus violent que celui auquel les État sont déjà confrontés, le régulateur a donc incité les banques à la prudence.
À la fin du mois de mars dernier déjà, le superviseur leur avait demandé de suspendre tout versement de dividendes pour les exercices 2019 et 2020 ainsi que leurs programmes d'achats d'actions au moins jusqu'au 1er octobre 2020. Aujourd'hui, il leur a donc conseillé de ne pas verser de dividende ni de racheter d'actions propres jusqu'au 1er janvier 2021. La BCE leur a également recommandé d'être raisonnables dans le paiement de bonus, notamment "en réduisant la somme de part variable des salaires".
Le régulateur a tout de même précisé que ces recommandations étaient temporaires, liées à l'environnement exceptionnel actuel, rendant plus difficile pour les banques de prévoir l'évolution de leurs fonds propres. La BCE pourrait ainsi publier de nouvelles recommandations concernant les dividendes des banques, en fonction de l'évolution de la situation, au cours du quatrième trimestre de cette année. En cas d'amélioration de la conjoncture, les banques disposant de ratios de capitaux sains pourront recommencer à verser des dividendes, a prévenu le régulateur.
Le régulateur a par ailleurs également publié ce matin le résultat de son enquête destinée à identifier les vulnérabilités du secteur bancaire en fonction de plusieurs cas de figure, du plus sévère au moins impactant pour les institutions financières. Selon leur scénario central donc, qui prévoit un recul du PIB de 8,7% cette année puis un rebond de 5,3% et, 3% les deux années suivantes, les banques connaîtraient une diminution de leurs fonds propres (CET1) de 1,9 point de pourcentage pour atteindre 12,6% d'ici fin 2022. "Dans ce scénario, les banques pourraient continuer de jouer leur rôle de prêteur de l'économie", précise le régulateur.
En cas de recul du PIB de 12,6% puis d'un retour à la croissance de 3,3% et 3,8% en 2021 et 2022, les banques verraient leurs fonds propres dégringoler de 5,7 points de pourcentage, à 8,7% d'ici deux ans. "Dans ce scénario, plusieurs banques devraient prendre des mesures pour continuer à respecter leurs exigences minimales en matière de fonds propres, mais le déficit global resterait limité", précise le superviseur. Des résultats plutôt rassurant concernant la santé financière des banques donc et qui démontrent l'utilité pour les banques d'avoir renforcé leurs fonds propres ces dernières années. En cas d'aggravation de la situation, les superviseurs nationaux pourraient devoir mettre en place des mesures supplémentaires pour éviter un désendettement massif et coordonné des banques, qui contribueraient à faire plonger l'économie.
Afin de rassurer les banques et de continuer à les encourager à prêter, le régulateur a par ailleurs rappelé qu'il n'exigerait pas que ces dernières reconstituent leurs ratios de fonds propres tant que la crise ne serait pas passée, de même que leur ratio de couverture des liquidités (LCR). Francfort s'est ainsi engagée à autoriser les banques à opérer en dessous des exigences de fonds propres normaux (au titre du pilier 2) jusqu'à la fin de l'an prochain.
Il reste que cette annonce de la BCE est un nouveau coup dur pour le secteur bancaire, dont la rentabilité ne cesse de s'effriter en raison de la faiblesse des taux, et qui militaient depuis plusieurs semaines pour un retour aux dividendes. L'annonce de la suspension du paiement aux actionnaires a déjà beaucoup affecté le secteur depuis le début de l'épidémie : l'indice Euro STOXX Banks, qui comprend 23 établissements cotés, est ainsi en baisse de 31 % depuis le début de l'année.
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