Macro-économie / Taux / BCE / pepp / achats d'actifs / Agence France Trésor
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BCE / pepp / achats d'actifs / Agence France Trésor
La BCE a racheté 108 milliards d’euros de dette française depuis janvier
La seconde fournée de données liées au programme d’achats d’urgence pandémique (PEPP) de la Banque centrale européenne (BCE) vient de paraître. Les précédents éléments rendus publics par la BCE sur son PEPP, lancé mi-mars, remontaient à la fin mai. Il apparaissait alors que les obligations italiennes et le commercial paper avaient eu les faveurs des achats de l’institution de Francfort. L’histoire est-elle différente cette fois-ci ?
Légèrement, oui. D’abord, le stock total de commercial paper détenu par la BCE a baissé de 544 millions d’euros ces deux derniers mois, alors qu’il avait crû de plus de 35 milliards d’euros durant les mois d’avril et mai – elle en possède désormais pour 34,85 milliards d’euros. Les achats de l'institution d'émission européenne ont donc été inférieurs aux titres arrivés à échéance : cela témoigne d’une moindre inquiétude pour ce segment de très court terme du marché obligataire privé, qui était totalement à l’arrêt au début de la crise économique (nombre d’ETI françaises s’en plaignaient auprès de la Banque de France).
Deuxième leçon du PEPP : du côté des souverains, on retiendra pour juin et juillet les plus faibles écarts à la clef de répartition. En effet, compte tenu de son poids dans la clef de répartition (la participation au capital de la BCE), la dette italienne n’a pas été autant favorisée que la dernière fois. Avec 36,07 milliards d’euros de dette publique acquise par la Banque d’Italie (les achats d’actifs sont réalisés par les Banques centrales nationales pour le compte de la BCE), ce sont 4,8 milliards d’euros de titres achetés supplémentaires dont a bénéficié l’Italie par rapport un strict suivi de la clef de répartition – contre 8 milliards supplémentaires en avril et mai.
C’est plutôt logique au regard des tensions qui se sont apaisées sur les taux d’intérêt italiens, conduisant ainsi la BCE à procéder à moins de rachats de titres de la Botte. À l’inverse, la Bundesbank et la Banque de France (42,27 milliards d’euros pour l’Allemagne et 35,85 milliards d’euros pour la France) ont acheté moins de dette de leur Etat que ne leur aurait permis la clef de répartition (2,3 milliards de moins pour l’Allemagne et 1,8 milliard pour la France). D’autre part, l’Espagne a bénéficié, au titre du PEPP, de 23,72 milliards d’euros d’achats de titres (soit 1,8 milliard de plus de ce que prévoit la clef de répartition), tandis que la Grèce a vu 5,26 milliards d’euros de titres souverains être rachetés par la Banque centrale.
Si cette déformation est normale puisque le programme possède des degrés de liberté supérieurs aux anciens programmes de rachats d’actifs de la BCE, ces moindres déviations par rapport à la clef de répartition envoient le message d’un marché obligataire souverain moins fragmenté et requérant moins l’intervention ciblée de la BCE en faveur d’un ou plusieurs pays au détriment d'un ou plusieurs autres.
Par ailleurs, toujours au titre du PEPP, les achats d’obligations du secteur privé (CSPP – Corporate Sector Purchase Programme) se sont élevés à 7,04 milliards d’euros sur ces deux derniers mois, contre 10,58 milliards d’euros sur la période avril-mai. À noter que près de 50% de ces 17,62 milliards d’euros acquis au total sur quatre mois l’ont été à l’émission.
La conclusion de ces nouveaux achats du PEPP est que sur 205,74 milliards d'euros d'achats de titres réalisés ces deux derniers mois, la quasi-intégralité (96,3%) a été allouée aux souverains. Des souverains qui ont bénéficié à plein des différents programmes de rachats d'actifs menés par la BCE depuis le début de l'année. En effet, d'après nos calculs, la France a vu 107,86 milliards de titres souverains être acquis par la Banque de France entre janvier et juillet (dont 59,42 milliards d'euros au titre du PEPP). Cela représente tout de même plus de 40% des émissions de dette (à moyen et long termes nettes des rachats) de l’Agence France Trésor en 2020 - à noter que la Banque de France rachète les titres émis par l'Etat sur le marché secondaire et non à l'émission, car cela est interdit par les traités européens. L'Italie et l'Allemagne, elles, ont vu, respectivement, 116,08 et 111,84 milliards d'euros de titres publics être rachetés par leur Banque centrale depuis le début de l'année.
Au total, selon nos calculs, les banques centrales nationales de la zone euro ont racheté, pour le compte de la BCE, 508,85 milliards d'euros de dette publique ces sept derniers mois (70% provient du PEPP et la dette supranationale est exclue de ce montant).
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