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L'épée de Damoclès au-dessus des pays émergents
Le lourd bilan du coronavirus pèse encore plus dans les pays émergents
Dans son rapport de juin, le Fonds monétaire international (FMI) revoyait à la baisse ses perspectives par rapport à avril et estimait que la croissance mondiale allait se contracter de 4,9% (révision à la baisse de 1,9%). Si la reprise économique est d’une lenteur avérée dans la majorité des pays, quel que soit leur niveau de développement, le rapport publié par Nomura invite à croire que l’impact du coronavirus sera bien plus important et de plus longue durée dans les pays émergents et en développement. Le rapport du FMI prévoit un déclin sans précédent de 3% pour ces derniers, leur faiblesse économique antérieure à la Covid-19, rendant les efforts à fournir encore plus importants que pour les pays développés. L’aspect virulent de la crise sur ces économies émergentes trouve une bonne illustration dans les sorties de capitaux dont elles ont souffert au début de la crise. Si l’on a depuis retrouvé une certaine stabilité sur leurs marchés financiers, les 80 premiers jours de la crise ont en effet été dramatiques pour les pays émergents : on a enregistré une sortie d’investissements en actions et en obligations à hauteur de 0,39% de leurs PIB cumulés, soit 1,6 fois plus que les sorties de capitaux observées lors de la crise de 2008. Si les marchés financiers mondiaux redeviennent fragiles, il est probable que les premières victimes soient ces pays, pour qui une nouvelle sortie massive de capitaux aurait un effet dramatique.
Une bombe à retardement pour les pays développés
Les pays en développement sont donc dans une phase de détérioration encore plus importante que pour les grandes puissances. Mais cette atmosphère délétère régionale peut très vite se propager et avoir des répercussions dans le monde entier. Au niveau sanitaire tout d’abord, ces pays réussissent encore plus difficilement à contenir le virus du fait d’infrastructures médicales défaillantes. Plusieurs marchés émergents comme le Brésil, le Mexique, l’Inde et l’Afrique du Sud enregistraient encore des records d’infections en juillet. Or, le virus ne s’arrête pas aux frontières et ne tardera pas à se propager à nouveau si les pays aux économies plus solides ne participent pas à l’effort des économies défaillantes pour terrasser la Covid-19.
Mais selon le rapport, une autre crise menace de se déclarer, qui présente des risques plus importants qu'une potentielle nouvelle vague mondiale. Cette menace réside dans l’investissement massif que certaines institutions financières non bancaires engagent dans des actifs à haut risque et à faible solvabilité. Ces institutions sont souvent américaines et européennes. Lorsque les prix de ces actifs commenceront à chuter, leurs détenteurs seront menacés par une sortie importante de fonds. Cela pourrait à son tour entraver sérieusement le financement des entreprises, ce qui porterait un coup majeur à l'économie réelle. Encore une fois, les pays émergents et en développement subiraient de lourdes répercussions d’une telle crise : une résurgence des tensions sur les marchés financiers augmenterait probablement l'aversion au risque des investisseurs et accélérerait à nouveau les sorties de capitaux de ces pays.
Les problèmes d’une dépendance au dollar
À l’avènement de la crise sanitaire, on a observé une hausse soudaine de demande pour le dollar américain et également une hausse temporaire des coûts d’approvisionnement en dollars. Or, pour les marchés émergents, qui souffrent d’un manque de confiance sur les marchés internationaux, les transactions en dollar étaient jusqu’alors privilégiées, la devise servant de monnaie intermédiaire. De manière générale, de nombreux pays ont eu tendance au fil du temps à organiser la majorité de leurs transactions en dollar, ce qui les en rend aujourd’hui dépendants. À titre d'exemple, la Chine payait 92,8% de ses importations en monnaie américaine en 2019, selon le rapport du FMI. C'est aujourd'hui le pays le plus dépendant au billet vert.
Dans ce contexte, si les coûts de conversion d’une devise en dollar augmentent soudainement, et que par là même les banques ont des difficultés à s’en procurer, on pourra assister à un ralentissement des importations, notamment en matières premières, et de fil en aiguille à un ralentissement de l’activité interne des pays les plus dépendants au dollar.
La flambée de la demande de dollar observée en mars et la hausse des coûts d'approvisionnement en dollars se sont progressivement apaisées depuis. On doit en grande partie cet apaisement aux mesures agressives prises par les banques centrales de nombreux pays en particulier la Fed. La banque centrale américaine a en effet permis à plus de 200 institutions internationales (dont des banques centrales) ayant des comptes auprès de la Banque fédérale de réserve de New York, de pouvoir demander des prêts à court terme en dollars garantis par des obligations du Trésor américain. L'intention de la Fed était d'empêcher l'effondrement des marchés financiers et les défauts de paiement des institutions financières sur leurs dettes libellées en USD. Ces mesures ont été salvatrices pour les pays émergents et en développement, mais soulignent d’autant plus leur forte dépendance au billet vert.
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