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La concentration bancaire en Espagne pourrait avoir des conséquences pour Suez
Entre l’Espagne et le secteur bancaire, l’histoire d’amour est historiquement compliquée. Mais la faiblesse des taux d’intérêt, qui met à mal la rentabilité des banques depuis de longs mois déjà et les multiples impayés anticipés en raison des conséquences économiques de la pandémie pour les entreprises, laissent présager un avenir encore plus sombre. C’est pourquoi l’annonce de discussions entre CaixaBank, troisième établissement espagnol avec 10,9 milliards d’euros de capitalisation et 400 milliards d’euros d’actifs, et Bankia, quatrième établissement du royaume avec 3,2 milliards de capitalisation et 200 milliards d’actifs, concernant une possible fusion a ravi les marchés. Car si les résultats du premier semestre n’ont pas été bons – Caixa a perdu 37% de sa valeur boursière au premier semestre et Bankia 47% -, une fusion donnerait naissance à un nouveau leader devant les groupes Santander et BBVA, en termes de prêts, d’actifs et de dépôts, selon les analystes de Citi. Et cela ravit en effet les investisseurs : le cours de Caixa ouvrait en hausse de 15,9% ce matin depuis l’annonce dans la nuit de jeudi de ces pourparlers, confirmés par les deux acteurs, alors que celui de Bankia bondissait de 33,98%.
Derrière l’apparent consensus de cette potentielle fusion, les analystes d’AlphaValue résument le positionnement du marché : "nous ne voyons pas d’arguments contre la transaction, au contraire", quelques difficultés pour rendre effectif la transaction existent. D’abord, l’actionnaire majoritaire de Bankia, qui est un conglomérat de banques régionales né à la suite de la crise immobilière en 2010, n’est d’autre que l’État à hauteur de 61,8%. Or, la coalition de gauche n’est pas sûre d’atteindre un consensus sur le sujet, entre le PSOE qui y voit un moyen de récupérer les fonds investis à l’époque par le gouvernement Rajoy ou du moins une revalorisation de ses participations dans le nouveau groupe duquel il détiendrait 14%, et Podemos qui défend la vision d’une banque publique pour le pays. Ensuite, les synergies, qui permettraient notamment d’amortir les investissements dans la transition digitale, pourraient aussi aboutir à des suppressions d’emplois et des fermetures de succursales.
Un mouvement européen et une alternative pour Suez
Ce rapprochement fait suite aux récentes déclarations de Luis de Guindos, le vice-président de la BCE, qui appelaient les banques européennes à réduire leurs coûts et à se consolider ou fusionner. L’effort de l’institution dans ce sens était d’ailleurs mis en pratique dés juillet avec la publication d’un "guide" censé démontrer que la réglementation n’est pas une limite aux fusions dans le secteur bancaire, "guide" qui fait d’ailleurs suite aux déclarations de janvier d’Andrea Enria, président du conseil de surveillance prudentielle de la BCE, qui allaient dans le sens d’une simplification du cadre des fusions bancaires.
Mais au-delà d’une potentielle dynamique de fusions bancaires sur le continent, ces discussions pourraient avoir des conséquences pour Suez. Dans le feuilleton de l’offre de rachat de Veolia, l’information circulait ce week-end que dans la riposte organisée par Bertrand Camus, des solutions alternatives de financement étaient cherchées, notamment de l’autre côté des Pyrénées. Or, Caixa, qui était rentré au capital de Suez Environnement en 2014 à hauteur de 7% du capital, est toujours resté très attentif aux évolutions du gestionnaire d’eau et de déchets français. En effet, cette acquisition résultait en fait d'un échange contre les 24,5% de participation de Caixa dans le groupe d'eau Agbar gérant notamment le réseau d'eau de la région de Barcelone, qui avait fait monter le groupe français à 99,5% du capital.
Reste que les pourparlers avec Bankia pourraient reléguer au deuxième plan toutes velléités d’investissements, sans toutefois condamner un tour de table ou un pacte d’actionnaires avec la participation de la banque espagnole. D’autant plus qu’Éric Lombard déclarait ce matin lors d’une présentation du volet CDC du plan de relance - CDC qui détient par ailleurs 5,7% des actions de Veolia - que "la création d’un champion national nous semble une bonne chose. (...) Il est possible qu’un accord amical soit préparé". Les choses semblent donc se compliquer pour Bertrand Camus.
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