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BCE Union des marchés de capitaux

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Il faut relancer l'union des marchés de capitaux

Selon une étude de la BCE, les fonds publics ne suffiront pas à soutenir les entreprises, qui auront plus que jamais besoin de capitaux privés pour se refinancer et sortir de la crise. Or, le projet européen d'union des marchés de capitaux est au point mort depuis près d'un an.
Bourse de Francfort 
Union des marchés de capitaux
Bourse de Francfort Union des marchés de capitaux

Malgré la crise sanitaire et économique qui frappe le Vieux Continent depuis maintenant plus de six mois, certains projets européens, mis sous le boisseau face à l'urgence épidémique, doivent absolument être relancés. C'est le cas de l'union des marchés de capitaux (UMC), estime la BCE dans un long billet publié sur son blog. Après l'Amafi (association française des marchés financiers), qui en juin dernier déplorait le manque d'avancées du projet, Francfort a ainsi estimé que les États et les institutions devraient passer la vitesse supérieure sur le sujet. Dans cette note, cosignée par les membres du conseil exécutif Isabel Schnabel, Luis de Guindos et Fabio Panetta, la BCE estime que les entreprises du Vieux Continent devraient pouvoir se financer plus facilement via les marchés, pour se relever de la crise. Et que, dans ce contexte, l'accélération de l'UMC était cruciale.

Certes, l'UMC a permis pour l'instant de progresser dans l'harmonisation et l'amélioration des cadres d'insolvabilité et dans la mise en place d'un nouveau cadre européen pour les obligations sécurisées et les titrisations simples, transparentes et standardisées. Mais, estime la BCE, ces mesures ont été mises en place trop récemment pour que leur effet puisse encore être réellement perceptible. Et les marchés européens de capitaux - et en particulier les marchés des actions - restent sous-développés et insuffisamment intégrés au niveau européen. Au point que l'intégration stagne depuis 2015 et a même régressé depuis le quatrième trimestre de 2017, selon l'indicateur composite d'intégration financière basé sur les prix des actifs. La détention transfrontalière de dettes a augmenté, mais cela est surtout vrai pour les échéances courtes, qui sont moins stables que les dettes à long terme, souligne la BCE. Par ailleurs, le partage global des risques reste faible par rapport aux niveaux généralement observés entre les régions ou les États au sein d'un même pays ou d'une même fédération.

Le développement des marchés de capitaux en zone euro est également à la traîne par rapport aux autres grandes zone développées, alors que le financement par l'émission d'actions (via des introductions en Bourse - IPO - ou des augmentations de capital) est encore peu fréquent et surtout bien inférieur à celui observé aux États-Unis par exemple. En revanche, les prêts et les actions non cotées représentent une part particulièrement importante du financement dans l'économie de la zone euro, même si les entreprises du Vieux Continent ont encore beaucoup de mal à se financer lors de la phase de démarrage. Les données sur les investissements en capital-risque par rapport au PIB montrent que même en Finlande et en Estonie, qui sont les pays de l'UE les plus avancés dans ce domaine, le ratio est inférieur d'un cinquième à celui des États-Unis.

Parmi les facteurs ralentissant le développement des marchés de capitaux, figure notamment la faiblesse des investisseurs individuels en actions : à l'heure actuelle, seuls 9 % de la population adulte de la zone euro possèdent des actions cotées en bourse, contre 52 % aux États-Unis. Parmi les autres éléments d'explication figure la lourdeur administrative imposée aux entreprises qui souhaiteraient s'introduire.

Or, selon la BCE, la crise a déjà entraîné une refragmentation des marchés obligataires et actions. Ce qui a notamment empêché le programme de rachats de titres d'entreprises ("corporate") de la BCE d'avoir un impact identique sur tous les marchés de la zone euro, déplore l'intéressée. Dans ce contexte, l'achèvement de l'UMC est d'autant plus urgent et ce pour plusieurs autres raisons. D'abord parce qu'elle permettrait d'accroître les sources de financement pour les entreprises et réduirait leur dépendance au financement bancaire, au cas où les banques subiraient un choc (même si elles ont bien résisté pendant le Covid). Deuxièmement, l'achèvement de l'UMC augmenterait le partage des risques privés entre les pays et les acteurs, générant ainsi des effets positifs du point de vue de la stabilisation macroéconomique et rendant les économies plus résistantes aux chocs locaux. Ceci est particulièrement important depuis la pandémie, avec le risque de divergence du développement économique au sein de la zone euro en raison du choc de la pandémie. Troisièmement, la dynamisation des marchés des capitaux par des politiques visant à accroître le financement par actions soutiendrait la croissance et l'innovation. "Les recherches indiquent que les entreprises ayant un potentiel de croissance plus élevé ont généralement davantage recours au financement par actions (public ou privé) qu'au financement par emprunt et que les marchés des capitaux sont plus aptes à financer l'innovation et les nouvelles sources de croissance", souligne la BCE.

Ainsi, l'achèvement de l'UMC améliorerait les conditions de financement des entreprises innovantes, ce qui se traduirait par de meilleures perspectives d'emploi et de croissance dans une économie plus durable. Quatrièmement, l'UMC permettra d'accélérer la transition énergétique du Vieux Continent, des études ayant démontré que celle-ci était plus rapide lorsque le financement des entreprises provenait d'investisseurs privés plutôt que des banques ; l'UMC permettrait aussi de renforcer le rôle de l'euro en le rendant plus attrayant aux yeux des investisseurs. Enfin, l'UMC permettrait d'aider à l'achèvement de l'union bancaire, autre chantier colossal du moment.

Dans ce contexte, la BCE a établi une liste de pistes de travail pour achever l'union des marchés de capitaux : mettre en place un corpus de textes et réglementations communes pour faciliter la tâche des investisseurs et leur éviter de naviguer d'un système législatif à l'autre. À ce sujet, le travail réalisé par les 27 pour essayer de mettre en place une taxonomie verte, afin d'aider les investisseurs à se repérer au sein du marché des obligations vertes européennes, est un exemple de ce qui devra être fait dans l'ensemble des classes d'actifs. Une supervision harmonisée devra également être mise en place afin que ce marché fonctionne de manière plus fluide. Autre conseil de Francfort aux États: harmoniser leur politique fiscal afin de réduire le fardeau administratif et douanier transfrontalier pour les investisseurs.

Mais du conseil à la réalisation, il y a un (grand) écart, que l'Europe mettra sans doute du temps à franchir.

 

 

 

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