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La France mise gros sur l'hydrogène

Macro-économie / Taux / hydrogène / énergie / zéro carbone / europe / Relance / Bruno Le Maire / Barbara Pompili

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hydrogène / énergie / zéro carbone / europe / Relance / Bruno Le Maire / Barbara Pompili

La France mise gros sur l'hydrogène

La ministre de l’Ecologie Barbara Pompili et le ministre de l’Economie Bruno Le Maire s’exprimaient ce mardi matin sur le projet de l’hydrogène. Le plan de relance se concentre tout particulièrement sur cette énergie prometteuse, dans laquelle l’Europe entière place beaucoup d’espoirs et compte bien devenir un leader mondial.
hydrogène
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Une alliance écologie-économie

Si l’hydrogène suscite un tel enthousiasme, c’est qu’il s’érige aujourd’hui comme un des seuls substituts viables et efficaces aux énergies fossiles aujourd’hui utilisées. A côté de panneaux solaires ou d’éoliennes très couteux et peu rentables ou d’un nucléaire qui suscite l’animosité d’un grand nombre, l’hydrogène propose, lui, une énergie en quantité et possiblement sans déchet, sans gaz à effet de serre, sans bruit. Une solution très prometteuse, tant du côté de sa rentabilité potentielle que par son aspect vert : Bruno Le Maire insistait en effet pour que "économie et écologie avancent de pair". La réduction des émissions carbone représente aujourd’hui un enjeu tellement important qu’il en est devenu aussi financier, et a engagé une course mondiale à celui qui trouverait en premier une solution durable. C’est donc un "triple défi : écologique, technologique et économique" qui attend la France, selon Barbara Pompili. Et Bruno Le Maire d’ajouter : "Nous voulons être les meilleurs. Pas les deuxièmes, pas les troisièmes, les meilleurs". Pour l’instant, "La France n'est pas plus à la traîne que le reste de l'Europe ou du monde", rassurait Bertrand Piccard, fondateur de Solar Impulse, sur Europe 1. C’est pourquoi il est essentiel qu’elle se positionne et développe les infrastructures adéquates avant les autres. L’enveloppe prévue à cet effet envoie de fait, pour l’inventeur de l’avion à énergie solaire, un "signal extrêmement clair à l’industrie, à savoir que c’est dans cette direction qu’il faut aller, que c’est dans ce secteur qu’il faut investir".

Le projet de leadership, ambitieux mais primordial, dépasse d’ailleurs les frontières françaises : c’est en s’alliant aux forces de l’Union Européenne, et majoritairement avec l’Allemagne, que les 7,2 milliards d’investissement d’ici à 2030 pourront faire de l’Europe, le chef de file de l’hydrogène.

Quels défis pour l’Europe ?

La France s’allie donc à l’Europe, réservant notamment 1,5 milliard d’euros pour des "projets communs". Il s'agit d’une ambition européenne que de retrouver une place centrale sur la scène internationale car, selon le ministre de l’Economie, le Vieux continent avance parfois trop prudemment : "ayons le courage de porter des projets ambitieux", déclarait-il ce mardi, faisant référence aux fusées récupérables, "sans parler du digital", deux exemples où l’Europe s’est fait doubler par peur de se lancer dans des projets impossibles. Et le défi que Bruno Le Maire et Barbara Pompili annoncent est effectivement de taille à repositionner l’Europe : développer avec Airbus, avant ses concurrents américain et chinois, le premier avion à hydrogène d’ici 2035. Un projet qui révolutionnerait le secteur de l’aviation qui n’a pour l’instant pas trouvé de solution non-polluante et efficace pour réduire son impact carbone.

Dans de nombreux pays du monde, l’hydrogène est en effet développé comme solution de décarbonation des transports. En Chine, le site d’information d’Air Liquide dédié à l’hydrogène nous apprend qu’une station service à hydrogène vert pour les transports publics mis en service avant les Jeux Olympiques de Pékin, sera installée avec l’aide de Siemens Energy. A l’instar de l'Empire du Milieu, l’Europe (et la France à son échelle) doit miser sur une accélération de la transition, pour que l’hydrogène utilisé soit de plus en plus vert - aujourd’hui plus de 90% de l’hydrogène utilisé est exploité à partir d’énergies fossiles.

Outre la recherche et l’innovation pour développer cet hydrogène vert, le plan de relance se concentre sur "l’approvisionnement durable en matières premières", soulignait la Commission Européenne. Parmi ces matières premières indispensables, les efforts se concentrent en ce moment sur un élément essentiel à la conception des batteries des transports électriques : le lithium. S’il est aujourd’hui acheminé depuis des continents lointains, ce composant chimique est présent en quantités importantes au Portugal. Pourtant pour l’instant, sur les 60 000 tonnes qui y gisent, seulement 400 par an sont exploitées. L’occasion, pour la Commission Européenne, de se tourner vers "une meilleure exploitation du potentiel intérieur de l’Europe", de réduire par là-même sa dépendance à l’import et d’accélérer la transition énergétique, grâce au Portugal, que Bruxelles envisage comme "un Airbus des batteries". Mis à part le lithium, qui permet de construire son contenant, l’Europe devra aussi faire en sorte que l’hydrogène soit beaucoup plus accessible qu’aujourd’hui.

Par où doit-on commencer ?

Pour l’instant, produire l’hydrogène est très coûteux en énergie. Entre l’étape de l’électrolyse (où l’eau est décomposée en H et O pour que seul l’hydrogène soit récupéré) et celle de sa retransformation en électricité, une quantité trop importante d’énergie, de l’ordre de 60%, est perdue. C’est la raison pour laquelle l’hydrogène vert n’est pas majoritairement utilisé aujourd’hui. C’est aussi, corollairement, ce sur quoi l’accent sera mis en France : l’enveloppe consacrée à l’hydrogène permettra de pousser les entreprises à la reconversion, et de soutenir massivement la R&D pour que cette reconversion vers l’électrolyse soit la solution la moins coûteuse en énergie. Deux appels à manifestation d’intérêt (AMI) ont déjà été lancés dans cette optique en janvier 2020, avec l’aide de l’Ademe, pour développer cette forme propre d'énergie dans les réseaux ferrés et les systèmes industriels de grande ampleur. En ajoutant à toutes ces initiatives prises depuis janvier une enveloppe budgétaire aussi importante, beaucoup plus importante que le 1,5 milliard prévu il y quelques mois, le gouvernement français semble enfin comprendre, un peu après ses voisins Allemands, et bien après son secteur privé (Air Liquide développe des sommes considérables pour cette énergie depuis des années) que l’hydrogène représente une véritable opportunité pour l’avenir.

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