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Le télétravail n’est peut-être pas la solution

Macro-économie / Taux / télétravail / Banque de France / Immobilier / Innovation

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Le télétravail n’est peut-être pas la solution

L’immobilier d’entreprise, l’innovation et la productivité pourraient être transformés par cette nouvelle forme d’activité qui, à cause du confinement, s’est très largement répandue dans les entreprises. Et pas forcément pour le meilleur.
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Une tendance qui se confirme

Les mesures de confinement ayant contraint une part inédite des travailleurs au télétravail, les économistes Antonin Bergeaud et Simon Ray de la Banque de France sont revenus sur les conséquences que cette mutation aura sur nos sociétés, notamment dans les métropoles. Et s’ils se penchent sur le télétravail, c’est que ce n’est pas un phénomène provisoire : près de 7,9 millions de salariés, soit 33% du total de la masse salariale, et 400 000 non salariés étaient concernés par le télétravail au printemps dernier, selon l’OFCE. De surcroît, les salariés trouvent beaucoup d’avantages à cette manière de travailler, au point qu’en moyenne, ils seraient prêts à renoncer à 8% de leur salaire pour pouvoir travailler à domicile (étude de Mas et Pallais). Si les impacts bénéfiques sur la santé, la productivité et l’environnement ont déjà été soulignés par plusieurs études, les deux chercheurs de la Banque de France se penchent sur d’autres conséquences que le télétravail pourrait avoir : "son impact sur l’immobilier d’entreprise peut être significatif au niveau macroéconomique ", ainsi que celui sur la productivité et sur l’innovation.

L'immobilier profondément affecté

Une étude réalisée sur un large panel d’entreprises, possédant et ne possédant pas de biens immobiliers, recense les ratios "dépenses de loyer / salaires versés" et "dépenses de loyers / valeur ajoutée des entreprises". Dans les deux cas, les résultats sont flagrants : l’immobilier "constitue un obstacle majeur à la croissance des entreprises". En 2017, par exemple, les actifs immobiliers représentaient 66,7% de la valeur des actifs non financiers et 22,2% de la valeur totale des actifs des sociétés non financières françaises. Cette part a augmenté de manière très importante par rapport au début des années 2000, à cause d’une hausse progressive des prix des terrains. Dans cette optique, un accroissement du télétravail devrait alléger le poids de l’immobilier dans les comptes des entreprises françaises, et présenter un impact très positif sur leurs résultats.

Mais les changements d’activité de l’année 2020, provoqués par la pandémie et les mesures de confinement, pourraient en fait entraîner des modifications de la structure des bilans des entreprises : si les actifs immobiliers pèsent moins dans le bilan, cela pourrait engendrer un effet négatif sur les prêts bancaires. En effet, "les actifs immobiliers constituent la majorité des actifs pouvant être mis en garantie par les entreprises" précisent les chercheurs. Le télétravail pourrait ainsi remanier toute la dynamique des entreprises et des prêts bancaires autour de l’immobilier, engendrant une baisse des prix des bureaux, mais ayant également un impact sur l’innovation : si les entreprises ont plus de mal à emprunter, elles auront plus de mal à innover.

Quelle productivité à long terme ?

Au vu de la très récente massification du télétravail, il est encore difficile pour les entreprises de jauger correctement l’impact réel qu’aura ce télétravail sur la productivité. À court terme, cette nouvelle forme d’activité peut se traduire par des réductions de dépenses qu’il faut relativiser, nous disent les économistes, à moyen et long termes. D’un côté, les mécanismes de partage et de diffusion des connaissances engendrés par le télétravail, notamment grâce au partage d’installations ou d’un plus grand nombre d’intrants, pourraient avoir un impact positif sur la productivité. Mais d’un autre côté, la dispersion géographique de la main d’oeuvre atténuerait le bénéfices retirés du télétravail, par une trop grande dispersion. En somme, l’impact structurel du télétravail est inconnu et reste "une question ouverte qui pourrait devenir un sujet de recherche important au cours des prochaines années".

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