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Suez : Veolia devra revoir sa copie
Si Veolia veut vraiment acheter Suez, il va devoir y mettre le prix. Engie le dit désormais noir sur blanc : son conseil d’administration, qui s’est réuni ce matin, a mandaté le président Jean-Pierre Clamadieu et la directrice générale par interim Claire Waysand pour "rechercher auprès de Veolia une amélioration des termes de son offre et d’obtenir des assurances complémentaires sur la qualité du projet et le respect des parties prenantes". Le numéro un mondial du traitement de l’eau et des déchets souhaite acquérir 29,9% du capital de Suez auprès d’Engie au prix de 15,50 euros par action.
Le rejet officiel de l’énergéticien, qui détient en réalité 32% de Suez, formalise les déclarations de Jean-Pierre Clamadieu le 4 septembre dernier sur le plateau de BFM Business : "notre vision est que la valeur de Suez est plus importante que la base de cette discussion", avait-il notamment dit.
La position de l’actionnaire n°1 de Suez est logique : si le prix proposé représente une prime de 50% par rapport au cours de l’action Suez le 30 juillet (la veille de l’annonce par Engie qu’il envisageait de céder sa part), il est proche de celui d’avant le début de la crise sanitaire et n’offre pas de prime particulièrement exaltante par rapport à l’année 2019.
En outre, différentes méthodes de valorisation tendent également à montrer une valorisation supérieure. Comme l’indiquait la Lettre de l’Expansion dans son édition du 14 septembre, plusieurs professionnels de marché estiment que les 15,50 euros ne prennent pas en compte le plan stratégique Suez 2030 et que la prise de contrôle du numéro deux mondial de son secteur ne peut se faire à moins de 7 ou 7,5 fois l’Ebitda, en valeur d’entreprise. Or, le consensus d’analystes sur l’Ebitda estimé en 2021 ressort à 3,12 milliards d’euros (+16% par rapport à l’estimation pour 2020) : ce qui donne un cours de Bourse compris entre 18 et 22 euros.
En prenant en compte la méthode de somme des parties utilisées par plusieurs analystes en début d’année, avant le coronavirus, on atteint également des valeurs supérieures à 15,50 euros, y compris chez Citigroup… conseil aujourd’hui de Veolia (18,50 euros).
Un décalage corroboré par le multiple auquel Suez a vendu hier ses activités de recyclage et de valorisation dans quatre pays d’Europe à PreZero (11,1 fois l’Ebitda) – activités que Veolia aurait conservées (ce qui du coup donne un argument au prétendant). En outre, selon nos informations, les activités Eau en France, que Veolia entend vendre au fonds d’infrastructures Meridiam pour passer les barrières des autorités de la concurrence, pourraient être valorisées autour de 12 fois leur Ebitda.
Pour pousser Veolia à revoir son prix, Engie aurait besoin d’une offre concurrente. C’est d’ailleurs ce qu’il écrit dans son communiqué : "Le conseil a demandé […] d’étudier toute offre alternative qui devra être transmise dans les tout prochains jours à Engie". Mais problème : Suez, violemment hostile à Veolia, a besoin de temps pour monter la sienne, qui devra se présenter sous la forme d’un consortium, puisque racheter seul la part d’Engie le priverait de ressources importantes pour son développement. Le conseil a en effet "constaté qu’à ce jour, aucune offre alternative n’était parvenue à Engie". Lundi dernier, le fonds Antin Infrastructure Partners, également pressenti pour faire partie du tour de table monté par Suez, "regarde de près" le dossier pour en être "un acteur majeur" puisqu’il vient de lever 6,5 milliards d’euros pour son quatrième fonds. Le nom d’Ardian a circulé également, mais, selon la Lettre A, il aurait jeté l’éponge. Les fonds souverains restent une solution, mais ces acteurs ne sont pas simples à manier.
Veolia a fixé au 30 septembre la date limite de son offre. "Veolia réaffirme sa volonté que son offre prenne en considération l’ensemble des parties prenantes, avec notamment la garantie des emplois et des avantages sociaux, la participation de l’ensemble des actionnaires au projet et l’accélération de la transformation écologique au service de tous les territoires et clients, grâce à la création d’un grand champion mondial français", a-t-il déclaré suite au communiqué d'Engie.
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