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Sortie de route pour le marché automobile
On pouvait se douter de la chute, moins son ampleur : ce vendredi 17 septembre, l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) établissait la chute des ventes de véhicules neufs de 32% entre janvier et août 2020, soit près de 2,9 millions de véhicules particuliers de moins que l’année dernière sur la même période. Le mois de juillet promettait pourtant une embellie, devant une hausse nette des performances, avec sept des États membres (dont la France avec +3,9%) se trouvant même en croissance positive par rapport à 2019.
Mais au mois d’août, les ventes se sont à nouveau effondrées dans tous les pays de l’Union européenne excepté Chypre (en hausse de 14,1%), le repli passant de -5,7% en juillet à -18,9% en août 2020 dans la zone euro. Après avoir présenté de gros espoirs de reprise, la France fait en août figure de mauvaise élève (-19,8%) avec l’Allemagne (-20%), affichant toutes les deux les plus fortes baisses, à l’inverse de l’Italie qui présente le plus faible recul (-0,4%). "Les résultats de juillet ont probablement bénéficié des mesures d'incitation mises en place par plusieurs États membres pour atténuer les effets de l'épidémie de COVID-19", analysait l’ACEA, interrogée par Wansquare. On a d’ailleurs pu observer la reprise au-delà de la zone euro dans des pays tels que le Royaume-Uni (+11,3%), l’Islande (+44,5%) et la Norvège (+6,5%). Pour ce qui est de la rechute d'août, l’ACEA rapporte que l'effet positif du mois de juillet "s'est peut-être atténué en août, traditionnellement un mois calme sur tous les grands marchés européens de voitures particulières en termes de volumes, en raison de la traditionnelle pause des vacances d'été".
Reste que cette pause des vacances d’été ne peut pas être le seul facteur d’une baisse aussi drastique. La preuve en est que certains pays s’en sortent vraisemblablement mieux que d’autres, alors qu’ils ont été exposés à la même pandémie, et à la même pause estivale. L’Allemagne (-28,8%) se retrouve ainsi devant la France (-32%) si l'on considère la période janvier-août 2020, alors même que nos voisins outre-Rhin ont subi une baisse plus importante que la France en août 2020. Il en va de même pour les constructeurs européens : la part de marché du groupe Volkswagen (Skoda, Audi, Seat, Porsche et Volkswagen) progressait de 0,8 point à 26,1% en huit mois, tandis que PSA (Peugeot, Citroën, Opel/Vauxhall, DS) enregistrait une chute de 1,6 point à 15,3% et Renault (avec Dacia, Lada et Alpine) baissait également de 0,4 point à 11,5%. Si l’on se penche sur le phénomène global que le marché de l’automobile subit, la reprise "en V" n’est donc pas du tout engagée, le mois de juillet faisant office d’exception dans ce tableau de pâles performances.
Au niveau mondial, une étude de S&P nous expose d’ailleurs le même phénomène avec une baisse moyenne des ventes estimée à 20% cette année, et conclut de manière pessimiste que les ventes mondiales d’automobiles (particulièrement en Europe et Amérique du Nord) ne retrouveront pas leur niveau de 2019 avant longtemps - elles seront même encore inférieures à l'année dernière de 6% en 2022. "Cette prévision se situe à l'extrémité la plus pessimiste de la projection de 15 à 20 % de baisse des ventes mondiales que nous avions faite en mars de cette année", précise le rapport. Preuve supplémentaire que le marché automobile est loin du rebond espéré à court terme. La compression envisagée par S&P est, avouent les analystes, un peu plus pessimiste que les normes générales du marché. Mais elle est cohérente, dans la mesure où, d’abord, les consommateurs voient leur pouvoir d’achat se réduire depuis le début de l’année et où, ensuite, l’arrivée sur le marché des véhicules hybrides et électriques bouleverse les marchés. Les constructeurs sont en effet très largement poussés à investir massivement dans la recherche pour se mettre à niveau en matière de technologies, notamment en Europe, ce qui exerce une pression financière durable sur leur trésorerie, les empêchant de rebondir de manière significative.
Seule exception qui confirme la règle, la Chine pourra selon S&P retrouver des volumes de ventes équivalents à 2019 d’ici fin 2022. A l'inverse plus gros perdants de la pandémie, les Etats-Unis devraient selon S&P être soumis à une forte volatilité pour leur marché automobile. Malgré la reprise de ventes de 10 à 15% prévue pour 2021, les chiffres outre-Atlantique devraient ainsi rester inférieurs à la médiane de leurs ventes des 20 dernières années durant un long moment encore.
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