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Macro-économie / Taux / Etats-Unis / Elections / Donald Trump

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Etats-Unis / Elections / Donald Trump

Donald Trump n'a pas tenu ses promesses

L'actuel président américain n'a donné que peu de détails sur son programme économique s'il est élu en novembre prochain, promettant seulement de poursuivre ce qu'il a initié depuis 2016 ; les chiffres montrent qu'il n'a pas tenu ses engagements de campagne, malgré un très bon bilan économique pré-Covid.
Emmanuel Macron - Brigitte Macron - Donald Trump - Melania Trump
Emmanuel Macron - Brigitte Macron - Donald Trump - Melania Trump

C'est demain soir que les deux candidats à la présidence américaine se retrouveront face à face pour le premier débat télévisé, qui risque malheureusement de porter davantage sur la déclaration d'impôts de Donald Trump que sur les sujets de fond. C'est d'autant plus certain que l'actuel président n'a quasiment pas donné de détail sur ce qu'il compte instaurer s'il est réélu. Son unique programme consistant à poursuivre ce qu'il a initié depuis janvier 2017. "Le 'Make America great again' a été transformé en 'Keep America great'", a ainsi expliqué Florence Pisani, économiste chez Candriam lors d'une conférence sur le sujet. Le programme économique du candidat républicain "plus vague et reprenant les mêmes thèmes qu'en 2016", se résume ainsi en quatre ambitions :

- pérenniser les baisses d'impôts de 2017 et annuler le paiement des cotisations salariales entre août et décembre 2020, qui avaient été simplement suspendues.

- augmenter les dépenses d'infrastructures

- poursuivre la politique de déréglementation en particulier dans le domaine environnemental

- poursuivre la guerre commerciale avec la Chine et sans doute aussi avec l'Europe

En prenant des engagements aussi peu précis, le président est assuré de ne pas avoir à rendre compte à la fin de son mandat s'il est réélu pour quatre ans. Il faut dire que si le bilan économique de son mandat est excellent (du moins avant que l'épidémie de la Covid ne survienne), il n'a pour autant pas vraiment tenu l'ensemble des promesses économiques auxquelles il s'était engagé pendant sa campagne de 2016. À l’époque, le candidat républicain avait promis de ramener la croissance américaine au-delà de 3% et de la stabiliser durablement autour de ce niveau. Or, à part en 2019 où le PIB américain a progressé de 2,9%, la croissance américaine n'a jamais dépassé le niveau visé par le président. "La croissance sous Donald Trump n'a pas vraiment été meilleure que sous Barack Obama, il n'est pas parvenu à réanimer la croissance de son pays", explique ainsi Anton Brender, de Candriam.

Autre engagement de campagne de Donald Trump : stimuler l'investissement par les baisses d'impôts. Du côté des baisses d'impôts, le président a effectivement accompli sa promesse, avec une réduction permanente de l'impôt sur les sociétés de 35% à 21%. La Tax Cuts and Job Act de 2017 devrait même coûter au gouvernement fédéral au moins 1 000 milliards de dollars en perte de revenus sur 10 ans, selon plusieurs estimations gouvernementales et privées. Mais l'impact de ces baisses d'impôts sur l'investissement des entreprises est en revanche décevant : certes, les investissements en R&D ont progressé sous le mandat de Donald Trump mais la part de l'investissement productif dans le PIB américain a diminué pendant sa présidence, passant de 6% du PIB, à 5,5% fin 2019.

Le président avait par ailleurs déclaré que les baisses d'impôts se financeraient d'elles-mêmes : cela n'a pas été le cas au vu de l'évolution du solde budgétaire du pays de 2016 à 2020. "Le déficit a progressé de 2% sous Donald Trump alors qu’il avait diminué de 4% sous Obama, notamment grâce à une réduction de la dépense publique", explique encore l'économiste de Candriam. Les dépenses publiques ont ainsi progressé de 0,5% du PIB sous Donald Trump contre une baisse de 2,1% du PIB sous Obama, tandis que les recettes budgétaires ont reculé de 1,3% contre une hausse de 2,1% du PIB sous son prédécesseur. Du coup, la dette américaine, que le président avait promis de faire disparaître à l'horizon 2024, aura progressé de quelque 4000 milliards de dollars sous son mandat (hors épidémie de la Covid).

Enfin, du point de vue de l'emploi, les résultats ne sont pas non plus au rendez-vous (et sans prendre en compte l'année 2020 et la crise de la Covid) : 2,7 millions d'emplois ont été créés sous le second mandat d'Obama, et 2,2 millions sous Donald Trump. "Les résultats économiques de Donald Trump sont donc bons mais ils ne sont pas particulièrement meilleurs que la tendance engagée avant qu'il ne parvienne à la présidence", poursuit Anton Brender.

L'épidémie de la Covid a naturellement mis un coup d'arrêt à la dynamique de croissance du pays, après plus de dix années de hausse du PIB aux États-Unis. Avec la crise de la Covid, qui devrait entraîner un recul du PIB américain de 3,8% cette année selon les prévisions les plus récentes de l'OCDE, les décisions économiques du futur président seront déterminantes pour relancer la machine l'an prochain, le plus rapidement possible. D'autant que de nombreuses mesures de soutien aux ménages et entreprises arrivent à échéance d'ici la fin de l'année. "Le risque principal est celui d'une élection dont le résultat serait remis en cause soit par le parti perdant soit par la population", explique encore Florence Pisani. Ce qui a d'autant plus de chances d'être le cas que des dizaines de milliers d'Américains voteront par correspondance, Covid oblige. Plus les résultats seront contestés longtemps, plus la confiance des ménages et des entreprises, cruciales pour la reprise, seront affectés, de même que les marchés financiers.

Autre scénario possible et peu favorable à l'économie, la victoire de Trump ou Biden sans majorité au Congrès. "L'absence de majorité au Congrès pourrait avoir des conséquences bien plus importantes que la victoire de l'un ou l'autre candidat, si l'on s'en tient au court terme, où la flexibilité fiscale sera déterminante pour relancer l'économie. Car si les deux candidats sont en faveur d'un soutien budgétaire supplémentaire, l'absence de majorité au Congrès pourrait les empêcher de le mettre en œuvre", expliquent ainsi les économistes de Crédit Suisse. La preuve : le Congrès, actuellement sans majorité, n'est toujours pas parvenu à voter un nouveau plan de relance fiscale, malgré le soutien de principe des deux partis républicain et démocrate.

 

 

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