Macro-économie / Taux / Fed / Jerome Powell
Macro-économie / Taux
Fed / Jerome Powell
La Fed se dispute-t-elle sur le sexe des anges ?
Le 27 août dernier, Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), a implicitement entériné le fait que la Banque centrale allait maintenir un taux d’intérêt bas pendant une durée - très - longue. En effet, le changement de mandat de la Fed rend beaucoup plus drastiques les conditions nécessaires à un durcissement de la politique monétaire au regard de l’environnement macroéconomique américain - la Fed vise désormais une inflation de 2% en moyenne au cours du temps et se montrera plus complaisante avec un taux de chômage plus faible que le niveau à partir duquel il devient inflationniste.
Lors de la dernière réunion du Comité de politique monétaire (FOMC) des 15 et 16 septembre, l’ensemble des membres votants (dix) se sont accordés sur la nécessité de maintenir le taux d’intérêt dans la fourchette actuelle (0 % - 0,25 %). Toutefois, les minutes que vient de publier l’institution de Washington indiquent qu’au sein du FOMC, deux membres votants sont en désaccord avec la forward guidance adoptée par la Fed. Instrument de politique monétaire auquel ont recours les banquiers centraux depuis une décennie, la forward guidance consiste à annoncer au marché la trajectoire future du taux d’intérêt directeur afin d’influencer la dynamique des taux d’intérêt à long terme - les taux d’intérêt qui ont le plus d’impact sur l’économie.
Rappelons que la forward guidance adoptée par la Fed lors de sa dernière réunion était de "maintenir le taux d'intérêt au niveau actuel jusqu'à ce que le marché de l'emploi atteigne une situation compatible avec l'évaluation faite par le Comité du niveau de plein-emploi et jusqu'à ce que l'inflation atteigne 2 % avec des perspectives de dépasser modérément les 2 % pendant un certain temps".
Or, Robert Kaplan, l'un des deux dissidents et président de la Fed de Dallas, avance que la Fed doit maintenir son taux d’intérêt au niveau actuel jusqu'à ce que "le FOMC soit convaincu que l'économie a résisté aux événements récents et est en bonne voie pour atteindre ses objectifs maximums en matière d'emploi et de stabilité des prix". En d’autres termes, Robert Kaplan milite pour une forward guidance plus floue que celle choisie par la Fed. Selon lui, la Banque centrale pourrait ainsi disposer d’une flexibilité plus importante pour piloter son taux d’intérêt. Dans un tel cadre, le message envoyé au marché et donc aux taux d'intérêt de long terme n'est plus le même, car la Fed pourrait être susceptible de durcir sa politique plus rapidement qu'escompté.
C’est exactement la position inverse que défend Neel Kashkari, le président de la Fed de Minneapolis – l’autre membre en désaccord. Ce dernier préférerait que la Fed indique qu’elle maintient sa politique monétaire actuelle jusqu’à ce que "l’indice ‘cœur’ des dépenses de consommation personnelles [Core PCE index, ndlr] atteigne 2 % par an de façon durable". Ainsi, Neel Kashkari est, lui, partisan d’une forward guidance plus claire.
Le désaccord sur ce que la Fed a annoncé à propos de la trajectoire future du taux d’intérêt directeur semble aller au-delà de ces deux banquiers centraux - bien qu'ils soient les seuls à avoir officiellement voté contre. "Plusieurs participants" paraissent partager l’avis de Robert Kaplan en ce sens qu'ils ne voient pas "la nécessité de renforcer la forward guidance [par rapport à celle annoncée lors des dernières réunions, ndlr] compte tenu du fait que les taux d’intérêt à long terme sont très bas", rapportent les minutes. Pourquoi ? Car, la forward guidance actuelle pourrait "contribuer à l'accumulation de déséquilibres financiers qui rendraient plus difficile la réalisation des objectifs du FOMC à l'avenir", peut-on lire dans les minutes.
"Je crois que le maintien d'un taux d'intérêt à 0 % pendant une période prolongée pourrait avoir des conséquences néfastes", notamment une prise de risque excessive et des distorsions sur les marchés financiers, avait estimé Robert Kaplan il y a quelques semaines. Une position qui semble donc gagner en popularité au sein du FOMC.
Plus globalement, cet épisode illustre le fait que le FOMC se situe dans une phase où il doit digérer le nouveau mandat de la Fed. Les dissensions sur ce qu'implique ce dernier concernant la forward guidance étaient donc plutôt prévisibles.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

