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Taux / obligations / Donald Trump
Pourquoi les taux américains remontent
Le changement de stratégie de la Réserve fédérale américaine le 27 août dernier, qui a annoncé qu'elle tolérerait temporairement une inflation supérieure à 2% sans pour autant remonter les taux directeurs, aurait logiquement dû faire baisser les rendements américains. Le président de la Fed a en effet avoué à demi-mot que les taux directeurs resteraient durablement bas, quelle que soit l'évolution de la conjoncture. Or, c'est le mouvement inverse que l'on constate depuis quelques semaines : le taux des obligations américaines à dix ans est ainsi passé de 0,46% début août, à 0,64% fin septembre puis 0,7% ce matin, soit une progression de près de 12 points de base en deux semaines. Comment expliquer cette remontée rapide des taux longs dans le pays de l'Oncle Sam ?
L'amélioration de la conjoncture tout d'abord. Malgré le léger repli de l'indice PMI composite de l'activité globale aux USA, passé de 54,6 à 54,3 entre août et septembre, il reste au-dessus du seuil des 50 qui marque la limite entre extension et contraction. L'enquête n'a constitué qu'un élément de plus pointant dans la direction d'une reprise économique plus rapide que prévu. "La vitesse à laquelle l’économie américaine s’est remise en marche suite au choc engendré par la COVID-19 en a surpris plus d’un", expliquent ainsi Matthieu Arseneau et Jocelyn Paquet, économistes à la Banque nationale du Canada. Les ventes au détail, les ventes de maisons neuves, les reventes de maisons, les mises en chantier et les commandes de biens durables ont toutes surpris à la hausse et se trouvent maintenant à des niveaux proches de ou supérieurs à ceux atteints avant la crise. Comment expliquer ce rattrapage, alors que dans le même temps, l'emploi dans le pays demeure plus de 7% inférieur à son niveau de pré-Covid et que des milliers d'Américains sont encore au chômage ? "Bien que les pertes sur le marché du travail aient engendré une baisse sans précédent des salaires et traitements, ce recul a été largement compensé par l’aide d’urgence déployée par le Congrès américain", poursuivent les deux économistes. Qui ont donc revu leurs prévisions de croissance à la hausse pour le pays, anticipant désormais un recul de 4%, contre -5,2% initialement prévu. Les marchés ont eux aussi progressivement intégré la nouvelle et ce regain d'optimisme a contribué à faire remonter les taux longs.
Autre élément d'explication, le fait que le candidat démocrate est désormais largement en tête dans les sondages, bien que le système américain de grands électeurs rende l'issue du scrutin plus dure à anticiper. En fin de semaine dernière, Joe Biden obtenait ainsi 52% des votes contre 42% pour son adversaire républicain. Or, le programme du candidat démocrate fait la part belle aux dépenses. L'ancien vice-président a proposé un total de 5,4 trillions de dollars de nouvelles dépenses sur les dix prochaines années, selon une analyse publiée mi-septembre par le Penn Wharton Budget Model, un groupe non partisan de la Wharton School de l'université de Pennsylvanie. C’est plus du double du programme de dépenses de l'ancienne candidate démocrate à la présidente Hillary Clinton et représenterait un record historique de dépenses pour le pays. S'il est adopté, le budget Biden porterait les dépenses fédérales à 24% du produit intérieur brut d'ici 2030, selon l'étude de Wharton. En dehors des deux grands pics de dépenses liés à la crise - les budgets gonflés par la crise financière de 2009 et la pandémie de 2020 - ce serait le plus grand budget fédéral depuis plus d'un demi-siècle, selon Wharton. Une telle hausse des dépenses signifie bien sûr que le déficit et la dette américaine progresseraient sensiblement, faisant grimper les taux d'intérêt. Ce qui explique la hausse anticipée des taux longs depuis quelques semaines.
À plus court terme cependant, c'est surtout l'espoir que le nouveau plan de relance soit adopté qui a poussé les taux à la hausse. Rappelons que les démocrates réclament 3000 milliards de dollars de stimulus afin de prolonger les mesures de soutien initiées depuis le début de l'épidémie et dont beaucoup arrivent à échéance, tandis que les républicains ne souhaitent un programme de soutien que de 1600 milliards. En milieu de semaine dernière, les deux camps avaient fini par s'entendre sur une enveloppe située entre les deux. "Si jamais le stimulus est voté à temps, cela aura un impact très positif sur la croissance américaine", explique Guillaume Martin, stratégiste taux chez Natixis. "Mais il faudra aussi le financer et les émissions de Treasuries devraient donc augmenter", poursuit-il. D'où la progression rapide des taux la semaine dernière. Le nouveau volte-face du Président américain ce week-end, qui a finalement proposé 1800 milliards de dollars de soutien, soit moins que ce qui avait été discuté dans la semaine a douché les espoirs d'un accord rapide au Congrès.
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