Macro-économie / Taux / Etats-Unis / Donald Trump
Macro-économie / Taux
Etats-Unis / Donald Trump
Elections US: Wall Street a choisi son camp
A une semaine tout juste de l’élection présidentielle américaine, le trésor de guerre de Donald Trump fait pâle figure au regard de celui de son adversaire : la campagne du Président n’a plus que 63,1 millions de dollars dans ses caisses, contre 177 millions pour celle de Joe Biden, qui a accumulé des levées records ces dernières semaines. Ce sont en particulier les grandes figures de Wall Street, ces investisseurs américains conservateurs qui ont toujours donné des millions de dollars aux campagnes républicaines, qui brillent par leur absence. Jusqu’à présent, les donateurs issus de l’investissement n’ont donné que 13 millions de dollars à la campagne du Président américain, contre 20 millions en 2016 (et même davantage en incluant les montants donnés pour son inauguration), selon le Center for Responsive Politics.
Si ces influents mécènes conservateurs ont tiré parti des baisses massives d’impôts au début du mandat Trump, la réponse de son administration à la crise Covid les a incités à changer leur fusil d’épaule. "Wall Street a un fort besoin de règles, de prévisibilité et de fortes institutions gouvernementales. Donald Trump a apporté le contraire", selon un conseiller républicain qui travaille pour un ancien donateur du Président. Ces puissants investisseurs reprochent au Président d’avoir d’abord minimisé le virus en février dernier, de façon à ne pas inquiéter sa population, en pleine échéance électorale. Puis d’avoir brusquement retourné sa veste, lorsqu’il a fermé les frontières avec la Chine et l’Europe, et a accusé l’Empire du Milieu d’être responsable de cette pandémie mondiale -une rhétorique qu’il poursuit aujourd’hui.
Imprévisible, le Président a aussi tardé à prendre les mesures sanitaires pourtant préconisées par son propre organisme fédéral, le CDC (Center for Disease Control and Prevention). Bilan, les États-Unis paient le plus lourd tribut mondial au coronavirus : 8,7 millions de cas – dont le Président et la Première Dame – et 225.000 morts. Mais ce n’est pas tout. Les acteurs de Wall Street sont également réalistes et suivent les sondages de près. Et alors que le locataire de la Maison Blanche affiche 9 à 10 points de retard sur son adversaire au plan national aussi tard dans la course (y compris dans les fameux "swing states"), ils croient de moins en moins à ses chances de remporter un deuxième mandat.
Plusieurs exemples montrent cette prise de distance des conservateurs de Wall Street envers Donald Trump. Steve Schwarzman, le CEO de Blackstone, a donné 3 millions de dollars à un super-PAC (comité d’action politique qui peut accepter des contributions illimitées en faveur d’un candidat) pro-Trump en janvier dernier, mais rien depuis. Même chose pour Henry Kravis, le mythique fondateur de KKR : il avait apporté 300.000 dollars au comité électoral républicain en 2016 et 1 million de dollars pour l’inauguration de Donald Trump, mais pas de contribution cette année. Enfin, Paul Singer, le fondateur du fonds activiste Elliott Management, avait lui aussi donné 1 million de dollars pour l’inauguration et 1 million à un super-PAC pour Trump, mais est resté en retrait dans cette campagne. Quelques-uns restent néanmoins engagés en faveur du Président : le gérant de hedge fund John Paulson, qui a tenu une levée de fonds dans sa résidence des Hamptons au mois d’août, Marc Rowan, le cofondateur d’Apollo Management, ou encore Joe Rickett, le fondateur de TD Ameritrade.
De l’autre côté, Joe Biden a engrangé auprès de ces généreux contributeurs ces derniers mois. Au total, sa campagne a collecté 50 millions de dollars auprès des leaders de Wall Street, que ce soit en direct ou via des super-PAC. Ces électeurs ne voyaient pourtant pas d’un très bon œil la candidature Biden au départ, car ce dernier a dû ancrer sa campagne à gauche, avec le succès des socialistes comme Bernie Sanders, Elizabeth Warren ou Alexandria Ocasio-Cortez dans son parti. Mais il a depuis assuré que les hausses d’impôts ne concerneraient que les foyers gagnant plus de 400.000 dollars par an. Surtout, la finance américaine craint plus que tout un conflit civil dans le pays, si Donald Trump gagnait l’élection ou refusait de partir en cas d’échec. A ce stade, Wall Street ne craint qu’une seule chose : que l’élection 2020 ne vienne réduire à néant quatre années de hausse solide de la Bourse, que le krach de la crise Covid n’a pas réussi à entamer. A ce jour, le S&P 500 est en hausse de 64 % depuis novembre 2016.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

