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HCFP / France / déficit public
France : un scénario de croissance pour 2020 jugé "cohérent"
"C'est le sixième scénario macroéconomique pour 2020 que présente le gouvernement, après le PLF pour 2020, les trois collectifs budgétaires du printemps et le PLF pour 2021". Ces chiffres énoncés par Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes et président du Haut Conseil des finances publiques (HCFP), donnent une idée de la crise économique que nous traversons. En effet, le gouvernement vient de présenter son nouveau projet de loi de finances rectificative (PLFR) pour 2020 – le quatrième pour cette année. Comme d’ordinaire, le HCFP a été saisi par le gouvernement pour qu'il se prononce sur ce nouveau PLFR. Au sein de ce dernier, le gouvernement dit s’attendre à un recul de 11 % du Produit intérieur brut (PIB) en volume pour 2020. Compte tenu de la croissance entre janvier et septembre, cela voudrait dire que l’Hexagone connaîtrait une contraction de 11,3 % - en glissement trimestriel – lors du dernier trimestre.
Autrement dit, cela suppose un PIB inférieur de l’ordre de 15 % à son niveau de la fin 2019. Or, selon le HCFP, les mesures de confinement décidées fin octobre devraient conduire en novembre à "un recul de l’activité par rapport à son niveau de la fin 2019 intermédiaire entre celui enregistré au troisième trimestre (environ 4 % en moyenne) et celui d’avril (de l’ordre de 30 %)". Ainsi le scénario du gouvernement suppose une "dégradation marquée de l’activité et une prolongation du confinement au-delà du seul mois de novembre", explique le HCFP. Une hypothèse qui semble "cohérente" au HCFP au regard des "incertitudes entourant les conditions sanitaires".
Evidemment, cette débâcle économique a des conséquences évidentes pour les finances publiques. Le nouveau PLF mise sur un creusement du déficit public qui lui ferait atteindre 11,3 % du PIB - soit 1,1 point de pourcentage de plus par rapport à ce qui était prévu. La dette publique, elle, augmenterait à 119,8 % du PIB – soit 2,3 points de plus qu’anticipé. Ce sont les dépenses qui expliquent cette dégradation des finances publiques et non les recettes qui sont "pratiquement inchangées" par rapport à ce que le gouvernement escomptait dans le dernier PLF, rappelle le HCFP. En effet, 20,1 milliards d’euros supplémentaires vont être dépensés pour venir en aide aux ménages et aux entreprises. Aussi, le HCPF estime que "les prévisions de recettes, de dépenses et de solde pour 2020 de l’ensemble des administrations publiques prennent en compte les conséquences de la chute de l’activité inscrite dans le scénario macroéconomique et la réévaluation à la hausse du coût des mesures de soutien aux entreprises et au revenu des ménages". Il ajoute que cela tient compte "des incertitudes d’une ampleur inhabituelle à ce stade de l’année qui pèsent sur les finances publiques".
Reste un sujet sur lequel le HCFP est peu amène vis-à-vis du gouvernement : le solde public structurel – le solde public ajusté du cycle économique et des évènements exceptionnels. Ce solde inobservable et pourtant crucial pour apprécier la trajectoire des finances publiques repose en grande partie sur l’estimation du PIB potentiel. Un PIB potentiel dont l’estimation date d’avant la crise économique et qu’il serait par conséquent nécessaire "de revoir à la baisse", avance le HCFP. Cette baisse de la croissance potentielle inquiète le Haut conseil qui juge que cela "risque de rendre plus difficile la réduction du déficit". Si bien que c'est dans ce contexte que "la soutenabilité à moyen terme des finances publiques constitue un enjeu central de la stratégie financière de la France et appelle la plus grande vigilance", souligne le HCFP.
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