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Macro-économie / Taux / coronavirus / confinement / Brexit

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coronavirus / confinement / Brexit

Le troisième confinement va-t-il achever l'économie britannique ?

La Grande-Bretagne a annoncé hier un reconfinement total jusqu'au mois de mars en raison de la progression alarmante du variant du virus et du risque de saturation du système de santé du pays. Le PIB britannique pourrait reculer de 3,5 % au premier trimestre, plongeant le pays en récession.
Londres - Angleterre - London bridge
Londres - Angleterre - London bridge

Le Royaume-Uni a échappé au Brexit dur et à une sortie sans accord commercial, qui aurait laissé son économie, déjà frappée par la pandémie, exsangue. Mais côté sanitaire, la situation est loin de s'améliorer dans le pays, qui a mis en place hier un nouveau confinement total jusqu'au mois de mars. À cette échéance, "nous devrions pouvoir lever certaines de ces restrictions, mais pas nécessairement toutes", a déclaré Michael Gove, le ministre chargé de la coordination de l’action du gouvernement hier lors d'une interview. Motif de cette décision ? La propagation extrêmement rapide du variant du virus, 50 % à 70 % plus contagieux, et le risque de saturation des services médicaux britanniques d'ici quelques semaines (lundi, le bilan des contaminations quotidiennes a atteint les 59 000 cas). Pour éviter que les urgences et services de réanimation ne soient rapidement saturés, le Premier ministre Boris Johnson a donc durci les mesures de distanciation sociale, fermant les écoles, qui étaient jusqu'alors restées ouvertes, et n'autorisant les sorties que pour motifs médicaux ou alimentaires.

Quel sera l'effet de ce troisième confinement sur l'économie britannique, dont le PIB a déjà sensiblement chuté au dernier trimestre 2020 (de -3 % selon les estimations de Capital Economics et -1 % selon Deutsche Bank) en raison des mesures de distanciation sociales supplémentaires instaurées au mois de novembre ? "Nous nous attendons à ce que la Grande-Bretagne entre en récession dès ce début d'année. Les nouvelles mesures de restriction vont plomber le PIB au premier trimestre", explique ainsi Sanjay Raja, économiste chez Deutsche Bank. "Il s'agira de la première double récession pour le pays depuis les années 1970", ajouter l'économiste, qui anticipe un recul du PIB de 1,4 % ce trimestre.

Les équipes de Capital Economics sont plus pessimistes et estiment que le PIB britannique devrait reculer de 3 % en janvier et de 3,5 % sur l'ensemble du trimestre, alors qu'ils prévoyaient initialement un rebond de 1 % au T1 2021, avant la décision du troisième reconfinement. Les conséquences de cette troisième période de restrictions sociales sévères seront cependant moins lourdes que lors du premier confinement, où le PIB avait reculé de 24,7 %, rassure Paul Dales, de Capital Economics. Car cette fois-ci les secteurs manufacturiers et de la construction devraient poursuivre leur activité, contrairement à mars/avril et les employés des secteurs des services sont désormais plus habitués à travailler à distance. "Mais les conséquences économiques de ce troisième confinement seront en revanche plus importantes que lors de la seconde période de novembre, en raison de la fermeture des écoles", poursuit Paul Dales. Selon lui, la seule fermeture des écoles devrait peser sur le PIB à hauteur de 1,2 point en janvier. Ainsi, alors que le confinement devrait avoir fait baisser le PIB à hauteur de -14 % par rapport à son niveau de Pré Covid, celui de janvier février devrait l'entraîner 15 % en dessous de son niveau de février 2020. Selon Capital Economics, les écoles devraient rouvrir fin février, mais le PIB britannique ne devrait pas redécoller beaucoup en mars/avril, alors que beaucoup de régions britanniques seront encore classées en zone de restriction d'ampleur 3 ou 4. C'est seulement une fois que la campagne de vaccination aura permis de protéger les plus fragiles en mai, juin qu'un fort rebond du PIB sera possible, estime Capital Economics. Selon Deutsche Bank, la moitié de la population devrait être vaccinée d'ici l'été, ce qui devrait permettre un rebond économique dès le second trimestre, et une croissance de 4,5 % sur l'année.

Cette nouvelle période de restrictions devrait en revanche retarder le retour de l'activité britannique à son niveau pré-pandémie. Capital Economics, qui tablait sur un retour du PIB anglais au niveau de février 2020 pour début 2022, prévoit désormais que l'activité britannique retrouvera ses niveaux pré-épidémie au début du deuxième trimestre 2022. Les équipes de Deutsche Bank anticipent de leur côté ce retour au niveau normal pour 2023. "Si ce troisième confinement risque d'être la goutte de trop pour certains commerces qui pourraient ne pas résister, nous continuons de penser que l'économie britannique finira par s'en sortir. Nous pensons même que d'ici le milieu de la décennie, le PIB aura atteint le même niveau que s'il n'y avait même pas eu de crise du Covid", affirment avec optimisme les économistes.

Ceux de Deutsche Bank sont plus modérés. Car en plus de cette pandémie, qui devrait entraîner une double récession en Grande-Bretagne, le pays devra aussi affronter les conséquences économiques du Brexit. "Malgré la conclusion d'un accord, les frais de douane supplémentaires vont peser sur les exportateurs anglais et sur la balance commerciale du pays". Selon les estimations de la banque, ces tarifs douaniers vont peser à hauteur de 0,6 point sur le PIB. Enfin, le pays va également devoir gérer les effets secondaires du Brexit et notamment l'énorme constitution de stocks des entreprises du secteur manufacturier au cours des derniers mois de l'année 2020. Tout ceci devrait peser sur le PIB du pays à court terme et plus long terme, le temps que les entreprises britanniques encaissent les nouvelles contraintes administratives liées à leur sortie de l'UE.

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