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Sylvain Broyer Perspectives macros

Macro-économie / Taux / S&P / Agence de notation / Zone euro / croissance

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S & P bullish sur l'Europe

L'agence de notation n'est pas inquiète concernant les perspectives de croissance du Vieux Continent pour cette année. Malgré la reprise de l'épidémie dans de nombreux pays et le durcissement des règles de distanciation sociale, qui menacent la zone euro d'une nouvelle récession, la seconde partie d'année devrait être proportionnellement aussi bonne que le S1 aura été mauvais.
Sylvain Broyer
Sylvain Broyer

Malgré le durcissement des règles de distanciation sociales un peu partout en Europe, en raison de la hausse exponentielle du nombre de cas quotidiens, les perspectives de croissance demeurent rassurantes pour le Vieux Continent cette année. Tel est en tout cas l'avis de S & P, qui présentait hier après-midi ses perspectives macroéconomiques pour 2021 lors d'une visio conférence. "Le manuel d'utilisation de la grande crise financière de 2009 ne s'applique pas à la crise du Covid 19", a déclaré en préambule Sylvain Broyer, chef économiste EMEA au sein de l'agence de notation. Ainsi, selon lui, même si la reprise est chaotique, le ciel restera bleu au-dessus de l'horizon européen cette année, notamment parce que les conditions financières sont bien meilleures qu'il y a douze ans.

Certes, les besoins de financement de l'économie réelle ont progressé de près de 25 % du PIB depuis la fin 2019 en raison des programmes de soutien budgétaires colossaux instaurés par les États de la région. Mais dans le même temps, les actifs financiers (qui comprennent les titres de créance détenus par la BCE) ont progressé de 50 % du PIB, les banques ayant contribué pour moitié à cette expansion des bilans. Ce qui souligne qu'à la différence de 2008, les banques ont cette fois les moyens de prêter et soutenir l'économie réelle pour l'aider à repartir. Autre différence majeure par rapport à la grande crise financière : les taux d'intérêt sont au plus bas, permettant aux entreprises et ménages en difficultés d'emprunter à bas coût. Et selon S & P, ils devraient le rester durablement, tant que les conséquences de la crise sanitaire n'auront pas été entièrement absorbées.

Second motif d'être rassuré selon S & P, le fait que la campagne de vaccination est enclenchée et permettant à terme permettre d'atteindre l'immunité collective. Même si la course entre vaccination et mutation du virus représente un challenge de taille. "La simple existence d'un vaccin signifie en tout cas que les marchés financiers ne sont plus confrontés à une incertitude radicale, ce qui a fait baisser les primes de risque", poursuit Sylvain Broyer.

Côté restrictions sanitaires, l'économiste en chef a par ailleurs estimé que les second et potentiellement troisième confinements avaient été beaucoup moins nocifs pour l'économie que celui de mars : "l'activité a étonnamment bien résisté au quatrième trimestre 2020, bien qu'une nouvelle contraction du PIB au premier trimestre 2021 soit de plus en plus probable", a expliqué le chef économiste. Le changement de mode de consommation des particuliers a notamment permis d'amortir le choc au cours du dernier trimestre 2020, de même que le recours aux services de professionnels dans le secteur manufacturier. Et, quelle que soit l'ampleur du plongeon au premier voire second trimestre 2021, le rebond qui en suivra en seconde partie d'année sera d'autant plus fort. S & P mise ainsi sur une croissance de 4,8 % cette année et de 3,9 % en 2022, après une chute de 7,2 % en 2020 pour la zone euro. Selon l'agence, la région devrait ainsi retrouver son niveau d'activité pré-Covid d'ici le second trimestre de l'an prochain.

Quels seront les principaux moteurs de la reprise en seconde partie d'année ? Le retour progressif de la consommation, selon S & P, qui rappelle que sur les 12 points de rebond constatés au troisième trimestre 2020, 7 provenaient des dépenses de consommation. Les services, encore très affectés par la pandémie devraient également repartir, une fois que la campagne de vaccination aura permis l'immunité collective. Enfin, le programme de relance européen Next Generation EU devrait aider les États à financer une partie de leurs plans de soutien budgétaire. "La crise de la Covid a fonctionné comme un catalyseur de l'intégration européenne, permettant une coordination des politiques sans précédent en zone euro", se réjouit ainsi S & P.

Autre changement structurel engendré par cette crise sanitaire, et qui permet de rester confiants concernant l'évolution du marché de l'emploi, très affecté par l'épidémie : la forte hausse du nombre de créations d'entreprises. En France, les créations ont atteint un record historique en 2020 et en Allemagne, où ce chiffre était en baisse depuis deux décennies, les créations d'entreprises ont enfin progressé en 2020. Et ces hausses sont particulièrement importantes dans les secteurs les plus affectés par la crise sanitaire. "Nous sommes en train de vivre un moment schumpeterien, la Covid a constitué un moment de destruction créatrice pour le tissu des entreprises européennes," poursuit Sylvain Broyer.

S & P a cependant listé trois risques pour la zone euro cette année : la mutation du virus qui pourrait dégénérer plus rapidement que prévu, un retard dans le déroulement de la campagne de vaccination et une sortie trop rapide des politiques de soutien budgétaire. "Le retour prématuré aux politiques d'austérité fait partie des risques tout en haut de notre liste" termine ainsi Paul Gruenwald chef économiste global de S & P. Mais ce n'est pas le scenario le plus probable pour la zone euro, qui aura certainement retenu de ses erreurs de 2012 en la matière.

 

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