Macro-économie / Taux / PGE / fonds propres
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PGE / fonds propres
L’épée de Damoclès de la part perdue des PGE
Dix mois après le début de la crise sanitaire, le sujet du remboursement des prêts garantis par l’État (PGE) contractés par les entreprises est au centre de l’attention. Lundi, Philippe Brassac, président de la Fédération bancaire française (FBF), annonçait qu’il estimait la part des entreprises qui ne rembourseraient pas leur prêt (PGE) à 5 à 10 %. Le lendemain, c’était au tour du directeur général de Bpifrance d’apporter une estimation : en s’appuyant sur une étude menée conjointement par la Banque de France et Bpifrance parue en novembre dernier, Nicolas Dufourcq a affirmé devant la commission des finances de l’Assemblée nationale que "la sinistralité anticipée - on parle bien de la perte finale - serait comprise entre 4 % et 7 %".
Pour rappel, 130 milliards de prêts garantis ont été accordés depuis le début de la crise, répartis entre 660 000 entreprises. Si l’on s’en tient aux chiffres actuels, la perte finale sera comprise entre 5,2 et 9,1 milliards d’euros. Dans la majorité des cas, les banques sont exposées à hauteur de 10 % de ce montant, l’État garantissant 90% du prêt (dans son ensemble, la garantie peut s'échelonner entre 70% et 90%, selon les règles fixées par arrêté).
"C'est un taux de sinistralité tout à fait raisonnable", selon Nicolas Dufourcq. Ce n’est pas l’avis de Denis Ferrand, économiste et directeur général de Rexecode. "Ce taux estimé autour de 6 % est bien supérieur au taux de créances douteuses provisionnées par les banques en ce moment". En effet, la masse de crédit provisionnée par les banques, pour faire face aux défauts de paiement, est de l’ordre de 22 milliards d’euros en France au mois de novembre, soit autour de 1,8 % de l’encours total de crédit des banques envers les sociétés non financières. Il s’agit donc bien d’un "choc d’une ampleur assez importante", selon l’économiste.
S’il s’agit d’un taux élevé, la situation n’est pas inédite pour autant précise l’analyste : dans les années 1990, la France avait déjà dû faire face à un tel taux. Par ailleurs, les banques françaises ne font pas état jusqu’à présent d’importantes difficultés. "Tout le monde a les yeux rivés sur le risque de défaut" car comme dans le cas des défaillances, il tarde à se manifester. L’État a déjà provisionné en septembre 1,3 milliard d’euros destinés à ce risque, ce qui est assez peu (1 % de défaut) mais selon Arnaud Marion, économiste spécialiste de gestion de crises, le gouvernement avait à l’origine émis l’hypothèse d’un "taux de défaut de 10 % soit environ 10 à 12 milliards sur les 300 milliards annoncés".
Un haut de bilan déterminant
Si tout le monde semble se soucier essentiellement de la possibilité pour les entreprises d'emprunter, Denis Ferrand estime que l’enjeu pour cette année ne se situe pas du côté de la dette. La priorité est de renforcer la structure du bilan des entreprises de l’Hexagone. Le risque actuel serait une "coupure des dépenses d’investissements de la part des entreprises fortement endettées par rapport à leurs fonds propres". Si bien que l’État devrait se concentrer sur la consolidation des fonds propres des entreprises, seule porte de sortie de cette crise. Pour cela il faudrait "enfin parvenir à flécher l’épargne des ménages vers les fonds propres des entreprises". Cela pourrait passer par la création d’une forme de fonds à capital garanti, alimentés par les ménages et à destination des fonds propres, comme cela avait déjà été imaginé par le gouvernement.
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