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Troisième confinement : Bercy revoit sa copie budgétaire
C'était à prévoir : le troisième tour de vis annoncé mercredi soir dernier par le gouvernement, avec la fermeture pour trois semaines de tous les établissements scolaires et le confinement de l'ensemble du territoire français et non plus des 16 départements, a amené Bercy à revoir ses prévisions budgétaires pour 2021. Dimanche matin sur RTL, le ministre de l'Économie a ainsi déclaré que la croissance devrait atteindre 5% cette année, au lieu des 6% prévus jusque-là, et que le déficit et la dette seraient plus importants qu'anticipé. Une prévision de croissance désormais un peu inférieure à celle publiée par la Commission européenne en février dernier, et à celle du FMI en janvier, qui anticipaient déjà à l'époque 5,5%, mais qui n'avaient pas encore pris en compte les effets du nouveau confinement. La Banque de France, qui tablait elle aussi sur 5,5% pour cette année, devrait d'ailleurs réviser ses estimations à la baisse la semaine prochaine. Et l'on devrait connaître à la fin de cette semaine l'évolution des finances publiques de l'Hexagone à moyen terme, alors que Bercy doit faire parvenir à Bruxelles son programme annuel de stabilité. Programme qui, s'il est validé par la Commission, permettra le déboursement des premiers fonds de la facilité européenne pour la reprise et la résilience.
Côté évolution des dépenses publiques de l'Hexagone, Bruno Le Maire a déclaré qu'il prévoyait un déficit de 9% du PIB pour cette année (contre 9,2% l'an dernier et une estimation initiale de 8,5% pour 2021) et un endettement de 118% du PIB d'ici la fin de l'année (contre 115,7% en 2020). Une dégradation des finances de l'État qui résulte à la fois des dépenses supplémentaires liées au troisième confinement et aux moindres recettes publiques pendant tout le mois d'avril. Côté dépenses en effet, Bercy a annoncé une enveloppe supplémentaire de 11 milliards d'euros pour aider les entreprises à tenir bon ces quatre prochaines semaines, tandis que la fermeture de 150 000 commerces non essentiels (au lieu des 90 000 prévus lorsque seuls 16 départements étaient confinés) devrait accroître la facture du fonds de solidarité, à hauteur de 5 milliards. Le financement du chômage partiel pour ceux qui seront contraints de garder leurs enfants devrait quant à lui coûter 4 milliards. Enfin deux milliards d'euros devront être déboursés pour financer les exonérations de charge et différents instruments mis en place récemment pour soutenir les secteurs les plus touchés. Mais selon l'Ifrap, dans une étude publiée en fin de semaine dernière, les 11 milliards évoqués par le gouvernement pour ce troisième tour de vis sont a priori sous évalués, puisqu'ils reposent sur une précédente estimation du couvre-feu et du confinement partiel déjà mal estimée.
En termes de pertes de PIB, l'Ifrap estime qu'elles seront "beaucoup plus importantes" qu'en mars, soit d'environ 1,1% de PIB annuel. Mais préviennent les équipes de l'institut, cette perte pourrait heureusement être plus faible que prévu grâce à l'effet de rebond post-confinement : "la perte de PIB définitive pourrait être beaucoup plus faible de l'ordre de 0,2 à 0,3 point de PIB", explique l'Ifrap. Selon l'OFCE, le coût de ces nouvelles mesures de soutien amputerait la croissance de l'Hexagone de 0,6 point de PIB sur 2021. Enfin, les pertes de prélèvement obligatoires seraient d'environ 12 milliards d'euros selon l'Ifrap. Le gouvernement lui n'a pas encore livré le détail des pertes de recettes fiscales et sociales, se contentant de dire qu'elles seraient "en retrait par rapport à 2019". Mais Bercy devra sans doute chiffrer de façon plus précise toutes ces nouvelles dépenses et moindres entrées dans le document qu'il enverra à la Commission cette semaine.
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