Entreprises / Actions / L'Etat français / Air France / Air France-KLM
Entreprises / Actions
L'Etat français / Air France / Air France-KLM
L'État français recapitalise Air France-KLM
La Commission européenne a finalement permis que les trois milliards d'euros accordés au groupe Air France-KLM, holding des compagnies Air France et KLM, par le Trésor public au printemps 2020 sous forme de prêt soient transformés en "titres super subordonnés", c'est-à-dire en dette hybride perpétuelle. Cet accord a été validé ce lundi en urgence par les conseils d'administration de la société mère et de la compagnie concernée, fleuron de l’industrie française parmi les plus touchés par la crise. Ce qui signifie que comptablement les fonds propres du groupe s’en trouvent renforcés (sans que cela ne lui octroie davantage de liquidité), lui permettant de gagner en flexibilité dans son remboursement de la dette.
L'État français deviendra premier actionnaire
Et un milliard supplémentaire viendra compléter ces trois milliards via une augmentation de capital sous réserve de l’approbation de l'Autorité des marchés financiers (AMF). Cela permettra de renflouer les fonds propres du groupe tout en augmentant sa trésorerie du même montant. Les actionnaires d’Air France-KLM bénéficieront d'une période de souscription prioritaire : l’État français s’engage à ne pas dépasser une participation de 29,9 % au capital social afin de ne pas avoir à lancer une offre publique d'achat (OPA) sur l'ensemble du capital. Il redeviendra néanmoins le premier actionnaire d’Air France-KLM. La compagnie China Eastern Airlines, qui souscrira aussi à cette augmentation, s'engage de son côté à ne pas dépasser 10 % de participation au capital, soit sa part actuelle. Pour des raisons de réglementation, Delta Airlines n'y participera pas.
L’État néerlandais a également informé le groupe de sa non-participation à cette levée de fonds. Pourtant, lorsque la possibilité de transformer les créances du Trésor français en dette hybride avait été évoquée il y a plus de trois mois, les Néerlandais, détenteurs également de 14 % du capital de la société, avaient formulé leur intention de conserver leur poids dans le capital du groupe.
Mais si les Pays Bas ne souhaitent pas participer à cette levée, ils pourraient renflouer les fonds propres de KLM puisque des discussions sont en cours entre le pays et la Commission européenne dans ce sens.
De surcroît, il a été décidé que le Prêt Garanti par l’État (PGE) de 4 milliards d'euros accordé par le gouvernement français était prolongé à échéance 2023 et le prêt de 3,4 milliards d’euros de l’État néerlandais à horizon 2025. Toutes ces mesures permettent de faire passer le ratio de dette nette / Ebitda sous la barre du multiple 3.
Les contreparties de cet accord
Et cela, à condition de respecter les règles fixées par la Commission. Au nom du respect du droit de la concurrence, elle impose à Air France l'abandon à un transporteur concurrent de 18 créneaux horaires ou "slots" d'atterrissage et de décollage à Orly. Le gouvernement a dû batailler pour obtenir cet abandon de 18 "slots" plutôt que des 24 prévus initialement par la Commission. Pour l'instant aucune information n'a été divulguée au sujet de quelle compagnie aérienne pourrait reprendre ces créneaux. L’État français s’est aussi engagé auprès de l'instance de Bruxelles à respecter des restrictions ayant attrait au rachat d’actions, à la distribution de dividendes, à la rémunération de la direction générale ainsi qu’au respect d'obligations environnementales.
Une étape qui en annonce d'autres
Cependant cet apport d’un milliard ne suffira pas à financier le déficit de trésorerie attendu cette année. Concernant ce seul premier trimestre, le groupe estime que la perte d’exploitation avoisine le 1,3 milliard d’euros, une perte qui vient s'ajouter aux 11 milliards d'euros de déficit de fin de l'année dernière, et une performance inférieure à celle du quatrième trimestre de l'année 2020, même si la société relève que ses résultats aux deux premiers mois de l’année ont été supérieurs à ses attentes.
Il avait été établi fin 2020 - par des banques d’affaires proches du dossier jointes par WanSquare - que le groupe Air France-KLM avait besoin de recapitaliser ses fonds propres à hauteur de 7,5 milliards d’euros. Une partie de ce renflouement de ses capitaux propres était nécessaire dès 2021 mais il s'agit d'une première étape. Il faudra attendre l’an prochain pour la suite, étant donné la complexité des décisions qui impliquent la Commission européenne et les deux Etats détenteurs de capitaux. Des mesures devraient être prises avant l’assemblée générale annuelle de 2022 afin que le ratio dette nette / Ebitda soit inférieur à 2 d’ici 2023.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

