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Deliveroo n'a pas la cote
L’entreprise Deliveroo, à l'origine de l’application de livraison de plats à domicile, avait fixé lors de son introduction la semaine dernière le prix de son action à 3,90 livres, soit une valeur totale de 7,6 milliards de livres : il s’agissait de la plus grosse opération sur la Place londonienne depuis celle du groupe Glencore en 2011. Mais la capitalisation de Deliveroo a perdu plus de 2 milliards de livres dans les quelques minutes qui ont suivi son entrée. Une chute inouïe. À la fin de la journée le titre s’était légèrement redressé à 2,87 livres mais restait 25 % en dessous de son niveau d’introduction.
À cela, plusieurs explications. Le moment de l’offre était mal choisi : l'augmentation des rendements obligataires a provoqué un regain d’intérêt pour ce marché plutôt que pour les actions de valeurs technologiques. La forme de l'offre n'a pas plu : les investisseurs se sont méfiés de la double catégorie des actions - afin de donner à son fondateur Will Shu davantage de contrôle -, une pratique courante parmi les entreprises de la Silicon Valley comme Google et Facebook, mais plus rare au Royaume-Uni. Cette spécificité empêche par ailleurs Deliveroo d'entrer dans l'indice FTSE 100, bien qu'elle ait la capitalisation boursière nécessaire pour y prétendre.
Et le contexte a suscité des doutes quant à la bonne gouvernance de la start-up : une décision de la Cour suprême britannique a été rendue la semaine dernière établissant que le groupe Uber devait octroyer davantage de droits à ses chauffeurs. Il a été soulevé à l'occasion de ce procès le mauvais traitement des livreurs de Deliveroo, qui gagnent parfois moins de 2 livres par heure. Enfin, les investisseurs ont jugé la valorisation de l'IPO excessive étant donné que la perte nette de la société s’est élevée à 223 millions de livres l’an dernier en dépit d’une demande portée par la crise.
Si certaines de ces explications sont circonstancielles ou liées au modèle économique de l'entreprise, il n'en demeure pas moins que cela traduit un problème de fond : le phénomène apparent de survalorisation des entreprises de la tech, soit l'écart entre la perception de la valeur de l'entreprise par ceux qui mènent l'IPO - les dirigeants et les banquiers qui les conseillent et organisent l'opération, ici Goldman Sachs et JP Morgan - et la perception du marché. Car un phénomène similaire a été observé lors de l’introduction en Bourse du spécialiste américain du cloud DigitalOcean et de la plateforme britannique Trustpilot.
Cette réaction en Bourse pourrait par ailleurs alimenter les doutes des investisseurs institutionnels britanniques quant au bien-fondé d’attirer des entreprises technologiques à la croissance rapide mais instable. Un pressentiment partagé par Alex Chesterman, fondateur de la start-up Cazoo, qui a choisi d'entrer en Bourse à New York plutôt qu’à Londres : il estime que les investisseurs londoniens n'ont pas la "psyché" nécessaire pour appuyer les entreprises qui investissent dans l'avenir, selon les propos rapportés par le Financial Times.
Autre point qui ne joue pas en faveur d'une montée en puissance des entreprises technologiques sur la Place de Londres : sa relative tenue à l’écart des Spac (Special purpose acquisition companies) jusqu’à présent, compte tenu de sa réglementation. Si bien que l'ancien commissaire européen à la stabilité financière Lord Jonathan Hill est favorable à un assouplissement des règles qui encadre la Bourse. Mais les avis sont partagés. D’autres estiment que les investisseurs institutionnels britanniques sont tout simplement moins disposés que leurs homologues américaines à parier sur des start-up technologiques, qui, si elles recèlent un fort potentiel, demeurent déficitaires. Si bien qu’un changement réglementaire ne suffirait pas si le problème était d'ordre plus culturel.
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