Politique économique / Italie / Mario Draghi / fonds de relance européen / commission européenne
Politique économique
Italie / Mario Draghi / fonds de relance européen / commission européenne
Le grand oral de Mario Draghi
C'est donc aujourd'hui que Mario Draghi a présenté au Parlement italien son plan national de relance, qui devra obtenir l'aval des deux chambres avant d'être envoyé à la Commission vendredi, pour un verdict final de Bruxelles d'ici la fin du mois de juin. Un moment important pour le président du Conseil italien nommé l'hiver dernier, puisque son prédécesseur Giuseppe Conte avait été contraint de démissionner après que le patron d'Italia Viva Matteo Renzi et son parti ont refusé de soutenir le plan d'investissement de Conte. Que comprend ce package censé relancer l'économie italienne, après une récession historique en 2020, de 8,9 %, soit la seconde pire performance de la zone euro derrière l'Espagne ? Le montant du plan tout d'abord, de 221,5 milliards d'euros, sera quasi intégralement financé par l'instrument de relance de l'UE, EU Recovery Fund. Rome devrait percevoir 191,5 milliards de Bruxelles, faisant du pays le premier bénéficiaire du mécanisme de solidarité européen. L'Italie n'emprunterait de son côté que 30 milliards pour compléter le financement des mesures.
221,5 milliards d'investissements en direction de six secteurs
Cette enveloppe de 221,5 milliards donc, sera distribuée en six grandes catégories d'investissements, correspondant aux critères établis par la Commission : la transition écologique, la digitalisation de l'économie, les infrastructures, l'éducation et la recherche, l'inclusion sociale et la santé. La mission "numérisation, innovation, compétitivité et culture" bénéficiera ainsi d’un total de 49,2 milliards d’euros pour permettre à toute la péninsule de bénéficier d’une connexion Internet de dernière génération, sans zones blanches. Celle intitulée "révolution verte et transition écologique", la plus importante, avec un total de 68,6 milliards d’euros aura notamment pour objectifs, de recycler 65 % des déchets plastiques et 100 % des déchets textiles, de relancer le transport public local avec l’achat de bus moins polluants ou encore de renouveler la flotte des trains régionaux.
La mission " infrastructures pour une mobilité durable", d'une enveloppe de 31,4 milliards d’euros, prévoit, "un développement rationnel d’infrastructures de transport modernes, durables et couvrant tout le pays". La mission "éducation et recherche", pourvue d’un budget de 31,9 milliards d’euros, prévoit notamment la construction de nouvelles crèches et écoles maternelles. D’un montant de 22,4 milliards d’euros, la mission " inclusion et cohésion" vise quant à elle à "faciliter la participation au marché du travail (…) et à favoriser l’inclusion sociale". Le gouvernement prévoit d'investir en particulier en faveur de la création d’entreprises par des femmes, particulièrement frappées par le chômage, en créant un fonds spécial. Rappelons que le taux de chômage a atteint l'an dernier 9,2% et devrait culminer cette année autour de 9,9% selon les estimations de S&P lors de sa dernière revue de la note du pays, publiée vendredi soir. 440 000 emplois ont ainsi été détruits en Italie en 2020, dont 100 000 sur le seul mois de décembre et 99 000 concernant des femmes, selon la Stampa.
C'est dans cet objectif notamment que le gouvernement Draghi a présenté plusieurs projets de réforme, destinés à rebooster le marché de l'emploi du pays et l'économie dans son ensemble. Selon les estimations de Rome, le PIB italien en 2026 devrait ainsi être de 3% supérieur à ce qu'il aurait été sans le plan de relance. Parmi les réformes dévoilées par le président du Conseil, figurent celle de son système judiciaire, lent et inefficace ainsi que des mesures pour lutter contre la fraude fiscale et la lourdeur de l'administration. Des mesures seront également prises pour renforcer la concurrence des entreprises et la compétitivité du pays, l'un des talons d'Achille de la Botte, selon S&P dans sa revue de vendredi. "Restaurer la productivité de l'Italie sera selon nous essentielle, alors que le pays connaît un déclin annuel de sa population de 0,3% et un déclin encore plus important de sa population en âge de travailler -de 0,4%- avant la pandémie", souligne ainsi l'agence S&P. Sachant que le niveau de productivité est très différent entre le Nord et le Sud du pays, confortant l'idée de Draghi de vouloir combler le fossé économique entre les deux parties de la Botte.
Dans l'attente du feu vert de Bruxelles
Ces réformes seront étudiées de près par la Commission européenne, dont la présidente a répété à plusieurs reprises qu'elles étaient la condition sine qua non pour obtenir les subventions de Bruxelles. Or l'exécutif européen a déjà fait savoir que le projet initial de relance ne comprenait pas assez de détails sur la façon dont les réformes seraient mises en œuvre et dont leur suivi serait assuré. Si toutefois le nouveau plan de relance est validé par Bruxelles, l'économie italienne devrait connaître un rebond important dès cette année. Selon S&P, le PIB italien pourrait croître de 4,7% en 2021 puis de 4,2% l'an prochain. "Nos estimations sont conservatrices", prévient toutefois l'agence de notation. "Notre prévision de PIB part du principe que l'Italie n'absorbera que 50% des 12,5% de son PIB de subventions qui lui sont destinées d'ici 2023, et avec un retard de six mois", poursuit S&P. L'économie du pays devrait aussi pouvoir compter sur la solidité de son secteur manufacturier, le second plus important de la zone euro et sur sa puissance exportatrice (les ventes à l'étranger représentent 32% de son PIB), au moment où le commerce mondial repart en force avec l'accélération de la croissance chinoise.
Le rythme de reprise de l'économie italienne sera déterminant pour l'évolution des finances publiques du pays, et en particulier de sa dette, autre point noir de la Botte. Selon les estimations de S&P, l'endettement public devrait ainsi culminer à hauteur de 149% du PIB contre 127% fin 2019, avant de se stabiliser autour de 147,6% fin 2022. Certes, le coût de financement de l'Italie n'a jamais été aussi bas, puisque le pays s'est refinancé à un taux de 0,11% sur un an. Et le pays a affiché un excédent de sa balance courante représentant en moyenne 2,6 % à 3,6 % du PIB depuis 2016. Mais il devra prouver sa volonté de réduire le poids de sa dette par des réformes structurelles, une fois que Bruxelles aura levé la suspension des critères de Maastricht.
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