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croissance fonds européens relance épidémie

Macro-économie / Taux / Joe Biden / fonds de relance européen / Agence de notation

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Joe Biden / fonds de relance européen / Agence de notation

Fonds de relance européen : un moindre impact sur la croissance de l'UE ?

Selon une étude de S&P, le mécanisme Next Generation EU pourrait ajouter jusqu'à 4,1 % au PIB de l'UE d'ici 2026. C'est moins que le colossal programme d'infrastructure américain en discussion, de 2300 milliards sur huit ans, qui pourrait booster la croissance du pays de 4,5 points de PIB d'ici cinq ans. Sans compter les 1900 milliards qui seront injectés cette année aux États-Unis. 
Parlement européen - Strasbourg
Parlement européen - Strasbourg

L'Allemagne et la France ont chanté les louanges du fonds de relance européen hier, à l'occasion d'une conférence de presse conjointe organisée par le ministère des finances allemand et Bercy. "Un nouveau chapitre de l'histoire européenne s'ouvre à nous. Avec le EU Recovery Fund, nous avons franchi un pas de géant vers la solidarité entre les États", a ainsi déclaré le ministre des finances Olaf Scholz en introduction de son discours. S'il est vrai que l'instauration d'un mécanisme permettant de lever de la dette au niveau européen constitue une belle avancée pour l'UE, quel sera l'impact réel du fonds de relance sur la croissance européenne ? Dans une note publiée hier, S&P a justement tenté d'établir des prévisions chiffrées quant aux retombées économiques de ce mécanisme de relance pour le Vieux Continent. 

Un impact de 1,5% à 4,1% sur le PIB de l'UE 

Selon un premier de cas de figure, qualifié de "conservateur" par l'agence de notation, dans lequel les États n'absorberaient que 51,4% des fonds (taux d'absorption moyen des fonds distribués par l'UE sur la période 2014-2020) et dans lequel seule la moitié des subventions prévues pour 2021 serait finalement distribuée cette année, les 50% restants étant versés en 2022, le fonds de relance aurait un impact de 1,5% seulement en moyenne sur le PIB de la zone euro d'ici 2026. Certains États seraient cependant plus favorisés que d'autres : ainsi l'impact sur le PIB grec serait de 8%, contre 1,8% pour l'Italie ou 1,1% pour la France. Le plan de relance n'ajouterait en revanche que 0,3% au PIB de l'Allemagne d'ici 2026. 

Dans un scenario à fort impact, où les États absorberaient 91% des fonds, le plan ajouterait jusqu'à 4,1% en moyenne au PIB de l'UE d'ici 2026. Mais une fois encore les différences entre États seront importantes : l'instrument de relance devrait ainsi booster le PIB de la Grèce et la Bulgarie à hauteur de 18,3% et 18,3% et celui de l'Espagne de 10,1%, contre 2,7% pour la France ou 1,2% pour l'Allemagne. "Tous les pays ne bénéficieront pas de la même façon de l'instrument de relance européen, qui a justement été conçu pour réduire les inégalités économiques entre États et pour accélérer leur transition écologique et digitale", expliquent ainsi les membres de S&P.

Selon l'agence de notation, l'impact bénéfique de Next Generation EU ira au-delà du simple effet multiplicateur lié aux versements des aides. Le fait que les versements seront conditionnés à la mise en place de réformes structurelles pour les États devrait aider ces derniers à lever certains obstacles à leur développement économique. "L'ambition de cet instrument est aussi de faire passer un cap aux États en matière de réformes de long terme", explique Frédérique Cerisier économiste chez BNP Paribas.

 

De nombreux obstacles à lever pour que le fonds de relance entre en vigueur

Mais et il y a de nombreux mais, pour que les effets bénéfiques ce mécanisme européen surviennent. D'une part, les programmes de relance des États devront remplir un certain nombre de critères (37% des investissements devront être destinés à l'environnement et 20% à la transition numérique). Et certains pays n'ont pas respecté à la lettre les exigences de Bruxelles en a matière. "Il est possible que certains États ne soient pas éligibles à l'ensemble des fonds qu'ils auraient dû recevoir", estime ainsi S&P.

Par ailleurs, les versements pourraient être retardés en raison de la réticence de certains États à valider la décision pour ressources propres. "Ces retards auront un impact sur le timing des dépenses et réduiront les dépenses en 2021 au profit de 2022", note encore S&P. Bruno Le Maire a pourtant affirmé hier que les premiers versements devraient avoir lieu au plus tard en septembre. Tout en précisant que "plus tôt serait encore mieux pour l'intérêt de tous les États européens". Mais aucune date limite n'a malheureusement été imposée aux États pour ratifier la décision de ressources propres et seule la pression diplomatique permettra de faire plier les États réticents. Ce qui pourrait prendre du temps.

 

Un plan de relance insuffisant au regard de celui de l'administration américaine ?

Quid de la taille du plan de relance européen comparé à ce qui a été mis en place de l'autre côté de l'Atlantique ? Rappelons que les 1900 milliards de dollars déployés aux États-Unis -l'équivalent du PIB italien- représentent 12% à 13% du PIB du pays, et devraient booster la croissance du pays de 3% dès cette année selon les calculs de l'OCDE. "Les 1900 milliards seront quasiment entièrement engagés cette année. L'impact sur la croissance sera énorme et les organismes de prévision comme le FMI ou l'OCDE ont d'ailleurs près de doubler leurs prévisions de croissance américaine pour 2021, après que ce plan a été annoncé", explique Jean Luc Proutat, économiste OCDE chez BNP Paribas. "Cette comparaison (ndlr.entre le plan Biden et le EU recovery fund) est injuste et inappropriée", s'est pourtant défendu hier le ministre Bruno Le Maire. "Il faut prendre en compte la différence de politique sociale entre les deux continents et chacun sait qu'elle est beaucoup plus importante en Europe qu'aux États-Unis. Par ailleurs plusieurs autres instruments ont déjà été mis en place pour soutenir l'UE depuis le début de la crise", a ajouté le ministre.

Et il est vrai qu'il convient davantage de comparer l'instrument de relance européen avec le plan d'infrastructures de 2300 milliards sur 8 ans actuellement en discussions au Congrès, les 1900 milliards correspondant davantage à un programme d'urgence qu'à un plan de long terme. "Les deux programmes (ndlr. les 2300 milliards et le EU Recovery Fund) ont un peu la même philosophie, l'idée n'est pas de soutenir le déficit de demande mais de viser l'offre, via un plan pluriannuel d'infrastructures dans les deux cas", explique l'économiste.  Selon lui, son impact, qui dépend beaucoup de la volonté des Etats de relayer le plan Biden au niveau local, devrait être de 0,8 point de PIB par an. "En retenant l'hypothèse d'un multiplicateur de 1 on arriverait à un impact de 4,5 points de PIB à horizon 2026, soit un 1,8 de plus que l'effet du fonds de relance européen effectivement appliqué", estime l'économiste. Selon lui, l'impact du EU Recovery Fund est donc loin d'être négligeable. 

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