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Pourquoi il n'y aura pas de second plan de relance européen
Tous les moyens sont bons pour pousser les États à valider au plus vite l'instrument de relance européen, Next Generation EU, dont les premiers versements se font toujours attendre. La semaine dernière, une pleine page vantant les mérites du fonds européens a ainsi été publiée dans tous les grands quotidiens européens, avec pour titre prometteur : "faire du rêve européen une réalité". La page de publicité précisait ensuite que la Commission allait investir 750 milliards d'euros "pour rendre l'Europe plus verte, plus forte et plus numérique pour l'avenir", avec un lien renvoyant vers le site de l'exécutif européen dédié à l'instrument... Il faut dire qu'au 15 mai, seuls 17 États sur 27 avaient fait parvenir leurs plans de relance et de résilience à la Commission, plans que l'exécutif européen doit examiner dans les prochains mois pour pouvoir ou non donner son feu vert au déblocage des fonds que chaque État est censé toucher. Plus les États tardent, plus le déboursement sera décalé, puisque la Commission a précisé qu'elle aurait besoin de deux mois pour évaluer les copies des États membres.
Sachant que les États doivent aussi valider la décision relative aux ressources propres pour que la Commission puisse commencer à emprunter au titre de NextGenerationEU et rendre ainsi l’instrument opérationnel. "La Commission compte sur l’engagement des États membres à agir aussi rapidement que possible, dans l’intérêt de tous les citoyens de l’UE", peut-on ainsi lire sur la page de l'exécutif européen dédiée à NextGeneration EU. Un appel presque désespéré de la part de la Commission, alors que plusieurs États de l'Est bloquent le processus de vote. Or sans l'unanimité sur le sujet, le fonds de relance ne pourra pas être mis en œuvre. Certes, un gros obstacle a été levé puisque le recours en référé auprès de la Cour de Karsruhe contre le plan de relance a été rejeté, permettant au président allemand de signer la décision dès le lendemain. Mais les espoirs d'un premier versement au 1er septembre au plus tard s'amenuisent, vu le retard pris par les 27 sur le sujet.
Peu d'espoir d'un nouveau plan de relance
Ce qui explique les déclarations assez claires de la vice-présidente de la Commission Margrethe Vestager hier dans une interview aux Échos. La responsable a ainsi déclaré qu'il était "beaucoup trop tôt pour envisager un second plan de relance européen", rappelant ensuite que l'UE n'avait pour l'instant "pas dépensé un seul euro des 750 milliards prévus dans le premier plan". Si la vice-présidente a donné comme excuse qu'il n'était même pas certain que l'UE ait besoin de plus de fonds pour repartir, et que le but n'était pas de dépenser au maximum mais d'obtenir les meilleurs résultats possibles, il faut surtout reconnaître qu'il est peu probable que les 27 parviennent de nouveau à s'entendre sur une enveloppe plus large. La répartition prêts/subventions des 750 milliards avait déjà suscité de nombreuses dissensions l'an dernier, les pays frugaux s'opposant à toute idée de subvention. Depuis, la lenteur et la réticence de certains États à valider le fonds démontrent toute la difficulté de l'Europe à se mettre d'accord sur un instrument de financement commun. Bien que NextGeneration EU représente déjà une très belle avancée sur la voie de la solidarité européenne. "Mon intuition, à ce jour, est qu'il n'y aura pas de hausse de la taille du fonds, car l'UE sait que sa bonne mise en œuvre représente déjà un gros challenge pour elle", avance ainsi Frédérique Cerisier, économiste chez BNP Paribas.
D'autant qu'il reste encore un gros chantier sur lequel les 27 vont devoir se mettre d'accord, concernant la partie ressources propres destinée à rembourser les intérêts des 750 milliards qui seront levés sur les marchés. "L'idée est de trouver des ressources pérennes ; une partie sera prise sur le budget européen mais l'autre devra consister en des ressources propres", poursuit Frédérique Cerisier. Selon les calculs de la Commission, 15 milliards d'euros devront être trouvés tous les ans pour financer une partie des intérêts. Plusieurs idées ont été évoquées telles qu'une taxe carbone aux frontières ou une taxe sur le numérique. Mais la Commission cherche encore d'autres ressources sur le long terme. Un point d'étape devrait être présenté mi juin sur le sujet. Une chose est sûre : "Ces discussions sur les ressources propres représenteront encore un gros morceau à négocier cet été", termine l'économiste de BNP Paribas. De quoi décourager ceux qui voudraient dès à présent augmenter la taille de l'enveloppe du fonds de relance…
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