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IPO : le soufflé retombe
La Bourse de Paris subit-elle le supplice de la douche écossaise ? Après avoir suscité une certaine euphorie en raison d’une cascade d’annonce de projets d’introductions en Bourse (IPO) sur Euronext ces dernières semaines, dont certains prévoyaient la levée de plusieurs centaines de millions d’euros, deux déconvenues majeures sont venues calmer les esprits.
Dernière en date : Parts Holding Europe (PHE) a annoncé hier soir le retrait de son processus d’IPO. "En raison de conditions de marchés défavorables aux introductions en Bourse aux Etats-Unis et en Europe, PHE et Bain Capital [son actionnaire à 93%] ont conjointement décidé de retirer le projet d’opération envisagée ", indique la maison-mère de la plate-forme de vente de pièces détachées automobile Oscaro dans son communiqué. C’est la seconde fois qu’elle doit renoncer à la cotation, après un premier échec en 2018. Et c’est un coup dur pour Euronext Paris, puisque les protagonistes comptaient lever 450 millions d’euros, pour une capitalisation espérée d’environ 1,1 milliard d’euros.
Le coup de théâtre intervient le lendemain de l’IPO en demi-teinte de Believe, spécialisé dans l’accompagnement des artistes et la distribution de musique en ligne : il n’a pu lever que 300 millions d’euros, contre un objectif initial de 500 millions. Et la semaine dernière, l’introduction, certes plus modeste, d’ekWateur, qui voulait lever autour de 40 millions d’euros, avait également été reportée.
Ces annonces avaient agi comme un premier coup de semonce pour le marché français, confirmé par un deuxième provenant de PHE avant que celui-ci ne jette définitivement l’éponge : aucune indication de couverture du livre d’ordres n’avait été communiquée au marché. Un mauvais signe. Même tendance dans le reste de l’Europe, où au moins six reports ou retrait ont été annoncés récemment. Elle suit, comme souvent, un mouvement entamé aux Etats-Unis. Selon Refinitiv, sans comptabiliser les Spac, 54 entreprises ont jusqu’ici levé 18 milliards de dollars au cours des deux premiers mois du deuxième trimestre ; au premier trimestre, ce sont 101 entreprises qui ont collecté 42 milliards.
Ces mésaventures sont de mauvais augure pour les opérations encore en cours, qui ont connu un véritable emballement ces derniers mois, en particulier venant de la French Tech. NamR, Omer-Decugis, HDF Energy, Affluent Medical, Theravet, ou dernièrement AMA (qui a reçu ce matin l’approbation de son document par l’AMF) sont encore en période de souscription. Sans parler des grands dossiers qui envisageaient d’animer la cote plus tard dans l’année, comme GreenYellow (filiale de Casino), Icade Santé, OVH Cloud ou encore la "licorne" Ogury.
"Cet afflux de candidat est assurément une bonne nouvelle. Mais étant donné la présence d’une cinquantaine de dossiers avant la fin de l’été, les investisseurs peuvent se permettre d’être sélectifs", nuance un banquier.
Les introductions en Bourse connaissaient en Europe un réel engouement depuis le mois de janvier. En particulier en France, qui sortait d’une année quasiment blanche en 2020 sur le marché principal (hormis la cotation du Spac 2MX Organic). On peut citer sur Euronext Growth (qui réunit les small caps de croissance) Obiz, Hydrogen Refueling Solutions, Largo Allgo, Medesis Pharma, Pherecydes…, mais aussi le Spac d’Accor de 300 millions d’euros sur le marché principal. Un quart des sociétés ont été introduites en Bourse au-dessus de leurs fourchettes d’introduction entre janvier et mars ; cette proportion est tombée à 11% depuis le début du deuxième trimestre.
En début d’année, les candidats ont logiquement voulu profiter d’un regain d’optimisme concernant le rebond économique et la fin progressive des restrictions, attestés par les indicateurs économiques positifs depuis le second semestre de l’année dernière, tandis que les investisseurs américains se repositionnaient vers les marchés actions européens, poussant les Bourses à des niveaux records ces dernières semaines.
Mais gavés d’opérations, les investisseurs sont désormais plus difficiles : les actionnaires des candidats au marché devront réviser leurs ambitions à la baisse s’ils veulent donner un avenir boursier à leurs participations. Cela ne condamne pas le marché des IPO, qui devrait être solide en 2021, sauf retournement de la situation sanitaire. Les banquiers s’attendent à une dizaine d’IPO supérieures à 200 millions d’euros en 2021, contre seulement deux en 2019.
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