Macro-économie / Taux / pétrole / OPEP / brut / Brent / supercycle
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L'or noir est cher mais n'est pas rare
Le cours du baril de Brent de la mer du Nord coté à Londres s'échange au-dessus des 70 dollars depuis le début du mois de juin - il valait 71,38 dollars à l'ouverture de la Bourse ce matin. Le baril du WTI coté sur le Nymex s'établissait pour sa part à 69,11 dollars le baril, soit une hausse d'environ 40 % depuis le début de l'année - et un niveau qui n'avait pas été dépassé depuis le mois de mai 2019 selon John Plassard, analyste de la banque helvétique Mirabaud.
Plusieurs raisons expliquent cette hausse soutenue du cours du baril : la première est la politique d'offre contenue des membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de leurs dix alliés réunis au sein de l'Opep+. Rassemblé mardi dernier comme chaque début de mois depuis avril 2020, afin de s'accorder sur le niveau de production, le cartel a décidé, "compte tenu des fondamentaux du marché", de conserver la jauge actuelle au mois de juillet. C'est donc le chef du cartel - le prince Abdelaziz ben Salmane et ministre saoudien de l'énergie - qui une fois de plus l'a emporté sur la Russie en obtenant que les pays exportateurs donnent leur aval pour une reprise prudente. L'alliance se réunira à nouveau le 1er juillet prochain pour décider du rythme de production du mois d'août qui devait signer la fin des coupes de production.
À cela s'ajoutent la résurgence de tensions au Moyen Orient et le maintien de l'interdiction d'exporter pour l'Iran tant que les États-Unis ne lèveront pas leur sanction sur le programme nucléaire iranien (JCPoA) en place depuis 2018. Des négociations à Vienne sont en cours qui pourraient aboutir sur une reprise de la production iranienne. Mais "même si l'accord sur le nucléaire iranien parvient à être rétabli, la hausse des exportations sera modérée par rapport aux niveaux actuels", jugent les experts en marché pétrolier de l'Oxford Institute for Energy Studies (OIES).
Autre explication du rallye haussier du pétrole : la hausse de la demande en énergie compte tenu de la levée des restrictions et de la reprise de l'économie mondiale, en particulier de l'industrie, soutenue par la réforme sur l'infrastructure en Chine et aux États-Unis. Une forte demande qui se reflète sur les niveaux de réserves mondiales. Les réserves de brut américaines sont ressorties jeudi dernier - avec un jour de décalage étant donné que le lundi 31 était férié - en baisse de 5,1 millions de barils, soit le double de la prévision de l'Agence d'information sur l'énergie (EIA). En effet les raffineurs, anticipant la hausse des besoins en énergie, ont accéléré leur rythme de traitement du pétrole réduisant ainsi les stocks de brut et augmentant ceux de pétrole raffiné.
Selon John Plassard, ces facteurs de hausse pourraient porter le prix du baril à plus de 100 dollars d'ici la fin de l'année, une augmentation de 30 dollars par baril qui aurait des conséquences sur l'inflation, la faisant augmenter de 0,7 %. Mais cet effet direct serait sans implication pour les politiques monétaires des Banques centrales qui s'attachent à la "core inflation", ne tenant pas compte du cours du pétrole pour décider des taux. Cependant, un cycle haussier de plus de 12 mois du cours d'une matière première finit par se répercuter sur les prix finaux, dans le cas du pétrole, sur le prix à la pompe. Cet effet secondaire est lui, pris en compte par les banques centrales qui pourraient devoir durcir leur politique monétaire plus rapidement que prévu.
Le début d'un "supercycle" ?
Les experts de l'institut d'Oxford jugent cependant peu probable une telle hausse du baril, démentant l'hypothèse d'un nouveau "supercycle" pétrolier souvent mis en avant par les analystes. En effet, chaque matière première est rythmée par des "supercycles" qui durent environ un quart de siècle. Lorsque les ressources se raréfient, les prix augmentent mécaniquement car l'offre devient inférieure à la demande. Cette hausse des prix permet aux producteurs d'investir pour trouver de nouvelles ressources, si bien que l'offre finit par croître, et les prix par se tasser. Mais les analystes d'Oxford estiment que concernant le pétrole, l'offre est encore supérieure à la demande qui, si elle est en hausse, dépend du rythme de la reprise encore incertain. Et les capacités de réserves en pétrole sont encore suffisantes pour ne pas contraindre les producteurs à découvrir de nouveaux gisements ou méthodes d'extraction à court terme, ce qui exclut la théorie d'un début de cycle pour l'or noir. Si bien qu'ils prévoient que le prix du baril se négociera dans une fourchette de prix allant de 59 à 69 dollars au cours du second semestre.
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