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EssilorLuxottica remporte son bras de fer judiciaire contre GrandVision
Retournement de situation dans le litige qui oppose le lunettier franco-italien EssilorLuxottica au néerlandais GrandVision, dont il a pris le contrôle au terme d’une OPA amicale annoncée en 2019. Le tribunal arbitral, saisi aux Pays-Bas, le 30 juillet 2020 par GrandVision et son actionnaire historique HAL, a estimé que GrandVision s’était soustrait à ses obligations envers EssilorLuxottica et qu’en conséquence, ce dernier était en droit d’abandonner l’acquisition. La décision du tribunal arbitral est irrévocable.
Jusqu’ici, le bras de fer penchait en faveur de GrandVision : un autre tribunal néerlandais avait rejeté en août dernier la requête d’EssilorLuxottica, qui réclamait des informations sur la manière dont la cible avait géré la crise sanitaire avant d’aller au bout de l’acquisition – notamment les décisions unilatérales de GrandVision de suspendre les paiements aux propriétaires de magasins et aux fournisseurs et de demander une aide d’Etat. La Cour d’appel d’Amsterdam avait confirmé le jugement en avril dernier.
Les investisseurs estiment que le scénario du retrait d’EssilorLuxottica, même peu probable, est crédible : l’action du Néerlandais perdait encore plus de 7% en milieu d’après-midi, tandis que celle du prétendant reculait de 1%. Le jugement permet au groupe franco-italien de rompre son accord d’autant plus facilement qu’il lui évite de payer l’indemnité de rupture de 400 millions d’euros.
EssilorLuxottica n’a toutefois rien décidé pour l’instant. Dans un communiqué diffusé hier soir, tout en se félicitant dans la décision du tribunal, il indique étudier "ses options dans le cadre de cette transaction et communiquera en temps voulu la suite à y donner".
Cette déclaration est logique. EssilorLuxottica se retrouve en position de force pour exiger les informations qu’il demandait à GrandVision – voire des concessions comme la réduction du prix d’achat négocié avec HAL, principal actionnaire du groupe néerlandais (avec 76,7% de son capital), à l’instar de LVMH lorsqu’il a acquis le joaillier américain Tiffany. C’est d’ailleurs le scénario retenu par plusieurs analystes. "Etant donné qu’il n’est plus en mesure de dicter les termes – sa performance a été affectée par la Covid-19 en raison de la hausse des achats en ligne et du déclin des magasins physiques – GrandVision pourrait accepter une baisse de prix ", estime ainsi Sumit Sayal, analyste chez Alphavalue.
Mais au cours des procédures que les protagonistes se sont intentées, EssilorLuxottica n’a jamais remis en cause la pertinence de l’acquisition, vieux rêve de Leonardo Del Vecchio, le président du conseil d’administration : intégrer GrandVision permettra au lunetier franco-italien de rééquilibrer ses canaux de distribution européens vers le commerce de détail (il est surtout présent dans le commerce de gros sur le Vieux continent, contrairement aux Etats-Unis). À moins de découvrir des éléments absolument rédhibitoires, EssilorLuxottica a intérêt à conclure l’opération, qui a reçu l’ensemble des approbations des autorités de la concurrence nécessaires, moyennant la cession de 351 magasins exigée par la Commission européenne et dont le financement a déjà été assuré.
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